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Psychologie

La morale du pot d’échappement

Page 9b

Citer cet article


  • Bohler, S.
(2018). La morale du pot d’échappement. Cerveau & Psycho, 98(4), 9b-9b. https://doi.org/10.3917/cerpsy.098.0009b.

  • Bohler, Sébastien.
« La morale du pot d’échappement ». Cerveau & Psycho, 2018/4 N° 98, 2018. p.9b-9b. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/magazine-cerveau-et-psycho-2018-4-page-9b?lang=fr.

  • BOHLER, Sébastien,
2018. La morale du pot d’échappement. Cerveau & Psycho, 2018/4 N° 98, p.9b-9b. DOI : 10.3917/cerpsy.098.0009b. URL : https://stm.cairn.info/magazine-cerveau-et-psycho-2018-4-page-9b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cerpsy.098.0009b


Description de l'image par IA : Silhouette noire d'un pot d'échappement de voiture en blanc.
© Voodoodot/Shutterstock.com

1Un effet inattendu de la pollution a été mis au jour par des chercheurs des universités Harvard et Columbia. Les gaz d’échappement et autres particules fines rendraient immoral. Dans cette étude, les statisticiens ont compilé les taux de criminalité de 9 360 villes des États-Unis, ainsi que les chiffres de la pollution. Il en est ressorti une nette corrélation entre les deux, en sorte que plus une ville est polluée, plus la criminalité y est élevée.

2Pour savoir si cette corrélation reflétait ou non un lien de causalité, les chercheurs ont monté une expérience en laboratoire. Des participants devaient s’imaginer vivre dans une ville peu ou très polluée, en visionnant des photos d’avenues dégagées ou saturées de fumées… Puis, ils se livraient à des jeux leur permettant de gagner de l’argent, et les expérimentateurs mesuraient leurs comportements malhonnêtes. Résultat : les personnes s’imaginant vivre dans un environnement pollué trichaient environ 20 % plus souvent que celles pensant vivre dans un milieu sain.

3Outre les maladies respiratoires et cardiovasculaires liées à la pollution (et qui rendraient compte de 9 % de la mortalité en France), voilà que notre éthique en pâtirait. Mais comment expliquer un effet aussi bizarre ? Les chercheurs ont constaté que la pollution agit sur le niveau d’anxiété des participants. Selon eux, un niveau de stress et d’angoisse plus élevé aurait des effets négatifs sur le respect des normes morales. Ils envisagent aussi d’autres explications, dont celle se rapportant à la fameuse « théorie du carreau brisé » : lorsque nous vivons dans un environnement globalement dégradé, nous aurions tendance à considérer qu’il est plus légitime de continuer à le déprécier, sans respect pour les normes sociales en vigueur.

4Mais on pourrait leur opposer « l’effet Valjean » : les individus qui volent ou agressent le font souvent en raison de la pauvreté. Et les gens qui ont les moyens de vivre dans un lieu où il fait bon respirer, ne s’en privent pas. De sorte que les villes les plus polluées attirent peut-être, par la force des choses, plus de personnes en difficulté économique…

  • J. G. Lu et al., Polluted morality: Air pollution predicts criminal activity and unethical behavior, Psychological Science, parution en ligne du 7 février 2018.

Date de mise en ligne : 03/01/2022

https://doi.org/10.3917/cerpsy.098.0009b