Psychologie sociale
Altruisme entre collaborateurs !
- Par Sébastien Bohler
Page 11b
Citer cet article
- BOHLER, Sébastien,
- Bohler, Sébastien.
- Bohler, S.
https://doi.org/10.3917/cerpsy.109.0011b
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- Bohler, S.
- Bohler, Sébastien.
- BOHLER, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/cerpsy.109.0011b
1Existe-t-il des formes d’altruisme totalement désintéressées ? Dans une récente étude Mary McGrath et Alan Gerber des universités Northwestern et de Yale, ont découvert que le fait de travailler ensemble à un projet commun suscite des comportements de partage inconditionnel, c’est-à-dire que nous ne tenons pas compte de l’effort ou de la contribution d’une personne au moment de décider de partager avec elle les fruits de la collaboration, et que nous ne le faisons pas non plus dans l’espoir que cette personne nous le rende plus tard. Le seul fait d’avoir collaboré d’une façon ou d’une autre provoquerait en nous un réflexe de partage.
2Cette observation a été réalisée grâce à des jeux sociaux où des participants réalisent des tâches sur ordinateur, soit individuellement, soit en groupe. Ils reçoivent ensuite de l’argent qu’ils peuvent partager avec leurs collaborateurs, de façon anonyme et en sachant qu’ils ne reverront jamais ces collaborateurs. Même dans ces conditions, les participants partagent si la tâche a été menée en réseau – et non de façon indépendante –, et ils le font quelle que soit la contribution du receveur au résultat de groupe – et même, quel que soit son effort.
3Ainsi, œuvrer à un projet commun crée une solidarité qui dépasse ce qu’on peut attendre des logiques de mérite ou de réciprocité. C’est tout simplement un ciment qui redistribue automatiquement les ressources aux individus. Les pannes de solidarité dans une société pourraient alors être attribuées à un manque de projet commun – que ce soit au niveau national ou mondial en ce qui concerne le climat. Mais d’un autre côté, cette inclination humaine prête le flanc aux parasitismes de toute sorte : individus opportunistes qui se greffent à des projets sans apporter de véritable valeur ajoutée, et qui reçoivent néanmoins leur dû, ou encore situations de corruption passive, lorsqu’un médecin financé par un groupe pharmaceutique éprouve le besoin instinctif de « rendre » quelque chose, sans même qu’on le lui demande… Comme toute arme puissante, le lien créé par la collaboration est à double tranchant.
- M. C. McGrath et A. S. Gerber, Experimental evidence for a pure collaboration effect, Nature Human Behavior, en ligne le 18 février 2019.