Pacha Mama contre Big Brother
- La chronique de Catherine Aubertin
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- La chronique de AUBERTIN, Catherine,
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- La chronique de Aubertin, C.
https://doi.org/10.3917/pls.531.0020
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Il y a plusieurs façons de se réconcilier avec la nature, mais selon quelle vision du monde : la Terre Mère des peuples andins ou la Civilisation écologique chinoise ?
1Repoussée pour cause de Covid-19, la 15e Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique se tiendra en présentiel au printemps 2022, à Kunming, en Chine. Le thème choisi – « Civilisation écologique, construire un avenir partagé pour tous les êtres vivants sur la Terre » – interroge.
2Mesurons d’abord à quel point la diversité biologique s’est arrachée de sa définition scientifique de variabilité et d’interrelations au sein des écosystèmes, des espèces et des gènes. Désormais, sous le nom de « biodiversité », de « sociobiodiversité », puis de « patrimoine bioculturel », expressions plus aptes à rencontrer l’adhésion du public, elle s’est ouverte aux dimensions sociales et culturelles.
3Les récents rapports de l’IPBES, de l’IUCN, des ONG, mais aussi du monde des affaires donnent le ton : les humains tissent des relations de solidarité avec les « autres vivants » qui ont permis l’évolution de l’humanité. Ils ont, comme elle, le pouvoir d’agir sur le devenir de la biosphère. Il faut faire la paix avec la nature.
4Pour cela, les « changements transformateurs » promus par l’IPBES ne se contentent pas d’appeler à « une réorganisation en profondeur, à l’échelle du système et de l’ensemble des facteurs technologiques, économiques et sociaux », mais insistent : « y compris les paradigmes, les objectifs et les valeurs ».
5Les valeurs morales et spirituelles guident ainsi de nombreux textes et mouvements. Les exemples les plus frappants sont sans doute l’encyclique Laudato si’ du pape François et l’accord de Paris sur le climat qui évoque « la protection de la biodiversité, reconnue par certaines cultures comme la Terre nourricière, et note l’importance pour certains de la notion de “justice climatique” ».
6Les combats des peuples autochtones (et des écoféministes) revendiquent également une proximité à la nature. De fait, la Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère appelle à respecter les équilibres des écosystèmes et encourage à faire des animaux, des fleuves, de tous les êtres des sujets de droit. Rédigé à l’initiative des peuples amérindiens, le texte se réfère à la Pacha Mama, la Terre. On ne peut que se réjouir de ce retour des valeurs morales et spirituelles, mais sont-elles bien celles de la civilisation écologique ?
7Ce slogan porte une tout autre cosmovision que celle des peuples autochtones. La civilisation écologique est un principe constitutionnel en Chine qui implique le respect absolu des lois environnementales. Cependant, comme le gouvernement se confond avec le parti communiste qui contrôle l’économie, le modèle capitaliste prédateur responsable des dégâts portés à l’environnement ne peut être incriminé. Aussi, la politique environnementale de la Chine s’appuie-t-elle sur la surveillance centralisée de l’empreinte écologique de chacun de ses citoyens. Le développement des outils numériques, le recueil des données de masse, l’intelligence artificielle sont mis au service de l’utilisation des ressources définie pour chaque citoyen.
8À l’heure où les militants écologistes prêchent l’ancrage dans les territoires, les conférences de citoyens, la participation, le gouvernement chinois utilise l’écologie pour renforcer son pouvoir par des mesures coercitives. On imagine mal à grande échelle une société acéphale comme celle des Indiens d’Amazonie pour gérer nos relations à la nature. Mais un monde de citoyens connectés, sous l’emprise d’une seule autorité, serait-il plus à même de répondre aux défis environnementaux ?
9« Gouverner la nature, c’est d’abord gouverner les hommes », écrivait Michel Foucault… C’est bien le défi auquel sont confrontés nos régimes démocratiques.