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Sortir la tête de la bassine

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  • La chronique de Aubertin, C.
(2023). Sortir la tête de la bassine. Pour la Science, 550 – août(8), 18-18. https://doi.org/10.3917/pls.550.0018.

  • La chronique de Aubertin, Catherine.
« Sortir la tête de la bassine ». Pour la Science, 2023/8 N° 550 – août, 2023. p.18-18. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/magazine-pour-la-science-2023-8-page-18?lang=fr.

  • La chronique de AUBERTIN, Catherine,
2023. Sortir la tête de la bassine. Pour la Science, 2023/8 N° 550 – août, p.18-18. DOI : 10.3917/pls.550.0018. URL : https://stm.cairn.info/magazine-pour-la-science-2023-8-page-18?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pls.550.0018


Plutôt que de stocker l’eau dans des mégabassines, laissons-la s’infiltrer dans le sol et redéfinissons les besoins.

Description de l'image par IA : Champs de maïs sous ciel bleu, terre craquelée.
Cultiver du maïs. Pour qui ? Pour quoi ?
© J. J. Gouin/Shutterstock

1 En situation de pénurie d’eau douce, si l’on exclut les prières et processions pour attirer la pluie, les solutions sont limitées. Oublions pour un temps les mégabassines, ces réserves remplies par pompage dans les nappes phréatiques qui font couler autant d’encre et de gaz lacrymogène que d’eau, et passons à deux autres propositions.

2 La première s’appuie sur la sobriété. Rappel des faits : l’agriculture consomme 70 % des prélèvements à l’échelle de la planète, ceux-ci ayant plus que doublé depuis les années 1960 selon l’Institut des ressources mondiales (WRI), un think tank américain, alors que l’eau se raréfie. Rien qu’en France, selon les scénarios désormais régionalisés du Giec, le déficit de précipitations atteint 50 % au sud de la Loire et 20 % au nord. Entre hausse de la demande et restriction de l’offre… n’est-il pas temps de s’interroger sur les « besoins » ?

3 En agriculture, ces derniers sont essentiellement déterminés par le modèle de culture. Contrairement à ce que défend le ministre de l’Agriculture, ce ne sont pas les volumes d’eau qui importent, mais sa disponibilité selon les périodes et les types de plantes.

4 Or, en France, 60 % des surfaces irriguées sont consacrées au maïs, plante tropicale standardisée par l’agro-industrie qui exige de l’eau au pire moment, pendant l’été, artificialise les sols, au sens où l’agriculture intensive altère de façon durable leurs fonctions écologiques, et répond surtout au besoin d’alimenter le bétail et les méthaniseurs. C’est bien sûr le grand vilain de l’histoire, incapable de répondre aux trois enjeux majeurs : lutter contre le changement climatique, assurer la sécurité alimentaire et maintenir la biodiversité. Le besoin d’eau soutient ici l’objectif de maximiser les rendements et non celui du nombre de personnes nourries sainement par hectare.

5 Les villes ne sont pas en reste. Ainsi, en mètres cubes par an, Paris intra-muros consomme 3,6 fois plus que ce qu’il reçoit en pluies, et 70 % sont destinés aux usages domestiques. Ces volumes doivent-ils être sanctuarisés ? Surtout, considérer l’eau comme une ressource à exploiter pour les seuls besoins humains oublie ceux des écosystèmes et le maintien du cycle de l’eau. La biodiversité et les rivières ont soif d’eau !

6 Ce qui conduit à la deuxième proposition : sortir d’une vision purement hydraulique pour s’ouvrir à l’écologie et considérer les scénarios d’usage des sols sous contraintes climatiques. Beaucoup d’études calculent des bilans hydriques en prenant en compte l’évapotranspiration, mais en négligeant la capacité d’infiltration des sols. En 2022, l’équipe de la Commission de la Terre, émanation de l’International Science Council, autour de Johan Rockström annonçait qu’une nouvelle limite planétaire, après celles de l’érosion de la biodiversité et des pollutions chimiques, avait été franchie, menaçant le système Terre. Elle concerne l’eau « verte », c’est-à-dire l’eau captée par la végétation et les sols. Une révision de cette étude en 2023 incluant le facteur humain confirme que les seuils biophysiques et « justes socialement » de consommation d’eau de surface et d’eau souterraine ont déjà été largement dépassés.

7 On sait depuis plus de cinquante ans qu’un autre modèle d’agriculture repose sur une multifonctionnalité adaptée à la complexité de chaque territoire. De fait, l’agroécologie favorise les processus écologiques comme le cycle de l’eau douce, la capacité de recharge et d’infiltration des sols et le maintien de leur humidité, supports de la biodiversité. La question est d’accompagner tous les acteurs du monde agricole (banques, fournisseurs d’intrants, filières…) dans leurs trajectoires vers ce type d’exploitation et non de maintenir un modèle à bout de souffle.

8 En prend-on le chemin ? Les mégabassines sont un choix de financement public pour accompagner les changements de disponibilité en eau, mais le postulat est qu’il faut continuer à produire et consommer toujours autant et de la même façon. Vous avez dit paradoxe ?

  • J. Rockström et al., Safe and just Earth system boundaries, Nature, 2023.

Date de mise en ligne : 19/09/2023

https://doi.org/10.3917/pls.550.0018