Introduction. De l’empirisme acérébral au cerveau : parcours, détours, et retours
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- CHERICI, Céline,
- DUPONT, Jean-Claude
- et WOLFE, Charles,
- WOLFE, Charles,
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- et CHERICI, Céline,
- Cherici, Céline.,
- et al.
- Cherici, C.,
- Dupont, J.-C.
- et Wolfe, C.
- C. Wolfe,
- J. Dupont
- et C. Cherici
https://doi.org/10.3917/herm.cheri.2018.01.0005
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Notes
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[1]
Exception faite des articles de John P. Wright, « Association, madness and the measures of probability in Locke and Hume », in C. Fox (éd.), Psychology and Literature in the Eighteenth Century, New York, AMS Press, 1987, p. 1-29 et de M. Frasca-Spada, « Belief and animal spirits in Hume’s Treatise », Eighteenth-Century Thought, vol. 1, 2003, p. 151-169, avant l’analyse de Sutton traduite dans le présent volume.
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[2]
J. Locke, An Essay Concerning Human Understanding, éd. P. H. Nidditch, Oxford, Clarendon Press, 1975 [1690], livre I, i, 2 ; ibid., livre II, xxi, 73. La traduction française par Pierre Coste donne « considérer en physicien la nature de l’âme » et « considérer en physicien la forme particulière des corps » (id., Essai philosophique concernant l’entendement humain, Paris, Vrin, 1998, p. 2 et p. 224).
-
[3]
D. Hume, A Treatise of Human Nature, éd. P. H. Nidditch, Oxford, Clarendon Press, 1978 [1739], livre II, iii, 3.
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[4]
J. Locke, op. cit., livre II, xxxiii, 6. Il reconnaitra aussi qu’il s’est parfois « engagé trop loin » dans précisément ce genre d’« enquêtes physiques » (« physical enquiries », ibid., livre II, viii, 22), mais au nom d’une meilleure compréhension du fonctionnement des idées. Sur la présence de cette neurophilosophie cachée au sein de l’empirisme pourtant « acérébral » de Locke (qui met les considérations neuroanatomiques et neurophysiologiques entre parenthèses), voir la reconstruction virtuose de Sutton dans le présent volume.
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[5]
J. Priestley, Disquisitions Relating to Matter and Spirit, Londres, J. Johnson, 1777, p. 27.
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[6]
A. Le Camus, Médecine de l’esprit : où l’on traite des dispositions et des causes physiques qui sont des conséquences de l’union de l’âme avec le corps, influant sur les opérations de l’esprit ; et des moyens de maintenir ces opérations dans un bon état, ou de les corriger lorsqu’elles font viciées, Paris, Ganeau, 1753, chap. i (« Logique des Médecins »), p. 13, § 1.
P.-J.-G. Cabanis, « Rapports du physique et du moral de l’homme », in C. Lehec et J. Cazeneuve (éd.), Œuvres philosophiques, Paris, PUF, 1956 [1802], vol. 1, p. 141, 165, 196, etc. Dès la préface, Cabanis approuve la manière dont Locke a éloigné l’étude de l’homme de la métaphysique (réunissant l’« homme moral » et l’« homme physique »), mais il considère que Locke n’est pas allé assez loin. -
[7]
Cf. F. Vidal, Les Sciences de l’âme (XVIe-XVIIe siècles), Paris, Honoré Champion, 2006 et sur le contexte kantien, le chapitre de P. Pecere dans le présent volume.
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[8]
Sur les différentes trajectoires de la psychologie et/ou d’une naturalisation de l’esprit au xviiie siècle, qui souligne que les modèles les plus influents ne furent pas forcément les plus matérialistes, cf. J. Schneewind, « The Active Powers », in K. Haakonssen (éd.), The Cambridge History of Eighteenth-Century Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 2006, p. 557-607.
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[9]
T. Reid, Recherches sur l’entendement humain d’après les principes du sens commun, Michel Malherbe (trad.), Paris, Vrin, chap. v, section 8, 2012, p. 100-101. Dans une certaine mesure, la fortune au xviiie siècle de l’idée, elle aussi lockienne, de matière pensante (« il ne nous est pas plus malaisé de concevoir que Dieu peut, s’il lui plaît, surajouter à la matière une faculté de penser que de supposer qu’il y surajoute une autre substance avec la faculté de penser, puisque nous ignorons en quoi consiste la pensée, et à quelle espèce de substance cet Être tout-puissant a trouvé à propos d’accorder cette puissance », J. Locke, op. cit., livre IV, iii, 6) confirme les soupçons de Reid.
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[10]
D. Diderot et J. le Rond D’Alembert (éd.), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Paris, Briasson, 1751, vol. I, p. xxvii. La notion de « physique expérimentale » était employée par d’autres auteurs à cette époque, ainsi que celle de « physique de l’âme ». Ainsi Guillaume-Lambert Godart explique, dans sa Physique de l’âme humaine de 1755, qu’il faut entendre la « physique » au sens le plus vaste, comme la phusis, à savoir, une approche génétique de l’émergence et le développement de l’âme (c’est-à-dire l’esprit) ; l’étude de l’âme ou des passions pouvait indifféremment être nommée « physique » ou « physiologie » (cf. G.-L. Godart, La physique de l’âme humaine, Berlin, Aux dépens de la Compagnie, 1755, p. iv). La physique expérimentale de l’âme n’était pas littéralement une physique, pas plus que les « histoires physiques de l’esprit » produites au sein des Lumières écossaises. Cf. G. Hatfield, « Psychology as a natural science in the eighteenth century », Revue de Synthèse, vol. 115, 1994, p. 383-384.
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[11]
J.-Cl. Pont, « Aspects du matérialisme de Carl Vogt », in J.-Cl. Pont, D. Bui et al. (dir.), Carl Vogt (1817-1895). Science, philosophie et politique, Genève, Georg, coll. « Histoire des Sciences », 1998, p. 111-175.
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[12]
U. T. Place, « We Needed the Analytic-Synthetic Distinction to Formulate Mind-Brain Identity Then : We Still Do », Colloque « 40 Years of Australian Materialism », Leeds, University of Leeds, département de philosophie, 1997, p. 16 (ms.).
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[13]
A. Métraux, « The Emergent Materialism in French Clinical Brain Research (1820-1850) : A Case Study in Historical Neurophilosophy », Graduate Faculty Philosophy Journal, vol. 22, n° 1, 2000, p. 183 ; R. M. Young, Mind, Brain and Adaptation in the Nineteenth Century : Cerebral Localization and its Biological Context from Gall to Ferrier, Oxford, Clarendon Press, 1990 [1970], p. vi (« Préface »). Métraux remarque en outre que « quelle que soit la fonction incarnée et actualisée par un organe donné, l’activité de cette partie du corps était localisée dans la parcelle de matière vivante sur laquelle elle survenait » (A. Métraux, art. cit., p. 164).
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[14]
L. Malafouris, « The brain-artefact interface (BAI) : a challenge for archaeology and cultural neuroscience », Social Cognitive and Affective Neuroscience, vol. 5, n° 2-3, 2010, p. 264-273. Il est vrai que « plasticité » n’est pas un terme de l’époque ; cf. A. Nicoglou, « De la nature plastique aux natures plastiques : retour sur les usages du concept dans la philosophie de la nature du xviie et xviiie siècles », Bulletin de la société d’histoire et d’épistémologie des sciences de la vie, vol. 19, n° 2, 2012, p. 129-142. Sur l’opposition entre modèles plastiques et modèles statiques du cerveau, et son rapport à l’opposition entre matière active et matière passive, cf. C. T. Wolfe, « Varieties of vital materialism », in S. Ellenzweig et J. Zammito (éd.), The new politics of materialism : History, philosophy, science, Londres, Routledge, 2017, p. 44-65 ; C. Cherici décrit ici la manière dont Malacarne, pour ainsi dire, dépasse cette opposition. Sur l’histoire de la notion de neuroplasticité en particulier, voir J.-C. Dupont, « La neuroplasticité : Quelques données épistémologiques et historiques », in M. Coquidé et S. Tirard (éd.), Neuroplasticité. Enseigner de nouveaux savoirs ou un nouveau regard ?, Paris, Vuibert, 2007, p. 59-97.
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[15]
D. Diderot, « Éléments de physiologie », in Œuvres complètes, éd. H. Dieckmann et al., Paris, Hermann, 2004, vol. 27, p. 470. En fait Diderot semble avoir plusieurs positions concernant le cerveau, à différentes périodes : soit notre caractéristique est dans notre cerveau (« La caractéristique de l’homme est dans son cerveau, et non dans son organisation extérieure », ibid., p. 326), soit le cerveau « n’est qu’un organe comme un autre », « un organe secondaire » (ibid., p. 467), ou « n’est qu’un organe sécrétoire » (ibid., p. 353). Pour un commentaire plus détaillé sur ce passage voir C. T. Wolfe, « Le cerveau est un “livre qui se lit lui-même”. Diderot, la plasticité et le matérialisme », Recherches sur Diderot et l’Encyclopédie, n° 49, 2014, p. 135-156.
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[16]
J. O. de La Mettrie, « Traité de l’âme », in Œuvres philosophiques, éd. F. Markovits, Paris, Fayard, coll. « Corpus », 1987, vol. I, chap. x (« De la mémoire »), p. 172-173.
En avril 2014, nous avons initié une série de trois journées thématiques qui se sont tenues entre Amiens et Paris jusqu’en 2016, sur le thème « Empirisme et fonction cérébrale », thème dont le présent volume est la matérialisation sous forme imprimée, et avec une amplitude chronologique plus précise : 1650-1850. Car il s’agit de retracer l’histoire – potentielle et quelque peu virtuelle, car c’est une histoire faite d’arrêts, d’idées programmatiques non abouties ou d’interprétations infidèles – d’un projet philosophico-scientifique, à savoir l’empirisme, et son « devenir » cérébral : l’évolution non linéaire et plurielle d’un projet philosophique vers une « neurophilosophie » et même une science du cerveau, avec la phrénologie.
Les études de l’empirisme ne tiennent rarement – jamais, même ? – compte de ce rapport complexe aux sciences du cerveau, et inversement, les études sur la naissance de la psychologie en tant que science posent parfois comme quasiment « donnée » et non problématique la notion d’une naturalisation de l’âme, sans se soucier des difficultés philosophiques liées à cette notion. Ni Locke, ni Hume n’acceptent la possibilité que l’étude de l’association des idées ou des passions puisse se réduire à une « science de l’esprit »
; inversement, des penseurs s’autoproclamant lockiens, tels que David Hartley (mais aussi dans une trajectoire parallèle Charles Bonnet), et à sa suite Joseph Priestley, cherchent à élaborer une sorte de physique de l’esprit, dans le prolongement du projet lockien…
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