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L’enseignement technique rural au féminin L’exemple de quelques écoles ménagères agricoles privées du Doubs (années 1900-1960)

Pages 143 à 170

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  • Knittel, F.
  • et Divoux-Bonvalot, A.
(2019). L’enseignement technique rural au féminin L’exemple de quelques écoles ménagères agricoles privées du Doubs (années 1900-1960) Cahiers de récits, 11(1), 143-170. https://doi.org/10.3917/cdr.011.0143.

  • Knittel, Fabien.
  • et al.
« L’enseignement technique rural au féminin L’exemple de quelques écoles ménagères agricoles privées du Doubs (années 1900-1960) ». Cahiers de récits, 2019/1 N°11, 2019. p.143-170. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-cahiers-de-recits-2019-1-page-143?lang=fr.

  • KNITTEL, Fabien
  • et DIVOUX-BONVALOT, Adeline,
2019. L’enseignement technique rural au féminin L’exemple de quelques écoles ménagères agricoles privées du Doubs (années 1900-1960) Cahiers de récits, 2019/1 N°11, p.143-170. DOI : 10.3917/cdr.011.0143. URL : https://stm.cairn.info/revue-cahiers-de-recits-2019-1-page-143?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cdr.011.0143


Notes

  • [1]
    Lembré Stéphane, Histoire de l’enseignement technique, Paris, La découverte, 2016, p. 67.
  • [2]
    Pour l’enseignement agricole qui nous intéresse ici, voir Boulet Michel (dir.), Les enjeux de la formation des acteurs de l’agriculture, 1760-1945, Dijon, Educagri éd., 2000.
  • [3]
    Par exemple : Duval Nathalie, L’École des Roches. Une école nouvelle pour les élites, Paris, Belin, 2009, rééd. 2010 ; Curtis Sarah, L’enseignement au temps des congrégations. Le diocèse de Lyon (1801-1905), Lyon, PUL, 2003.
  • [4]
    Références citées dans l’article historiographique de Rogers Rebecca, « L’éducation des filles : un siècle et demi d’historiographie », Histoire de l’éducation, 115-116, 2007, p. 3779. Voir aussi Cholvy Gérard, Chaline Nadine-Josette (dir.), L’enseignement catholique en France aux xixe et xxe siècles, Paris, Cerf, 1995.
  • [5]
    L’école publique est mieux connue grâce, en particulier, aux travaux de Gavoille Jacques : L’école publique dans le département du Doubs, Paris, Les Belles Lettres, 1981, « Annales littéraires de l’Université de Besançon, Cahiers d’études comtoises, vol. 30 » ; Du maître d’école à l’instituteur. La formation d’un corps enseignant du primaire. Instituteurs, institutrices et inspecteurs primaires du département du Doubs (1870-1914), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2010.
  • [6]
    Rogers Rebecca, « L’éducation des filles : un siècle et demi d’historiographie », art. cit., p. 56-62. Dans cet article, Rogers indique un certain nombre d’auteurs pionniers/pionnières, principalement des travaux concernant l’éducation des filles dans des écoles catholiques. Par exemple, Secondy Louis, « L’éducation des filles en milieu catholique au xixe siècle », Cahiers d’histoire, 26, 1981, p. 337-352. Mais ces études concernent surtout les villes.
  • [7]
    El Amrani-BOISSEAUFrédérique, Filles de la Terre. Apprentissages au féminin (Anjou, 1920-1950), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 15.
  • [8]
    ROGERSRebecca, « Retrograde or Modern ? Unveiling the Teaching Nun in 19th century France », Social History, 1998, 23, p. 146-164.
  • [9]
    Lembré Stéphane, L’École des producteurs. Aux origines de l’enseignement technique en France (1800-1940), Rennes, PUR, 2013, p. 298.
  • [10]
    Au milieu des années 1930 apparaît une nouvelle structure privée d’enseignement agricole, les Maisons familiales et rurales (MFR), fondées par l’abbé Granereau en 1935-1937. Voir Charmasson Thérèse, Duvigneau Michel, LELORRAINAnne-Marie, LENAOUHenri, L’enseignement agricole, 150 ans d’histoire, Dijon, Educagri, 1999, p. 91 ; Sanselme Franck, « L’histoire sociale d’une différence identitaire ou le choix originel de l’hérésie scolaire : les Maisons familiales et rurales », dans Boulet Michel (dir.), Les enjeux de la formation des acteurs de l’agriculture, 1760-1945, Dijon, Educagri éd., 2000, p. 129136. En 1950, on ne compte que deux MFR dans le département du Doubs. En raison de cette faible présence dans le département, nous avons décidé d’écarter ces deux MFR de notre corpus.
  • [11]
    Cocaud Martine et Sainclivier Jacqueline, « Femmes et engagement dans le monde rural (xixexxe siècles) : jalons pour une histoire », Ruralia, 2007, 21, p. 129-154.
  • [12]
    Jacqueline Sainclivier y décelait même, il y a une dizaine d’années, une lacune historiographique. Sainclivier Jacqueline, « Une histoire des agricultrices aux xixe-xxe siècles est-elle possible en France ? Acquis et perspectives », dans Vivier Nadine (dir.), Ruralité française et britannique. Approches comparées, Rennes, PUR, 2005, p. 117-128, en particulier p. 117 et p. 119.
  • [13]
    Lagrave Rose-Marie, « Introduction », dans LAGRAVERose-Marie (dir.), Celles de la terre. L’invention politique d’un métier, Paris, éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 1987, p. 12 et p. 18.
  • [14]
    Clark Linda L., Schooling the Daughters of Marianne : Textbooks and the Socialization of Girls in Modern French Primary Schools, Albany, State University of New York, 1984, p. 26-59.
  • [15]
    Par exemple, Archives départementales du Doubs (plus loin ADD), M 2129, écoles ménagères ambulantes (avant 1918) ; M 4066, écoles ambulantes du Doubs (19211940) ; M 4138, Liste des cours donnés dans le Doubs, programmes des cours en divers lieux d’enseignement (janvier 1929).
  • [16]
    Ces témoignages sous forme d’entretiens semi-directifs ou de témoignages écrits ont été collectés par Adeline Divoux-Bonvalot. Voir Bonvalot Adeline, L’enseignement technique au féminin. Des écoles ménagères agricoles et rurales dans le Doubs, des années 1920 aux années 1960, Master 2, Besançon, Université de Franche-Comté (F. Knittel, dir.), juin 2015, dactyl., 132 p. Certaines anciennes élèves contactées et interrogées ont même accepté de nous confier une partie de leurs archives.
  • [17]
    École ménagère agricole confessionnelle (EMAC) de la maison du Sacré-cœur de Cléron : 5 ; EMAC des Fontenelles : 11 ; EMAC du prieuré de Vaucluse : 2 ; EMAC Sainte-Thérèse de Vercel : 3 ; EMAC de la Providence de Besançon : 3 ; EMAC de Pontarlier : 1.
  • [18]
    Sur ces enjeux méthodologiques : Chapoulie Jean-Michel, « Sur les rapports des classes populaires et moyennes à l’école (France, 1910-1950) : quelle « demande sociale » d’instruction prolongée ? », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 65-3, juillet-septembre 2018, p. 59-93, p. 67. Voir aussi Chapoulie Jean-Michel, Enquête sur la connaissance du monde social. Anthropologie, histoire, sociologie. France – ÉtatsUnis, 1950-2000, Rennes, PUR, 2017, p. 27-30 ; Descamps Florence, L’historien, l’archiviste et le magnétophone. De la constitution de la source orale à son exploitation, Paris, éditions du Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2001.
  • [19]
    L’abbé Guyot a rédigé les neuf premiers bulletins paroissiaux et l’Association des anciennes professeurs, élèves et amis de Vaucluse a pris la relève à partir du dixième bulletin. Ces archives correspondent au fonds « Vaucluse » des archives de la congrégation des Sœurs de la Charité à Besançon. Archives de la congrégation des Sœurs de la Charité de Sainte-Jeanne-Antide (plus loin Arch. Charité), Besançon, fonds « Vaucluse », 7 boîtes plus un carton de correspondances. L’abbé Guyot enseigne dans les petites classes de lycée avant de devenir professeur d’histoire et d’herméneutique au Séminaire de Vesoul. Il devient ensuite Curé de Belleherbe, dans le canton de Maîche, dans le Haut-Doubs, à proximité de la frontière suisse. Lors de la Grande Guerre, il partage sa fonction paroissiale avec celle d’enseignant à Maîche. Archives municipales de Besançon (plus loin AMB), Eclair comtois, 31 mars 1934, p. 3.
  • [20]
    Le présent article reprend les principales conclusions de la seconde partie du mémoire de master d'Adeline Bonvalot. Voir Bonvalot Adeline, L’enseignement technique au féminin. Des écoles ménagères agricoles et rurales dans le Doubs…, op. cit.
  • [21]
    Clark Linda L., Schooling the Daughters of Marianne…, op. cit. p. 60-80.
  • [22]
    Thivend Marianne, « Former filles et garçons à un métier : jalons pour une histoire sexuée des formations techniques et professionnelles, xixe-xxe siècles », dans Knittel Fabien et Raggi Pascal (dir.), Genre et Techniques (xixe-xxe siècle), Rennes, PUR, 2013, p. 28-29. Voir aussi Thivend Marianne et Bodé Gérard (dir.), Les formations commerciales pour les filles et les garçons, xixe-xxe siècle, Histoire de l’éducation, 136, 2012.
  • [23]
    Bodé Gérard, L’enseignement technique de la Révolution à nos jours, t. 2 : 1926-1958, vol. 1 : textes officiels, Paris INRP éd./ Economica, 2002, p. 69.
  • [24]
    Cocaud Martine, « L’avenir de Perrette. Les premiers établissements féminins d’agriculture : les écoles pratiques de laiterie », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 106-1, 1999, p. 121-135.
  • [25]
    Lebeaume Joël, L’enseignement ménager en France. Sciences et techniques au féminin, 1880-1980, Rennes, PUR, 2014, p. 36.
  • [26]
    Les effectifs des écoles primaires supérieures et des cours complémentaires ne cessent de croître du début des années 1880 à 1942, année de leur disparition : Briand Jean-Pierre, Chapoulie Jean-Michel, Les collèges du peuple. L’enseignement primaire supérieur et le développement de la scolarisation prolongée sous la Troisième République, Rennes, PUR, 2e éd., 2011.
  • [27]
    CHARMASSONThérèse, Duvigneau Michel, LELORRAINAnne-Marie et LENAOUHenri, L’enseignement agricole, 150 ans d’histoire, Dijon, Educagri, 1999, p. 70-73, texte de la loi du 2 août 1918 cité p. 73 ; Lembré Stéphane, Histoire de l’enseignement technique, op. cit., p. 57-60.
  • [28]
    Fohlen Claude, « La Franche-Comté de 1870 à 1945 », dans Fiétier Roland (dir.), Histoire de la Franche-Comté, Toulouse, Privat, 1977, p. 424 ; Knittel Fabien, « L’apprentissage des techniques laitières. Fruitières franc-comtoises et ENIL de Mamirolle à la fin du xixe siècle », Cahiers de RECITS, 10, 2014, p. 57-72.
  • [29]
    Lembré Stéphane, Histoire de l’enseignement technique, op. cit., p. 65.
  • [30]
    Cocaud Martine, « L’avenir de Perrette… », op. cit., p. 121-135.
  • [31]
    Charmasson Thérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 82.
  • [32]
    Ibidem, p. 62.
  • [33]
    Ibidem ; Bonvalot Adeline, L’enseignement technique au féminin…, op. cit., p. 4549.
  • [34]
    Bonvalot Adeline, L’enseignement technique au féminin…, op. cit., p. 105-106 (cartes). En 1950, on en compte huit, plus deux MFR.
  • [35]
    Statistiques dans Gavoille Jacques, Du maître d’école à l’instituteur…, op. cit., p. 44-45 et p. 50.
  • [36]
    Charmasson Thérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 71.
  • [37]
    Bonvalot Adeline, L’enseignement technique au féminin…, op. cit., p. 100-102 (cartes).
  • [38]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 1er bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, janvier 1921.
  • [39]
    Cf. tableau ci-dessus.
  • [40]
    Gavoille Jacques, Du maître d’école à l’instituteur…, op. cit., p. 50-51.
  • [41]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, « journal de l’abbé Guyot », 1921.
  • [42]
    Ibidem, boîte n° 1, 4e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, 1924, p. 24.
  • [43]
    Mayeur Jean-Marie, La question laïque (xixe-xxe siècle), Paris, Fayard, 1997, p. 111-114.
  • [44]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 2e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, juin 1921, p. 2.
  • [45]
    Mayeur Jean-Marie, La question laïque…, op. cit., p. 120 et p. 115-119. À partir de mai 1921, les relations diplomatiques sont rétablies avec le Vatican, les papes Benoît XV et Pie XI se montrent plus conciliants que Pie X avec la République.
  • [46]
    Roll Sandrine, « Ni bas-bleu, ni pot-au-feu : la conception de “la” femme selon Augusta MollWeiss (France, tournant des xixe-xxe siècles) », Genre et Histoire, 2009-5 : http://genrehistoire.revues.org/819 [consulté le 16 juin 2016].
  • [47]
    Lebeaume Joël, L’enseignement ménager en France…, op. cit., p. 31. Sur l’importance de la gestion dans le cadre domestique et agricole et le rôle des femmes dans ce domaine : JOLYNathalie, « Shaping records on the farm : Agricultural record-keeping in France from the nineteenth to the Liberation », Agricultural History Review, 591, 2011, p. 61-80.
  • [48]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 4.
  • [49]
    AMB, Éclair comtois, novembre 1922.
  • [50]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 2e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, juin 1921, p. 23 et 4e bulletin (1924), p. 2.
  • [51]
    El Amrani Frédérique, « Femmes au travail dans les campagnes angevines durant le premier xxe siècle : quels mots pour quels travaux ? », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, t. 114, 3, 2007, p. 109-124. On est bien loin des considérations d’Edmond Labbé (1868-1944), alors directeur de l’enseignement technique, qui souhaite mettre l’accent sur la formation de citoyen des élèves scolarisés au sein des établissements techniques (circulaire du 4 décembre 1926), d’où son insistance sur le développement des enseignements généraux au sein des établissements techniques (circulaire du 9 février 1929). Bodé Gérard, « Edmond Labbé, une vie au service de l’enseignement technique », dans d’Enfert Renaud et Fonteneau Virginie (dir.), Espaces de l’enseignement scientifique et technique. Acteurs, savoirs, institutions, xviie-xxe siècles, Paris, Hermann, 2011, p. 131-143. Voir aussi Bodé Gérard, L’enseignement technique de la Révolution à nos jours, t. 2 : 1926-1958, vol. 1, op. cit., p. 64.
  • [52]
    ADD, M 4066, Instructions générales sur la méthode et les programmes de l’enseignement post-scolaires agricole féminin, 22 octobre 1920, p. 1.
  • [53]
    Ibidem, p. 5.
  • [54]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 8e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, 1928, p. 23.
  • [55]
    Ibidem, p. 56.
  • [56]
    Roll Sandrine, « Ni bas-bleu, ni pot-au-feu… », op. cit. ; Roll Sandrine, « Former des maîtresses ménagères », dans Morin-MESSABELChristine (dir.), Filles/garçons. Questions de genre, de la formation à l’enseignement, Lyon, PU de Lyon, 2013.
  • [57]
    Mayeur Françoise, L’éducation des filles en France au xixe siècle, Paris Hachette, 1979, rééd. 2008 ; THIERCÉAgnès, « De l’école au ménage : le temps de l’adolescence féminine dans les milieux populaires (iiie République) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 1996-4 : http://clio.revues.org/433 [consulté le 16 octobre 2015].
  • [58]
    Colette D., témoignage écrit recueilli par Adeline Divoux-Bonvalot, printemps 2015.
  • [59]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 7e bulletin paroissial de Saint-Pierre de Vaucluse, 1927, p. 2.
  • [60]
    Caniou Janine, « Les fonctions sociales de l’enseignement agricole féminin », Études rurales, n° 92, octobre-décembre 1983, p. 43.
  • [61]
    Lagrave Rose-Marie, « Introduction », dans Lagrave Rose-Marie (dir.), Celles de la terre…, op. cit., p. 26.
  • [62]
    Schweitzer Sylvie, Les femmes ont toujours travaillé. Une histoire du travail des femmes aux xixe et xxe siècles, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 134 et p. 80-82.
  • [63]
    Sainclivier Jacqueline, « Une histoire des agricultrices aux xixe-xxe siècles est-elle possible… », op. cit., p. 117- 128 ; Charmasson Thérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 86.
  • [64]
    Charmasson Thérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 83.
  • [65]
    Mayaud Jean-Luc, Les secondes républiques du Doubs, Besançon/Paris, Annales littéraires de l’Université de Besançon/Les Belles Lettres, 1986, p. 101-122 ; Mayaud Jean-Luc, La petite exploitation triomphante. France, xixe siècle, Paris, Belin, 1999 ; Fohlen Claude, « La Franche-Comté de 1870 à 1945 », op. cit., p. 423.
  • [66]
    Cocaud Martine, « Les femmes de la campagne à l’époque contemporaine. Essai de bibliographie », Enquêtes rurales, 10, 2004, p. 101-112 ; Segalen Martine, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, Flammarion, 1980, 2e éd. 1984.
  • [67]
    Lagrave Rose-Marie (dir.), Celles de la terre…, op. cit. ; Charmasson Thérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 85.
  • [68]
    Instruction de 1920 citées par CHARMASSONThérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 85.
  • [69]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n°4, cahier de cours et de pensées morales de Jeanne Magnin, année scolaire 1927-1928.
  • [70]
    Roll Sandrine, « Former des maîtresses ménagères », op. cit., p. 51.
  • [71]
    Lebeaume Joël, L’enseignement ménager en France…, op. cit. On retrouve les mêmes enseignements dispensés dans le cours ménager de l’école normale de filles : Roll Sandrine, « Former des maîtresses ménagères », op. cit., p. 52. Voir aussi Roll Sandrine, De la ménagère parfaite à la consommatrice engagée. Histoire culturelle de la ménagère nouvelle en France au tournant des xixe-xxe siècles, Thèse d’histoire, Université de Strasbourg (R. Rogers dir.), 2008, dactyl.
  • [72]
    Voir l’emploi du temps de la semaine rurale féminine de 1928 reproduit ci-dessus.
  • [73]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 7e bulletin paroissial de Saint-Pierre de Vaucluse, 1927, p. 5 ; El Amrani-Boisseau Frédérique, Filles de la Terre…, op. cit., p. 63 et p. 70.
  • [74]
    Ibidem, boîte n° 4, cahier de cours et de pensées morales de Jeanne Magnin, année scolaire 1927-1928.
  • [75]
    Ibidem. Complété par une communication orale de Mme Marie-Odile Magnin, 24 septembre 2011.
  • [76]
    Ibidem, boîte n° 1, 6e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, 1926. L’original est agrafé à la page 7 de ce bulletin paroissial.
  • [77]
    Grelon André, « La naissance des instituts industriels catholiques : le rôle pionnier du nord de la France (1885-1914) », dans Chessel Marie-Emmanuelle et Dumons Bruno (dir.), Catholicisme et modernisation de la société française (18901960), Cahiers du Centre Pierre Léon, 2003-2, p. 87-114.
  • [78]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 7e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, 1927, p. 7.
  • [79]
    Ibidem, 8e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, 1928, p. 11.
  • [80]
    Schibler Tamlin, Fées du logis. L’enseignement ménager dans le canton de Vaud de 1834 à 1984, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 2008.
  • [81]
    Charmasson Thérèse et al., L’enseignement agricole…, op. cit., p. 67 et p. 86 ; Lembré Stéphane, « L’expérience de l’enseignement agricole ambulant dans le nord de la France (1900-1939) », Histoire et Sociétés Rurales, 34, 2010-2, p. 149-180 et p. 164 ; Lembré Stéphane, L’École des producteurs…, op. cit., p. 269.
  • [82]
    Fohlen Claude, « La Franche-Comté de 1870 à 1945 », op. cit., p. 412-413.
  • [83]
    Ibidem, p. 427-428 ; Vatin François, L’industrie du lait. Essai d’histoire économique, Paris, L’Harmattan, 1990 ; Vernus Michel, Le comté, une saveur venue des siècles, Lyon, Textel, 1988 ; Knittel Fabien, Le lait des agronomes (c. 1790-c. 1914), mémoire inédit d’HDR (chapitre 8). A paraître à l'automne 2020 : Knittel Fabien, Agronomie et techniques laitières. Le cas des fruitières de l’Arc jurassien (1790-1914), Paris, Classiques Garnier, coll. « Histoire des techniques ».
  • [84]
    Fohlen Claude, « La Franche-Comté de 1870 à 1945 », op. cit., p. 417.
  • [85]
    Ibidem, p. 418.
  • [86]
    Cf. tableau ci-dessus.
  • [87]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, 8e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, 1928, p. 11.
  • [88]
    Ibidem, « Correspondances », n° 18 et n° 19, lettre adressée par Sœur Marie-Marthe à la Révérende Mère, 26 mai 1928. Le même jour Sœur Marie-Line rédige elle aussi une lettre à la Révérende Mère qui confirme les dires de Sœur Marie-Marthe : Ibidem, « Correspondances », n° 18 et n° 19.
  • [89]
    Ibidem, boîte n° 1, 11e bulletin paroissial de Saint Pierre de Vaucluse, mars 1931, p. 8.
  • [90]
    Témoignage recueilli par Marie-Claudine Magnin en 2011, transmis à Adeline Divoux-Bonvalot en 2014 et complété en 2018.
  • [91]
    Témoignage recueilli par Marie-Claudine Magnin en 2011, transmis à Adeline Divoux-Bonvalot en 2014.
  • [92]
    Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 1, « Correspondances Vaucluse », lettre n° 31.
  • [93]
    Marie-Louise B., témoignage écrit recueilli par Adeline Divoux-Bonvalot, compléter par un entretien le 16 décembre 2014.
  • [94]
    Marie-Thérèse B., témoignage écrit recueilli par Adeline Divoux-Bonvalot, printemps 2015.
  • [95]
    Jeanne D., entretien réalisé par Adeline Divoux-Bonvalot le 21 novembre 2014.
  • [96]
    Même constat chez de Saint-Martin Monique, « une bonne éducation : Notre-Dame des Oiseaux à Sèvres », Ethnologie française, 20, 1990, p. 62-70.
  • [97]
    Colette B. et Brigitte C., témoignages écrits recueillis par Adeline Divoux-Bonvalot durant l’hiver 2014-2015.
  • [98]
    Elisabeth J., témoignage écrit recueilli par Adeline Divoux-Bonvalot, 2018.
  • [99]
    Marie-Louise B., témoignage recueilli par Adeline Divoux-Bonvalot, décembre 2014 ; Bonnet D., « Les établissements d’enseignement privé catholiques de Franche-Comté », L’enseignement agricole à 150 ans (1848- 1998), Besançon, SRFD, 1998, p. 214.
  • [100]
    La terre de chez nous, 1000, 27 juin 1965.
  • [101]
    Bonvalot Adeline, L’enseignement technique au féminin…, op. cit., p. 15-44 ; Knittel Fabien, Divoux-Bonvalot Adeline, « Entre morale, enseignement technique et tâches ménagères. Les écoles ménagères agricoles publiques du Doubs (années 1910-années 1960) », Formation Emploi - Revue française de sciences sociales, dossier « La mosaïque de l’enseignement agricole : recomposition, enjeux, et métamorphoses » (n°151, 2020, à paraître fin 2020) ; Schibler Tamlin, Fées du logis…, op. cit.
  • [102]
    El Amrani-Boisseau Frédérique, Filles de la Terre…, op. cit., p. 5457.
  • [103]
    Brigitte C., témoignage écrit recueilli par Adeline Divoux-Bonvalot durant l’hiver 2014-2015.
  • [104]
    Odile R., entretien avec Adeline Divoux-Bonvalot en mars 2015, complété par un témoignage écrit.
  • [105]
    Thivend Marianne, « Former filles et garçons à un métier : jalons pour une histoire sexuée des formations techniques et professionnelles, xixe-xxe siècles », dans Knittel Fabien et Raggi Pascal (dir.), Genre et Techniques (xixe-xxe siècle), Rennes, PUR, 2013, p. 28-29.
  • [106]
    Monique B., entretien avec Adeline Divoux-Bonvalot en novembre 2014, complété par un témoignage écrit.
  • [107]
    Propos de sœur Marie-Charles, recueillis dans La ruche, journal de l’amicale de l’école ménagère agricole de Byans-sur-Doubs, 30 novembre 1969.
  • [108]
    Lembré Stéphane, « L’expérience de l’enseignement agricole ambulant dans le nord de la France… », op. cit., p. 166.
  • [109]
    Roll Sandrine, « Former des maîtresses ménagères », op. cit., p. 51 et p. 68.
  • [110]
    Lembré Stéphane, L’École des producteurs…, op. cit., p. 276.
  • [111]
    Martyne Perrot, « La jaciste : une figure emblématique », dans Lagrave Rose-Marie (dir.), Celles de la terre…, op. cit., p. 36. Sur l’« ambiguïté entre les finalités domestiques et professionnelles », cf. Lembré Stéphane, L’École des producteurs…, op. cit., p. 278.
  • [112]
    Clark Linda L., Schooling the Daughters of Marianne…, op. cit. p. 60-80.
  • [113]
    Lagrave Rose-Marie, « Introduction », dans Lagrave Rose-Marie (dir.), Celles de la terre…, op. cit., p. 12 et p. 15.

1 Les écoles ménagères agricoles sont encore très peu étudiées par les historiens et les historiennes de l’éducation. Le sujet est donc encore neuf, d’autant plus lorsque l’on étudie les établissements privés. L’enseignement technique privé confessionnel féminin en milieu rural au début du XXe siècle est encore moins étudié que son homologue publique. Stéphane Lembré précise que les « établissements et cours privés catholiques [animent] l’offre locale de formation, mais restent mal connus des historiens [1] ». Ce constat vaut autant pour l’enseignement général que pour l’enseignement technique et professionnel, industriel, commercial ou agricole [2]. Toutefois, des études historiques concernant des établissements d’enseignement privés, souvent catholiques, aux XIXe-XXe siècles, ont été publiées ces dernières années [3]. Mais l’enseignement privé reste toujours le parent pauvre de l’historiographie de l’éducation en France. S’il existe des monographies ou des études locales sur le sujet [4], les écoles privées confessionnelles du département du Doubs n’ont pas encore fait l’objet de travaux historiques d’envergure [5]. Or, l’enseignement féminin privé [6] correspond à un observatoire intéressant pour une étude renouvelée des enseignements techniques et professionnels, notamment en milieu rural, car les écoles ménagères agricoles confessionnelles sont encore moins bien connues que les écoles ménagères urbaines (remarquons aussi que, dans le département du Doubs durant la période étudiée, privé se confond avec confessionnel). Globalement, le monde de l’éducation « constitue un champ d’observation privilégié pour qui souhaite analyser la construction des identités et des rôles sexués… [7] ». L’étude historique des enseignements ménagers agricoles confessionnels est donc une manière de préciser nos connaissances sur l’offre scolaire destinée aux filles durant la première moitié du XXe siècle [8]. Depuis le dernier tiers du XIXe siècle, l’« enseignement technique […] devient un enjeu de société [9] ». Cependant, en l’état actuel de l’historiographie, toute approche globale est encore prématurée, aussi avons-nous choisi de développer une étude de cas départementale consacrée aux écoles ménagères confessionnelles du Doubs [10]. C’est aussi l’occasion d’approfondir la connaissance que l’on a de la place des femmes en milieu rural, connaissance encore très incomplète comme l’expliquent Martine Cocaud et Jacqueline Sainclivier dans un article publié en 2007 où elles en donnent les premiers jalons [11]. L’historiographie est encore timide lorsqu’il s’agit d’aborder la place des paysannes ou des femmes au sein des milieux ruraux [12]. Les « barrières masculines » concernant les métiers de la terre et l’« ordre patriarcal » sont omniprésents dans le quotidien des ruraux et des rurales [13]. Les enseignements qui y sont reçus par les jeunes filles n’entraînent pas de remise en cause de l’ordre social et des normes de genre. Bien au contraire, l’enseignement confessionnel, mais aussi en partie l’enseignement primaire public ont pour but de maintenir l’ordre social tel qu’il est, donc de maintenir les filles et les femmes à la place qu’on leur connaît traditionnellement dans la société [14]. On peut alors se demander comment concrètement ce maintien de l’ordre social sexué est-il à l’œuvre dans les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs. Parallèlement, on peut aussi s’interroger sur l’existence de trajectoires professionnelles et familiales dissonantes pour certaines jeunes filles et en quoi le passage par une école ménagère confessionnelle joue un rôle dans ces éventuelles trajectoires émancipées.

2 Sur le plan méthodologique, cette étude de cas est fondée sur le croisement de sources archivistiques classiques et d’entretiens avec d’anciennes élèves. Les premières correspondent principalement à des documents officiels, consultés aux archives départementales du Doubs ou aux archives municipales de Besançon [15], mais aussi à des plans de cours, à des emplois du temps ou à des programmes d’enseignement. Ce sont des informations statiques relevant d’une prescription, voire d’une norme, d’où le croisement avec des entretiens permettant une approche plus dynamique afin de percevoir les aspects concrets et quotidiens du travail scolaire au sein des écoles ménagères. Cet article expose la partie des résultats concernant les écoles ménagères agricoles confessionnelles d’une enquête plus large consacrée aux Écoles ménagères agricoles et aux Maisons familiales et rurales, du début du xxe siècle aux années 1960. Au total 37 entretiens ont été réalisés durant l’année 2014-2015, dont 18 ont été accompagnés d’un témoignage écrit. De plus, quinze témoignages écrits ont été collectés durant la même période [16]. Des archives privées complètent notre corpus dont l’hétérogénéité permet une approche globale des écoles ménagères agricoles sur la période étudiée. Concernant les écoles ménagères agricoles confessionnelles, le corpus utilisé pour cet article correspond à 25 témoignages (entretiens et écrits confondus) [17]. Toutefois, bien que varié, ce corpus comporte aussi ses zones d’ombre. Seules d’anciennes élèves ont été interrogées, les anciennes enseignantes ont disparu depuis de nombreuses années. L’analyse est donc davantage menée du point de vue des élèves. Pour celui des enseignantes, nous nous sommes contentés d’utiliser les sources d’archives à notre disposition croisées, lorsque cela était possible, avec certains des souvenirs des anciennes élèves. Bien évidemment ce corpus est bien trop limité pour quelque exploitation statistique que ce soit. Toutes nos analyses et interprétations relèvent donc d’une démarche qualitative, ce qui interdit de trop grandes généralisations [18]. Les résultats empiriques obtenus donnent cependant une image suffisamment nette pour permettre une compréhension des logiques sociales des choix et trajectoires scolaires à l’échelle micro de notre étude de cas. Un déséquilibre chronologique marque aussi le corpus de témoignages : les années 1950-1960 sont plus représentées que les années 1920-1930 (ce qui s’explique par la date du recueil des données). Nos conclusions seront donc partielles et généralisables avec la plus grande prudence. Nous proposons une étape dans la connaissance de l’histoire des écoles ménagères agricoles privées, non une vision globale. D’autres travaux seront nécessaires pour y parvenir. Pour mener à bien cette étude de cas départementale, nous avons aussi utilisé un fonds archivistique peu exploité, celui de l’École ménagère privée du prieuré de Vaucluse. Le journal de l’ecclésiastique fondateur de l’école, l’abbé Guyot et une série de treize bulletins paroissiaux rédigés de 1921 à 1932 ont été exploités [19].

3 À travers l’exemple des écoles ménagères agricoles confessionnelles du département du Doubs, nous nous proposons de participer au renforcement de ces premiers jalons de la connaissance historique de la place des femmes en milieu rural à travers cette étude de cas particulière [20]. L’objectif de cet article est de proposer une description du fonctionnement concret de quelques établissements d’enseignement ménager agricole privés du département du Doubs afin de mieux connaître les conditions de la vie quotidienne et de la scolarité des jeunes rurales qui y sont admises. Le but est aussi de caractériser de manière précise les types d’enseignements reçus dans ces écoles : enseignements ménagers, certes, mais davantage domestique, agricole, technique dans un sens plus large, pratique ou davantage théorique ? L’école primaire qui accueille massivement les jeunes filles depuis l’obligation scolaire de 1882, propage une sorte d’idéal féminin, une nature féminine qu’elle se doit de développer et de maintenir, matrice de nombreux stéréotypes de genre [21]. Ce constat effectué par Linda Clark, à propos de l’école primaire et du discours scolaire sur les jeunes filles véhiculé par l’école depuis la fin du XIXe siècle, est certainement valable pour l’enseignement technique et ménager. Nous nous efforcerons d’y apporter un début de confirmation, ou d’infirmation, à partir de l’étude de cas développée dans cet article. Ainsi, à partir de cet exemple départemental, nous nous demanderons si l’enseignement technique féminin est susceptible de représenter une expérience vers une forme de redéfinition des normes de genre, voire d’émancipation féminine par le travail.

4 Tout d’abord, nous mettons en perspective générale les écoles ménagères agricoles du Doubs avant, d’insister ensuite sur les buts principaux poursuivis spécifiquement dans les écoles ménagères agricoles confessionnelles : à savoir former des ménagères pieuses. Enfin, dans un troisième et dernier temps, nous analysons les transformations de l’enseignement ménager agricole privé dans le Doubs après 1945 en montrant que les buts restent identiques, même si les structures changent.

Les écoles ménagères agricoles du doubs : perspectives et contexte général

L’enseignement ménager agricole dans le Doubs entre 1900 et 1960

5 L’offre de formation ménagère agricole dans le Doubs est partagée entre des écoles publiques et des établissements privés, inégalement répartis sur le territoire du département.

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6 Les barrières de genre dans les filières professionnelles et techniques sont très fortes au début du XXe siècle. Marianne Thivend a bien montré le déséquilibre des effectifs des écoles d’enseignements techniques et professionnels en faveur des garçons [22]. Gérard Bodé explique aussi que « l’émergence de l’enseignement technique féminin fut lent et difficile [23] ». Les rares établissements d’enseignement technique féminins ruraux proposent des formations en lien avec la laiterie comme à Coëtlogon en Bretagne [24]. L’enseignement ménager est plus généraliste et a été développé à destination des jeunes filles du peuple à partir du dernier tiers du XIXe siècle et s’est propagé dans toute la France avec plus ou moins de succès jusqu’au milieu du XXe siècle. L’enseignement ménager correspond à un ensemble d’enseignements où sont mêlés hygiénisme, rudiments de gestion (domestique et agricole), sciences et techniques, avec l’ambition principale de former des ménagères aguerries [25]. Il est proposé aux jeunes filles durant leur scolarité obligatoire ainsi que dans le cadre d’une scolarité post-obligatoire, en particulier au sein des écoles ménagères agricoles. Toutefois, l’enseignement ménager agricole correspond à un type particulier de cet enseignement féminin populaire, relativement confidentiel, car il ne concerne qu’une minorité de rurales.

7 Dans le département du Doubs durant la période 1900-1960, tous les types d’écoles ménagères agricoles coexistent : les écoles ambulantes, les cours post-scolaires et les établissements privés, fixes ou ambulants, ainsi que deux Maisons familiales et rurales à partir de 1950.

8 Le contexte de la première moitié du XXe siècle est favorable au développement de la scolarité post-obligatoire [26]. Pour le monde agricole, c’est la loi du 2 août 1918 qui organise les enseignements techniques. Dans son article 26, cette loi stipule, aux alinéas 3 et 4, que « l’enseignement agricole et l’enseignement agricole ménager pour les jeunes filles est donné : […] 3. Dans les écoles agricoles ménagères qui peuvent être fixes, temporaires fixes ou temporaires ambulantes […] ; 4. Dans les cours d’enseignement ménager post-scolaires… [27] ». En Franche-Comté, les écoles de laiterie (ENIL) de Mamirolle et de Poligny ont été ouvertes dès la fin des années 1880, mais elles s’adressent uniquement aux garçons [28]. Dans les campagnes, pour les filles, sont principalement créées des écoles agricoles ménagères ambulantes : on en compte 37 en 1920-1921 et 61 en 1932 [29]. Au début des années 1920, il n’existe que deux écoles ménagères agricoles fixes en France : en Bretagne, à Kerliver et à Coëtlogon (à partir de 1923) [30]. En revanche, en 1928, 45 écoles ambulantes fonctionnent dont deux seulement pour le département du Doubs. En 1932, on compte 61 écoles ambulantes en France [31].

9 Dans le département du Doubs, aux Fontenelles, un cours de « couture et formation religieuse » est créé en 1903. Ailleurs en France, l’enseignement ménager et agricole est proposé aux jeunes filles au sein d’écoles paroissiales à partir de 1905 [32]. En 1906, à Pontarlier, la communauté du Cœur de Marie fonde l’Atelier de couture Saint-Joseph et l’École ménagère Jeanne d’Arc [33]. En 1925, le département du Doubs compte quatre écoles ménagères agricoles confessionnelles : Les Fontenelles et Pontarlier dans un premier temps, puis dans un second, Saint-Pierre de Vaucluse (à partir de 1920) et Cléron [34]. Parallèlement, l’enseignement public propose aussi des cours post-scolaires ménagers agricoles. La concurrence est donc forte.

Des écoles ménagères agricoles confessionnelles peu fréquentées

10 Durant les années 1920 et 1930, le nombre d’élèves augmente de manière inégale, selon les écoles ménagères agricoles confessionnelles. Par exemple, à Pontarlier, l’École ménagère Jeanne d’Arc propose à ses 50 élèves un enseignement ménager couplé à une instruction religieuse. Dans le département, environ quinze mille jeunes filles sont scolarisées au début du xxe siècle dans des écoles dédiées, ce qui représente environ 35 % des effectifs scolarisés. Les écoles privées de filles représentent moins de 10 % des écoles de filles du département tandis qu’à l’échelle de la France, ces écoles confessionnelles féminines comptent pour 26 % des établissements scolaires [35]. L’enseignement confessionnel féminin est donc minoritaire dans le département du Doubs.

11 Appréhender l’évolution des effectifs de ces écoles ménagères est assez compliqué : les archives sont souvent lacunaires, sauf dans le cas de l’École du prieuré Saint-Pierre de Vaucluse pour laquelle il existe quelques chiffres (mais les données sont là, elles aussi, lacunaires). Il faut cependant noter que cette dernière école est loin d’être représentative de l’ensemble des établissements privés confessionnels du Doubs durant la période. C’est donc l’exemple d’une situation particulière difficilement généralisable que celle des fluctuations des effectifs de l’École ménagère agricole du prieuré Saint-Pierre de Vaucluse.

Les effectifs de l’École ménagère agricole de Vaucluse (1922 – 1932)

AnnéesNombre d’élèves
192215
192933
193030
193222
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Les effectifs de l’École ménagère agricole de Vaucluse (1922 – 1932)

Source : Arch. Charité, fonds Vaucluse.

12 Les écoles ménagères agricoles ambulantes et les cours post-scolaires ménagers agricoles, créés par la loi du 2 août 1918 [36], se sont développés et attirent de plus en plus de jeunes rurales. Ces écoles ambulantes sont gratuites et ne privent pas les parents de l’aide de leurs filles au quotidien. Mais, dans le Doubs, la situation n’est pas aussi favorable qu’ailleurs en France pour ces écoles publiques. En 1928, il existe deux écoles post-scolaires itinérantes dans ce département. En 1938, on en compte trois seulement. Il faut attendre l’après-Seconde Guerre mondiale pour que le nombre d’établissements croisse fortement : 12 écoles existent dans le département du Doubs en 1950 (dont deux fixes) [37]. Les établissements confessionnels sont donc plus nombreux que les écoles publiques durant l’entre-deux-guerres dans le département du Doubs. Or, à la rentrée 1922, seulement 15 jeunes filles sont présentes alors qu’en janvier 1921, avant même l’ouverture de l’école, l’abbé Guyot avait reçu plus d’une quarantaine de demandes d’inscription [38]. En 1929-1930, la situation est nettement plus favorable. Dès 1932, la situation se dégrade de nouveau avec une baisse significative de l’effectif [39]. Malgré le peu d’offre alternative, l’École de Vaucluse peine donc à recruter de nouvelles élèves, ce qui en fait un établissement fragile, à la survie incertaine. Ce cas particulier vérifie les analyses de Jacques Gavoille qui a montré que l’enseignement confessionnel est marginal dans le département du Doubs à cette époque [40].

13 À la fin de l’année 1921, la Mère supérieure des Sœurs de la Sainte Famille refuse la direction de l’école arguant du manque de personnel [41]. Finalement, ce sont les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul de Besançon qui acceptent de venir enseigner à Vaucluse. Le 19 septembre 1922, sept religieuses, dont la Supérieure, Sœur Marie-Line, s’installent dans le prieuré [42]. On compte donc environ un personnel enseignant pour deux élèves ce qui correspond à un taux d’encadrement extrêmement élevé, révélateur d’un espoir d’effectifs plus importants de la part des fondateurs de l’école. Or, les effectifs n’augmentent guère durant la décennie suivante, ce qui rend la présence enseignante pléthorique. Les sources n’indiquent pas si certaines religieuses sont reparties à Besançon ou ont été congédiées du fait de cette situation.

14 Malgré ces difficultés de recrutement, l’École ménagère agricole du prieuré Saint-Pierre de Vaucluse fonctionne et propose, comme les trois autres écoles ménagères agricoles confessionnelles du département, un ensemble d’enseignements destinés à faire des jeunes filles qui y sont scolarisées de futures ménagères efficaces et pieuses.

Apprendre à être une ménagère efficace et pieuse

Perpétuer « la nature féminine »

15 En 1929, pour expliquer cette situation de recrutement difficile, l’abbé Guyot affirme que c’est l’ouverture des autres écoles libres qui entraîne la diminution des effectifs de l’École de Vaucluse. Dans le Doubs, les écoles confessionnelles sont effectivement les plus nombreuses. Mais l’abbé Guyot n’apporte aucun argument pour étayer son affirmation. Son discours reste purement rhétorique et il ne donne aucun chiffre. Or, comme on l’a montré plus haut, le nombre d’écoles reste très modeste avant les années 1950 et l’École de Vaucluse n’est « concurrencée » que par trois autres écoles seulement à l’échelle du département ce qui, somme toute, est assez peu. Malheureusement, les données manquent sur les effectifs des autres écoles confessionnelles : on sait que l’École ménagère Jeanne d’Arc, à Pontarlier, accueille environ 50 élèves durant les années 1920 et 1930, mais c’est insuffisant pour une réelle comparaison.

16 Peut-être alors faut-il aller rechercher des éléments d’explication du côté de l’idéologie qui prévaut dans ces écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs ? Pour ceux et celles qui administrent ces établissements ménagers agricoles, les valeurs morales des jeunes filles se sont dégradées après la suppression des écoles libres, notamment après l’interdiction faite aux congrégations d’enseigner en vertu de l’article 14 de la loi de 1901 sur les associations puis, surtout, de la loi Combes du 7 juillet 1904 [43]. Pour eux, et pour beaucoup de Français à cette époque, les jeunes filles du peuple en milieu rural doivent bénéficier d’une éducation chrétienne, avec un minimum de bagage intellectuel et une formation pratique suffisante pour être de « bonnes » mères de famille [44]. Une fois la Première Guerre mondiale terminée, les relations sont plus apaisées entre la République et les autorités catholiques. Les congrégations catholiques, précédemment expulsées, sont de nouveau tolérées dès le début des années 1920, décennie du « second ralliement [45] », ce qui permet à des religieuses d’enseigner de nouveau dans les écoles confessionnelles, dont les écoles ménagères agricoles comme à Pontarlier, à Cléron ou encore au prieuré Saint-Pierre de Vaucluse.

17 Comme l’École des mères d’Augusta Moll-Weiss à Paris, les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs contribuent « à la définition des pratiques sociales et des normes de genre [46] ». Hygiénisme, gestion, rudiments de sciences et techniques sont mêlés pour assurer une professionnalisation des tâches ménagères et maternelles [47]. L’abbé Guyot juge qu’organiser « une école ménagère et professionnelle serait plus simple, mais qu’une école donnant à peu près la formation du brevet, ce serait plus complet, on garderait les enfants plus longtemps et les parents n’auraient pas à chercher une autre école… [48] ». Dans l’Eclair Comtois, en novembre 1922, un journaliste s’exclame : « Nos belles montagnes, si chrétiennes, si populeuses et si riches d’enfants, sont plus à l’aise que jamais et manquent d’écoles pour la formation professionnelle des jeunes filles […] J’emploie le mot profession dans son sens le plus large, celui de ménagère et de maîtresse de maison [49]. » L’abbé Guyot précise qu’il « [forme] des jeunes filles chrétiennes, sérieuses et outillées pour la direction morale et matérielle d’une famille [50] ». Il n’est jamais question de préparer les élèves à une future activité salariée. Les jeunes filles travaillent au sein de l’exploitation agricole, mais elles ne sont pas réellement formées pour un métier clairement identifié [51]. À propos des enseignements post-scolaires ménagers agricoles publics, Henri Queuille, sous-secrétaire d’État à l’Agriculture explique, en 1920, qu’« en l’absence du chef de famille durant la guerre, la paysanne de France a révélé des trésors de courage, d’endurance, d’intelligence lucide. Elle a vaillamment contribué à la continuité du domaine familial tout en gérant l’entretien de sa maisonnée. Si elle en a été capable, nul ne doute qu’elle est apte à profiter des connaissances générales liées à l’agriculture pour qu’elle puisse suppléer dans la direction de l’entreprise et dans les circonstances de la vie quotidienne et pas seulement à l’occasion d’évènements extraordinaires, quand le chef de famille défaillant. Toutefois, il ne faut pas donner aux jeunes filles le même enseignement que les garçons, car ce serait méconnaître le rôle essentiel de la fermière. Elle doit être non pas la suppléante, mais la collaboratrice et assumer des tâches nettement différenciées et spécialisées [52] ». Si on est loin de la hargne anti-public de l’abbé Guyot, les propos d’Henri Queuille réaffirment les idées traditionnelles sur la « nature féminine » et le rôle des femmes au sein de l’exploitation agricole. Bien que marqués par le contexte de la préparation des lois natalistes du début des années 1920 réprimant l’avortement et la publicité pour la contraception, ses propos laissent espérer toutefois quelques possibilités émancipatrices. La dimension morale des enseignements ménagers agricoles post-scolaires publics n’en reste pas moins essentielle. Henri Queuille insiste sur l’influence des futures « agricultrices » au sein du foyer familial, chargées de veiller au confort et au bien-être de leur futur foyer : « Le logis ne doit pas être seulement habitable […] mais encore être artistement paré pour qu’on y respire la joie de vivre. Il y suffit d’un peu de goût, quelques fleurs aux fenêtres, […] les cuivres et les étains soigneusement astiqués […] Le charme de son intérieur fera plus pour détourner le maître de maison du cabaret que toutes les prédications les plus persuasives [53]. »

18 Dans le 8e bulletin paroissial du prieuré de Vaucluse, publié en 1928, l’abbé Guyot plaide en faveur du développement des écoles libres et critique l’école primaire laïque. Il affirme que le personnel enseignant des écoles publiques n’est pas compétent et que l’école laïque n’inculque pas aux élèves les principes moraux qu’il juge nécessaire pour contrer « l’idée de vivre sa vie, l’exemple des divorces, de la vie facile, l’emprise irrésistible de la mode [54] ». Il pointe du doigt les écoles primaires supérieures qui préparent les jeunes filles à devenir des employées de bureau : « Les femmes deviennent comptables, […] demain, elles seront à la Chambre des Députés. Alors, vous filles de paysan, propriétaire de sol, […] on vous condamne à végéter dans la routine avec une instruction primaire des plus rudimentaires, avec de vieux procédés de cuisine et de ménage qui n’étaient pas même suffisants il y a cinquante ans […] Et bien, non, il faut que nos bonnes familles comprennent la nécessité d’une instruction et d’une éducation plus élevées pour nos chères jeunes filles [55]. » Mais l’abbé Guyot ne propose rien de concret et son propos reste flou, sans doute à dessein. De même, il faut noter une forme de contradiction lorsqu’il promeut un enseignement professionnalisant pour les jeunes filles tout en insistant sur les principes moraux et le respect des normes sociales de l’époque, antinomiques de la professionnalisation préconisée. C’est la finalité morale et religieuse qui prévaut finalement à l’École de Vaucluse. Il reprend à son compte les critiques anciennes formulées à l’encontre des femmes instruites, celles que l’on qualifiait encore de « bas-bleus » à la fin du XIXe siècle. Mais l’abbé Guyot plaide aussi pour un enseignement de qualité pour les jeunes filles des milieux populaires dans le but d’en faire des ménagères et non pour les émanciper intellectuellement. Comme Sandrine Roll l’a déjà montré à partir de plusieurs exemples d’écoles ménagères urbaines, avant 1914, le discours est ambivalent [56] : la place des femmes dans la société est toujours justifiée par des arguments naturalisés, donc jugée comme allant de soi, alors même que l’exigence d’une réelle éducation et d’une formation à visée professionnelle s’apparente à un début d’émancipation. Ce type de discours se perpétue donc après la Première Guerre mondiale, qui ne représente pas là une césure, et s’étend à l’espace rural avec quelques décennies de décalage, comme le montre ici l’exemple de l’abbé Guyot et de l’École ménagère agricole de Vaucluse dans le Doubs.

Entre agriculture, religion et devoirs moraux

19 Les principaux enseignements mis en œuvre au sein des écoles ménagères agricoles confessionnelles du département du Doubs, jusqu’aux années 1960, correspondent aux objectifs traditionnellement poursuivis dans l’enseignement féminin : il s’agit de former les jeunes rurales à devenir de futures épouses et mères dévouées œuvrant au fonctionnement concret de l’exploitation agricole et à la prospérité économique et financière, mais sans bénéficier de la reconnaissance d’un quelconque statut ou de la dignité reconnue à un métier stricto sensu[57]. À Cléron, dès 1925, l’objectif est d’offrir aux jeunes filles une formation manuelle de type agricole en même temps qu’une éducation chrétienne en vue de leur future vie familiale en milieu rural. Colette D., élève vingt ans plus tard, de 1943 à 1945, confirme que le « destin des filles » est de devenir de « bonne ménagère [58] ». L’abbé Guyot le rappelle en 1927 : « La femme est l’autre moitié de l’humanité [...] : le Bon Dieu les a créées exprès pour compléter l’homme et non le remplacer [...] Alors pour continuer l’idée de Dieu Créateur [...] on s’applique à préparer les jeunes filles à leur rôle de bonnes ménagères, femmes d’intérieur, aides et compléments de l’homme dans tout ce qui était dans le rôle traditionnel de nos bonnes et saintes grand’mères (sic.) [59]. »

20 Outre les dimensions morale et religieuse, la formation agricole est centrale : les filles sont formées pour devenir des aides compétentes de leur époux au sein de l’exploitation agricole [60]. Les futures agricultrices sont considérées comme de futures « épouse[s] au travail », le métier n’est alors pas distingué « de son mode d’exercice conjugal… [61] ». Il n’est donc jamais question de préparer les élèves à une future activité salariée. Au sujet des agricultrices, à la fin du xixe siècle et durant la première moitié du XXe siècle, Sylvie Schweitzer explique que le « travail féminin [est] toujours systématiquement minoré dans ses contenus [62] ». Elles sont formées pour travailler, mais travailler au sein de leur futur foyer et aux tâches qui en découlent. Les élèves doivent apprendre le maintien de leur ménage, mais aussi l’entretien de la bassecour si l’exploitation agricole en est pourvue, s’initier à des tâches relevant de la laiterie comme la traite des vaches ou la fabrication du beurre [63]. Dans ces écoles ménagères agricoles, « l’enseignement […] dispensé […] est essentiellement pratique et adapté à l’agriculture de la région [64] ». C’est pourquoi, dans les écoles ménagères agricoles de la basse montagne jurassienne, l’accent est mis principalement sur l’élevage laitier et la transformation du lait. Ces apprentissages sont destinés à des jeunes femmes qui se préparent principalement à vivre dans des petites et moyennes exploitations où la motorisation du matériel est très lente, mais l’électrification, comme dans toute la Franche-Comté rurale, assez rapide [65]. Les enseignements agricoles des écoles ménagères agricoles confessionnelles ont pour but de perpétuer le stéréotype de la césure traditionnelle dans les sociétés rurales entre, d’une part, la culture en plein champ, notamment des céréales par les hommes, et d’autre part, la fabrication du lait et du beurre dévolue aux femmes [66]. Les élèves des écoles ménagères se destinent donc à devenir des aides familiales au chef d’exploitation, leur mari le plus souvent [67]. Ce sont des enseignements peu innovants dont le but est de maintenir les femmes dans leur rôle d’auxiliaire de leur mari. Rien ne va dans le sens d’une quelconque émancipation. Mais cela n’est pas propre aux écoles à caractère confessionnel. Les écoles ménagères publiques du Doubs proposent le même type d’enseignement avec des objectifs similaires. Par exemple, les programmes d’enseignement ménager agricole postscolaire de 1920, qui s’adressent aux filles de plus de 12 ans, indiquent que les leçons sont « commandé[e]s par la conception que l’on se fait du rôle de la fermière [68] ».

21 Par ailleurs, le livret de scolarité de Jeanne Magnin, élève à l’École ménagère agricole du prieuré SaintPierre de Vaucluse de 1927 à 1929, nous apprend que les élèves sont aussi notées sur leurs connaissances des travaux d’aiguille : coupe, couture, raccommodage et repassage [69]. Elles sont également évaluées sur la tenue de la maison, la propreté et l’ordre, ainsi qu’en cuisine. Ce programme d’enseignement, « adapté au genre des élèves [70] », s’avère conforme à ce qui se pratique dans d’autres établissements du même type [71].

Emploi du temps de la semaine rurale féminine de 1928 (21 – 25 mai) Au pensionnat Saint – Pierre de Vaucluse La semaine est ouverte le lundi à 18 h

7 h 30 :
Messe avec allocution
9h :
1er cours
10 h 30 :
2e cours
14 h 30 :
3e cours
16 h 30 :
4e cours
Récréation du soir
Mardi 22L’esprit de foiLa bassecourLa jeune fille et son avenirVisite d’une fromagerie, ModèleLes vêtements (conservation, détachage)Chansons terriennes ; exercices pratiques de bandage
Mercredi 23L’esprit de sacrificeLes abeillesLa première éducationLes engraisHygiène et soin des maladesSéance de projections
Jeudi 24La charitéComptabilité agricoleL’âme de l’enfantLe lait (alimentation rationnelle des vaches laitières, la traite)La lutte contre la tuberculoseSéance récréative
Vendredi 25L’apostolat (débute à 8h30)La tenue de la maisonLe foyer ruralL’électricité dans une exploitation ruraleCauserie de M. Le chanoine Dubourg
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Emploi du temps de la semaine rurale féminine de 1928 (21 – 25 mai) Au pensionnat Saint – Pierre de Vaucluse La semaine est ouverte le lundi à 18 h

Source : Arch. Charité, fonds Vaucluse, boîte n° 4, 1928.

22 L’emploi du temps de la semaine rurale féminine de 1928, qui se déroule à Vaucluse, montre bien la recherche d’un équilibre entre formation agricole concrète, gestion du ménage et édification morale et religieuse. Le premier cours de la journée est consacré à l’une des tâches agricoles auxquelles les jeunes filles doivent être formées, comme la gestion de la basse-cour, le mardi 22 mai 1928 ou la comptabilité agricole, le jeudi 24 mai [72].

23 La dimension morale de l’éducation au sein des écoles confessionnelles est importante, plus encore que dans les écoles publiques : la conduite des élèves, la politesse et la discipline sont étroitement surveillées [73]. L’instruction religieuse occupe une place importante, mais cela n’a rien d’étonnant dans des écoles confessionnelles. C’est un enseignement conforme au programme diocésain. Un des cahiers de Jeanne Magnin, élève à Vaucluse en 1927-1928, expose les dix instructions religieuses données pendant les retraites [74]. Nous pouvons y lire qu’elle ne doit fréquenter ni les bals, ni les cinémas, ni les usines, qu’elle ne doit pas lire de « mauvais » livres ou de « mauvais » journaux, qu’elle ne doit pas travailler devant la porte afin de ne pas voir ni être vue des passants, jeunes ou vieux, et enfin, qu’en entrant en pension, « elle ne doit pas faire de manières [75] ». Bien évidemment, les jeunes filles participent à toutes les grandes fêtes religieuses. Les cours d’enseignement religieux sont complétés par des « retraites » régulières durant lesquelles il est rappelé aux jeunes filles l’importance de leur rôle dans la transmission des valeurs chrétiennes. Pendant trois jours, elles gardent le silence, prient et communient. Le 4 août 1926, l’Archevêque de Besançon, Mgr Louis Humbrecht, envoie une lettre à l’abbé Guyot dans laquelle il le félicite pour « le grand travail de préservation sociale chrétienne » qu’il mène dans son école de Vaucluse [76]. Comme à Lille, où l’enseignement catholique s’est beaucoup développé depuis la fin du XIXe siècle, les programmes d’enseignement sont peu éloignés des programmes des institutions publiques et laïques sauf en ce qui concerne les aspects religieux [77]. Les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs n’ont donc rien d’original de ce point de vue, tant pour les enseignements religieux, conformes à ce qui se fait dans d’autres institutions catholiques, qu’en matière d’enseignements techniques ménagers et agricoles puisque les cours sont sensiblement les mêmes que dans les autres établissements publics.

Peu d’élèves mais brillantes

24 À la fin de chaque année, un examen est organisé et un diplôme d’enseignement ménager est délivré aux élèves qui ont suivi l’ensemble des enseignements et dont les notes sont satisfaisantes. Les travaux exécutés au cours de l’année sont évalués tandis que les élèves rédigent des compositions lors de l’examen final et qu’elles sont interrogées à l’oral. À l’École ménagère Saint-Pierre de Vaucluse, en 1927, le jury est particulièrement satisfait et le diplôme d’études ménagères attribué à cinq élèves de seconde année, en même temps que le certificat d’études ménagères est décerné à dix autres élèves. L’école compte environ trente élèves à ce momentlà, mais nous ne possédons pas le chiffre exact des effectifs en 1927. On ne le possède que pour 1922 et 1929. Si l’on conserve l’hypothèse d’une trentaine d’élèves sur deux années d’étude et en admettant qu’elles se répartissent équitablement sur les deux années, alors l’ensemble de la promotion de seconde année est diplômée. Dans le 7e bulletin paroissial, l’abbé Guyot explique ces brillants résultats, salués par le jury : « Parce qu’elles savaient bien, la gaucherie, la fausse timidité, les petites grimaces et les larmes qui dissimulent mal l’ignorance, avaient disparu [78]. »

25 En 1928, une élève de l’École de Vaucluse se distingue tout particulièrement puisqu’elle obtient le premier prix au concours général des écoles ménagères [79]. En 1929 et en 1930, parmi les jeunes filles qui obtiennent leur brevet d’enseignement ménager, on compte des élèves originaires de Suisse : Marie Roösli en 1929 et Suzanne Walzer, l’année suivante. Malgré l’existence d’écoles du même type en Suisse [80], certaines jeunes rurales helvètes choisissent de franchir la frontière et d’étudier en France. La bonne réputation des écoles du Doubs explique sans doute ces choix.

Des filles pour lutter contre l’exode rural ?

26 Malgré la fréquentation des écoles ménagères de nombreuses anciennes élèves quittent leur village pour la ville. L’un des objectifs principaux de ces établissements d’enseignement ménager agricole, qu’ils soient publics ou privés, dans le droit fil de la tradition agrarienne, correspond à la lutte contre l’exode rural [81]. Les jeunes femmes rurales, après leur formation à l’école ménagère, sont investies d’un rôle moral : celui de prévenir cet exode rural, notamment en assurant l’entretien du ménage et en garantissant le bien-être des enfants. Ce rôle traditionnel et moral reste fondé sur des valeurs chrétiennes, sur lesquelles on insiste beaucoup au sein des écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs. Depuis le milieu du XIXe siècle, la Franche-Comté est concernée par un exode rural important [82]. Dans le département du Doubs, les ruraux choisissent le plus souvent de quitter la campagne pour s’installer à Besançon. L’industrialisation de la production fromagère accélère même cet exode rural vers les grandes villes proches : par exemple l’industrie Bel attire beaucoup de ruraux à Lons-le-Saunier, surtout à partir de 1921 et les débuts de la production de la crème de gruyère [83]. Le Doubs compte 190 000 habitants en 1901 et, seulement, 163 000 en 1954 [84]. Beaucoup de ruraux francs-comtois quittent aussi la région : Claude Fohlen évoque même une « dépopulation rurale [85] ». Le sentiment dominant alors au sein des communautés villageoises du Doubs durant la première moitié du XXe siècle est donc celui d’un exode rural intense. Vaucluse, village de la basse montagne jurassienne, compte entre 200 et 300 habitants. Mais ce n’est pas un cas typique : l’évolution du nombre d’habitants de cette commune durant la décennie 1920 et au début des années 1930 est une exception.

Évolution du nombre d’habitants du village de Vaucluse entre 1913 et 1931

AnnéeNombre d’habitants
1913307
1919222
1926283
1931276
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Évolution du nombre d’habitants du village de Vaucluse entre 1913 et 1931

27 Si Vaucluse compte 307 habitants avant 1914, après la Grande Guerre, la saignée est forte puisque le village a perdu presque 1/3 de ses habitants. Durant la première moitié des années 1920, on assiste à un phénomène de rattrapage avec une augmentation significative mais loin d’un retour à la situation d’avant-guerre. Dans la seconde moitié de la décennie, on constate un recul, certes lent mais significatif [86]. Ce village ne connaît donc pas un exode rural massif. La population du village se maintient même si le chiffre de 1913 n’est pas atteint de nouveau.

28 Cette situation particulière n’empêche pas la plupart des villageois, l’abbé Guyot en tête, de chercher des solutions pour lutter contre l’exode rural. Aussi à l’École ménagère du prieuré Saint-Pierre de Vaucluse imagine-t-on une manifestation « Les semaines rurales féminines du diocèse », organisée à partir de 1926, pour donner aux jeunes filles l’envie de rester dans les campagnes. Le 20 juin 1926, une réunion régionale se déroule sous la direction du Chanoine Dubourg, directeur des œuvres. Elle est destinée aux jeunes rurales, celles qui sont inscrites dans les écoles ménagères privées, mais aussi toutes celles qui seraient intéressées : près de 400 jeunes filles sont alors réunies. Lucie Vernier, considérée comme la meilleure élève de l’École ménagère agricole cette année-là, prononce un discours où elle expose l’idéal « de la jeune fille dans la famille paysanne [87] ». Dans une lettre adressée à la Révérende Mère, Sœur Marie-Marthe fait part du succès de la semaine rurale de 1928 et du grand contentement du Chanoine Dubourg [88]. Toutes les jeunes filles de la région sont invitées afin « d’assurer à la femme de la campagne un savoir-faire adapté à son temps, aidé par les ressources modernes du progrès, ainsi qu’un développement de l’esprit familial qui l’attachera à son foyer, au pays et à la terre [89] ». On retrouve à nouveau tous les préceptes traditionnels et moraux développés par les responsables des écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs. En 1928, la semaine rurale réunit 150 jeunes filles. Le succès de ces rendez-vous diminue quelque peu : deux ans après la première semaine, on compte un effectif diminué de plus de 50 %. Les grands moyens mis en place pour ces rassemblements rappellent l’un des objectifs principaux des écoles ménagères rurales, tout du moins dans le département du Doubs : « attacher » les jeunes filles et leur future famille à la terre.

29 D’après quelques témoignages d’anciennes élèves, cet objectif a été atteint en partie. Par exemple, Giselle M. V. (née en septembre 1933), placée à 7 ans à l’internat du prieuré de Vaucluse, étudie au sein du cours primaire jusqu’au certificat d’études puis à l’École ménagère agricole. À la fin de sa scolarité à Vaucluse, elle a travaillé au sein de la ferme de ses parents puis dans celle de son mari (avec lequel elle a eu 6 enfants) [90]. Madeleine M., fille de commerçants, entre à Vaucluse en 1931 à 7 ans et suit les cours primaires puis l’École ménagère agricole. Elle devient ensuite institutrice adjointe auprès de son mari dans une école rurale [91]. Ce ne sont que deux exemples, ce qui est trop peu pour conclure et généraliser, mais ils indiquent cependant qu’un certain nombre de trajectoires sociales d’anciennes élèves ont correspondu aux objectifs poursuivis de maintien des jeunes filles en milieu rural.

Les transformations de l’enseignement ménager agricole privé féminin après 1945

Une relative stabilité après les tourments de l’Occupation

30 Les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs sont en difficultés durant les années 1930-1940. Par exemple, l’École du prieuré Saint-Pierre de Vaucluse connaît une situation complexe et délicate après la mort de son fondateur, l’abbé Guyot, en 1934. Cette école est fermée durant l’Occupation et lorsqu’elle ouvre de nouveau, à la Libération, elle est rapidement transformée en Institut médico-éducatif. Les effectifs y sont de plus en plus faibles durant les premières années de la décennie 1950 : sa fermeture est donc décidée en 1955 [92]. Or, si une école ferme d’autres sont créés à la Libération ou peu après, tandis que les écoles ménagères agricoles confessionnelles des Fontenelles, de Cléron et de Pontarlier continuent à fonctionner. En 1947, l’École ménagère de la Providence est ouverte à Besançon par la congrégation de la Sainte Famille. Il s’agit de former de futures épouses d’agriculteurs. Située en ville, cette école ménagère n’en prépare pas moins les jeunes filles aux métiers de la terre parallèlement à l’enseignement ménager proprement dit [93]. L’existence de cette formation agricole en milieu urbain montre que la séparation urbain-rural est encore ténue au milieu du XXe siècle et les porosités nombreuses.

31 Après la Seconde Guerre mondiale, l’École ménagère agricole des Fontenelles devient un Centre ménager d’apprentissage agricole. La congrégation des Sœurs de la Retraite Chrétienne propose une formation ménagère à des jeunes filles qui ont dépassé l’âge de la scolarité obligatoire. Marie-Thérèse B., élève de novembre 1956 à mai 1957, suit cette formation qu’elle complète par des cours par correspondance gérés par un organisme de Dijon [94]. Le but de cette école privée est toujours de préparer les filles d’agriculteurs à leur rôle de maîtresses de maison et d’auxiliaires du chef d’exploitation agricole. Aussi, suivent-elles des cours d’agriculture, de zootechnie (petits élevages) et de laiterie. Elles sont aussi initiées aux aspects juridiques et comptables qui régissent les exploitations agricoles. La formation à la gestion et à la comptabilité est assez poussée, suffisamment dans tous les cas pour permettre à certaines élèves d’en faire leur métier. Par exemple, Jeanne D. (née en 1934), enseignante aux Fontenelles durant les années 1970, est devenue comptable d’un collège privé puis du diocèse pendant treize ans [95].

32 Aux Fontenelles, les cours n’ont lieu que pendant l’hiver, du mois de novembre à fin avril. Pour les enseignements ménagers, les sœurs s’adressent aux familles aisées et prennent des commandes de trousseaux : les élèves ont ainsi toujours de l’ouvrage, notamment de broderie. À l’École ménagère agricole Sainte-Thérèse de Vercel, dirigée par la congrégation des Sœurs de la Sainte-Famille de Besançon, les jeunes filles travaillent en groupe de dix dans les ateliers et apprennent la cuisine, la puériculture, le repassage, le ménage, soit l’économie domestique au sens large. Elles sont aussi formées aux travaux qui incombent aux femmes au sein de l’exploitation agricole, notamment les rudiments de la comptabilité agricole et de gestion au sens plus large de l’exploitation agricole. L’essentiel de la formation est donc de préparer les jeunes filles à leur futur rôle domestique et d’auxiliaire compétente du chef d’exploitation agricole [96]. En 1963, Les Fontenelles deviennent un Institut féminin rural. De nouveaux locaux sont alors construits grâce au soutien d’Edgar Faure (1908-1988), homme politique radicalsocialiste influent, plusieurs fois élu dans les départements du Jura et du Doubs (maire, conseiller général, député, sénateur), de multiples fois ministre. Ces locaux neufs sont inaugurés en 1967. Cette même année, l’établissement est reconnu par le ministère de l’Agriculture et prend le nom de Centre d’enseignement féminin rural. Durant les années 1950-1960, l’évolution des techniques agricoles et des mondes ruraux a conduit l’École ménagère agricole des Fontenelles à adapter ses formations et son fonctionnement. Mais son objectif initial n’est pas modifié : les élèves sont toujours préparées à devenir des épouses d’agriculteurs et de futures mères. Toutefois, sur les dix témoignages recueillis d’anciennes élèves des Fontenelles, seules deux ont occupé un emploi dans le domaine agricole : Colette B. (née en 1934), élève de l’École ménagère agricole durant l’hiver 1949-1950, se déclare « agricultrice » lors de l’entretien de 2014 ; Brigitte C. (née en 1956), fille d’agriculteur, élève de l’École ménagère agricole de 1970 à 1973, a été brièvement cuisinière avant de travailler au sein de l’exploitation familiale (de ses parents puis celle dont son mari est le chef d’exploitation) [97]. Les autres deviennent principalement enseignantes, ou travaillent aux côtés de leur mari dans leur entreprise artisanale. Par exemple, Elisabeth J. (née en 1940), élève de l’École ménagère agricole en 1957-1958, s’est occupée de la comptabilité de l’entreprise de menuiserie de son mari [98].

Former des « fées du logis », encore et toujours

33 En février 1965, l’École ménagère de la Providence de Besançon est transformée en Institut agricole d’études techniques où les jeunes filles préparent le brevet ménager d’apprentissage agricole puis, pour les plus brillantes qui souhaitent poursuivre leurs études, le brevet d’enseignement agricole [99]. À la même époque, au lycée agricole de Byans-sur-Doubs, lors de la cérémonie de fin d’année scolaire, en 1964-1965, le discours du directeur des services agricoles du Doubs reste très conservateur : « Parmi la jeunesse féminine du département, vous êtes l’élite […] Pour être au service de la jeunesse rurale, votre école a choisi la formule la plus ambitieuse, celle du lycée agricole […] Les résultats d’examens ne suffisent pas pour faire de vous une élite. Il vous faut encore ce sens du travail qu’on appelle aussi […] conscience professionnelle ou que l’on désigne en Franche-Comté sous l’expression être une femme d’ordre […] Cet ordre qui n’est pas seulement la netteté de votre personne ou de votre intérieur, mais la droiture morale […] C’est l’amour du travail, l’amour du foyer, l’amour des autres qui inspirera votre vie et rendra plus facile votre tâche [100]. » On constate donc peu de changements dans l’idéologie éducative des établissements d’enseignement ménager agricole confessionnels ainsi que dans les enseignements proposés aux jeunes filles entre le début du XXe siècle et les années 1960. Si cela se confirme pour les établissements confessionnels, on retrouve ces mêmes discours et pratiques dans les écoles ménagères agricoles publiques du Doubs, ainsi que dans le canton de Vaud en Suisse romande [101] : ces établissements d’enseignement technique pour filles proposent un cadre normatif où les comportements stéréotypés liés à une prétendue « nature féminine » sont intégrés et aboutissent à former de futures « fées du logis [102] ». Or, un certain nombre de jeunes filles formées dans les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs après 1945 ne travaillent pas au sein d’une exploitation agricole familiale ou alors n’y travaillent qu’une partie de leur vie professionnelle. Le cas de Brigitte C., déjà cité, est intéressant : elle est cuisinière une année avant de travailler au sein de l’exploitation familiale, puis de finir sa carrière comme assistante maternelle [103]. Certaines, comme Odile R. (née en 1942), fille d’agriculteurs, travaillent à l’usine après leur passage dans une MFR entre 1956 et 1959 [104]. Bien sûr, si ces exemples précis permettent de nuancer la situation, ils ne permettent en rien de conclure dans un sens ou dans l’autre. Cela permet toutefois d’avoir un regard beaucoup moins catégorique et de montrer la complexité des rapports entre formation scolaire et trajectoire professionnelle.

34 À Pontarlier, l’École ménagère Jeanne d’Arc devient un Centre ménager rural le 2 juillet 1958, et prend alors une orientation nettement plus agricole. Avant 1970, les jeunes filles y sont préparées à leur futur rôle de maîtresse de maison et initiées aux compétences variées requises dans une exploitation agricole. Elles peuvent acquérir le brevet d’apprentissage ménager agricole ou le brevet professionnel ménager agricole. Elles peuvent également suivre une formation pour obtenir le brevet d’enseignement agricole et poursuivre leurs études au lycée agricole de Byans-sur-Doubs. Cette dernière formation leur permet de préparer le concours d’entrée à l’école d’infirmières, au métier d’auxiliaire de puériculture ou d’assistante sociale. C’est un enseignement technique qui reste donc très genré, mais qui s’éloigne aussi progressivement du modèle initial de formation de bonnes ménagères auxiliaires du chef d’exploitation familiale [105]. Et il faut attendre les années 1960 pour que certaines profitent de facilités pour apprendre réellement un métier qui les émancipe de leur rôle de femme au foyer « à la ferme », auxiliaire de leur mari, chef d’exploitation. Certaines par ailleurs deviennent enseignantes au sein même des écoles ménagères agricoles ou des établissements qui leur succèdent, comme Monique B., enseignante en bureautique, de 1966 à 1986, au Centre d’enseignement féminin rural des Fontenelles [106].

35 Au final, il est difficile d’évaluer l’influence « quantitative » de ces institutions d’enseignement ménager agricole confessionnelles : le nombre d’élèves formées sur la période est rarement connu, faute de sources fiables. Mais certaines données permettent des hypothèses. Par exemple de 1947 à 1953, avant de devenir un lycée agricole mixte, l’École ménagère de Byans-sur Doubs accueille 177 jeunes filles. En 1960, le nombre d’élèves formées s’élève à 300 [107]. Durant les années 1950-1960, cette école propose une scolarité en alternance : deux semaines à l’école suivies de deux semaines au sein de l’exploitation familiale. Cela permet de scolariser des jeunes filles dont les parents craignent encore une perte de main-d’œuvre.

Conclusion

36 L’étude des écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs montre les conditions dans lesquelles ces écoles d’enseignement technique féminin privées ont été créées, mais aussi comment elles ont eu des difficultés à s’inscrire dans la durée. Durant les deux premières décennies de son existence l’École Saint-Pierre de Vaucluse a connu un réel rayonnement régional, ce qui permet à l’établissement de recruter au-delà de la frontière suisse nonobstant des effectifs structurellement insuffisants. Pour l’abbé Guyot, ces difficultés de recrutement sont liées à la concurrence des autres écoles. Cependant, cette concurrence n’est pas aussi forte qu’il veut bien le faire croire, notamment avec les écoles publiques, peu nombreuses dans cette partie du département du Doubs. Si l’enseignement agricole, dans le département du Nord, est le « théâtre d’une rivalité exacerbée entre partisans d’un contrôle catholique sur les campagnes et républicains laïcs… [108] », dans le Doubs, ce n’est pas le cas.

37 Nous avons débuté cet article en nous interrogeant sur le fait que l’enseignement technique agricole féminin serait susceptible de représenter une expérience vers une forme de redéfinition des normes de genre et d’émancipation féminine par le travail [109]. Or, à partir de l’exemple des écoles ménagères confessionnelles du Doubs, nous constatons que les normes traditionnelles ainsi que les stéréotypes de genre sont maintenus et perpétués aussi par les choix opérés au sein de ces institutions d’enseignement technique. Les sources disponibles utilisées pour écrire l’histoire de ces écoles ménagères agricoles du département du Doubs renseignent sur certains fondateurs des écoles, souvent des hommes comme l’abbé Guyot, sur les enseignements, sur les études de certaines élèves, un peu moins sur les conditions de vie matérielles quotidiennes, et très peu sur les enseignantes. Des recherches complémentaires sont donc à envisager pour mieux connaître ces enseignantes particulières de l’enseignement technique rural féminin.

38 Finalement, ceux et celles qui ont œuvré au sein des écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs durant les soixante premières années du XXe siècle ont contribué au renforcement et à la diffusion de l’image stéréotypée des deux rôles de « la » paysanne, bien que le processus ne soit en rien linéaire et qu’il soit nécessaire de le nuancer selon les cas particuliers : d’un côté, une femme au travail mais sans métier précis, auxiliaire de son mari et, de l’autre, la « gardienne du foyer », dernier aspect par ailleurs qui prime le plus souvent dans les écoles ménagères où la finalité domestique est essentielle [110]. C’est une image aux deux pôles difficilement conciliables qui est reprise et promue par la Jeunesse agricole catholique féminine créée en 1933 [111]. Les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs transmettent les valeurs morales chrétiennes et il n’est pas envisageable de permettre aux jeunes filles d’évoluer scolairement comme leurs homologues masculins. Bien au contraire, elles sont « figées » dans leur rôle de futures épouses et mères. Toutefois, un certain nombre de témoignages recueillis montrent que des trajectoires plus complexes existent et que toute généralisation est encore prématurée.

39 Un autre objectif de cet article était de caractériser de manière plus précise les types d’enseignements reçus dans les écoles ménagères agricoles confessionnelles du Doubs. On y enseigne les techniques ménagères qui relèvent du domaine domestique ainsi que de l’ordre agricole. C’est un enseignement technique au sens large qui alterne entre pratique et théorie tout en conservant une dimension morale et religieuse forte, comme l’analyse de l’emploi du temps de la semaine agricole féminine de mai 1928 l’a montré. Après 1945, les enseignements sont davantage techniques, avec en bonne place gestion et comptabilité, tandis que l’insistance sur les enjeux religieux est beaucoup moins forte. Il n’en reste pas moins que, sur la période 1900-1960, les écoles ménagères agricoles confessionnelles participent de la persistance de la diffusion d’une sorte d’idéal féminin, d’une « nature féminine », soubassement des stéréotypes de genre tels qu’identifiés par Linda Clark pour les écoles primaires [112].

40 Les études de genre ont montré que le clivage entre mondes urbains et ruraux est très important : les intellectuelles et les urbaines en général ont toujours davantage attiré l’attention des féministes et des mouvements d’émancipation féminine. Les femmes des milieux ruraux et les paysannes ont moins retenu l’attention [113]. L’étude de cas départementale développée ici a cherché modestement à mettre l’accent sur les actrices des mondes ruraux à l’échelle de l’enseignement ménager agricole confessionnel féminin. De nouvelles études de cas doivent être entreprises pour faciliter confrontations et comparaisons, seules susceptibles de permettre des conclusions de portée plus générale.


Mots-clés éditeurs : 1900-1960, département du Doubs, enseignement ménager agricole privé, Histoire de l’éducation, mondes ruraux

Date de mise en ligne : 26/07/2024

https://doi.org/10.3917/cdr.011.0143