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Mise en place chirurgicale des dents de sagesse en remplacement d’autres dents : « les roues de secours »

Pages 309 à 314

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  • Garcia, A.
(2022). Mise en place chirurgicale des dents de sagesse en remplacement d’autres dents : « les roues de secours » L'Orthodontie Française, . 93(4), 309-314. https://doi.org/10.1684/orthodfr.2022.100.

  • Garcia, Alain.
« Mise en place chirurgicale des dents de sagesse en remplacement d’autres dents : “les roues de secours” ». L'Orthodontie Française, 2022/4 Vol. 93, 2022. p.309-314. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-l-orthodontie-francaise-2022-4-page-309?lang=fr.

  • GARCIA, Alain,
2022. Mise en place chirurgicale des dents de sagesse en remplacement d’autres dents : « les roues de secours » L'Orthodontie Française, 2022/4 Vol. 93, p.309-314. DOI : 10.1684/orthodfr.2022.100. URL : https://stm.cairn.info/revue-l-orthodontie-francaise-2022-4-page-309?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/orthodfr.2022.100


1. Introduction

1 L’extraction des dents de sagesse est un acte mutilant dont l’indication devrait être discutée avec attention et réservée à des situations anatomiques présentant un risque pathologique. L’idée que ces dents présentent un risque de récidive des dysmorphoses traitées orthodontiquement s’est avérée non fondée. De plus, la possibilité offerte par les techniques de transplantations est un argument supplémentaire à leur conservation. En effet, l’amélioration du pronostic des déplacements dentaires chirurgicaux (ou transplantations ou autogreffes dentaires), permise par une meilleure connaissance de la physiologie et de la pathologie parodontale1-19,28,29,32-44, offre la possibilité de considérer avec intérêt ces techniques qui, bien que nécessitant une certaine délicatesse opératoire, ne manquent pas d’avantages en regard du développement des indications implantaires20-27,30,31,45-47. Dans cette démarche thérapeutique, l’utilisation des dents de sagesse comme greffon permet d’envisager le remplacement de premières ou secondes molaires sans trop s’exposer aux problèmes résultant de l’ankylose implantologique que sont la perte des points de contacts mésiaux et l’ingression passive des couronnes prothétiques implanto-portées.

2. Matériel et méthode

2 Les indications de remplacement de molaires absentes par des autogreffes de dents de sagesse sont généralement posées par des confrères correspondants orthodontistes (absence de conflit d’intérêt). Un consentement éclairé est alors proposé au patient lors de la première consultation, pendant laquelle lui sont présentés les avantages, les inconvénients et les contraintes inhérents à cette technique. Il est alors mis en avant la nécessité d’une absence de tabagisme, la nécessité d’un suivi rigoureux (une semaine, un mois, trois mois, six mois, un an, deux ans...) et d’une hygiène bucco-dentaire parfaite pour éviter le risque de rejet du greffon par infection microbienne. L’intervention est ensuite réalisée sous anesthésie locale ou loco-régionale en un ou deux temps opératoires selon l’état d’édification radiculaire du greffon. La contention du greffon est faite au moyen d’un collage proximal pour une durée de trois à six semaines, selon sa stabilité primaire. En cas de fermeture apicale, le traitement endodontique est réalisé une semaine après l’intervention, alors que la conservation pulpaire est tentée si les apex sont encore ouverts. Le suivi clinique et radiographique débute à trois mois postopératoires et dure le plus longtemps possible.

3. Discussion

3 La réorganisation complète de la structure d’un ancrage parodontal fonctionnel (Fig. 1) est obtenue en deux à trois mois postopératoires.

4 En revanche, la maturation osseuse avec apparition d’une lamina dura et d’un espace desmodontal radioclair (cas n° 1 et 2, Figs. 2 et 3) ne s’observe radiographiquement généralement pas avant six mois postopératoires et se poursuit pendant des années. Cette réorganisation permet au greffon de migrer de la même façon que les autres dents de l’arcade et donc de répondre à d’éventuelles sollicitations orthodontiques, mais aussi d’éviter les phénomènes d’ingression passive ou de perte des contacts mésiaux propres à l’ankylose et observables après quelques années sur les prothèses implanto-portées. L’utilisation des dents de sagesse apparaît donc comme une technique de premier choix lorsque ces dernières sont présentes et que leur anatomie radiculaire est compatible avec un prélèvement peu traumatique pour le desmodonte. Dans ce sens, le fait d’intervenir en deux temps pour le prélèvement simplifie ce dernier dans la mesure où une première mobilisation du greffon engendre une inflammation desmodontale qui augmente son épaisseur et sa vascularisation. Cela provoque également une amorce de lyse osseuse péri-radiculaire, ainsi que la production de facteurs de croissance cicatriciels. Ces éléments permettent en effet un prélèvement moins traumatisant lors du second temps opératoire et améliorent les possibilités de régénération parodontale (cas n° 3, Figs. 4).

Figure 1
Description de l'image par IA : Coupe occlusale d'une dent humaine avec tissu pulpaire, dentinaire, cément et os en formation, coloré au rouge de Fish.
Coupe occlusale d’une dent humaine, transplantée dans une alvéole d’os indifférencié créé pour la circonstance, puis extraite après quatre mois pour raison orthodontique. Nous voyons, en haut, le tissu pulpaire (1) puis, en descendant, le tissu dentinaire (2), le cément (3) relié à la corticale osseuse en formation (5) par le desmodonte régénéré (4). La coloration au rouge de Fish permet de faire apparaître, en lumière polarisée, les structures fibrillaires du tissu desmodontal néoformé reliant la corticale osseuse et le cément.

5 Il nous semble donc permis, compte tenu des possibilités thérapeutiques des techniques de déplacement chirurgical, de proposer de restreindre les indications d’extractions des dents de sagesse aux seuls cas où ces dernières, en raison de leurs relations anatomiques avec les dents voisines, leur font courir un risque pathologique (cas n°4, Figs. 5).

Figure 2
Description de l'image par IA : Quatre clichés radiographiques montrant une agénésie dentaire et des traitements chirurgicaux.
Cas n° 1. (a) Cliché rétro-alvéolaire révélant l’agénésie de 17 et 18 chez un jeune homme de 17 ans. Le traitement proposé consiste en une greffe de la 28 en remplacement de la 17. (b) Cliché rétro-alvéolaire du site donneur montrant la 28 à prélever. (c) Cliché rétro-alvéolaire postopératoire. La 28 a subi une rotation de 180 degrés sur son grand axe pour remplacer la 17, la face mésiale devenant distale et la face distale devenant mésiale. Les apex encore largement ouverts ont permis de tenter la conservation du tissu pulpaire du greffon. (d) Cliché rétro-alvéolaire à quatre mois postopératoires montrant la fermeture des apex et donc la réussite de la tentative de conservation pulpaire, ainsi que la formation d’une lamina dura péri-radiculaire associée à la permanence d’un espace desmodontal radioclair, gages de la pérennité du traitement à long terme.
Figure 3
Description de l'image par IA : Radiographies dentaires montrant l'absence de dents, des traitements chirurgicaux et la cicatrisation osseuse.
Cas n° 2. Absence de 27 chez un jeune homme de 18 ans. (a) Cliché rétro-alvéolaire révélant l’absence de 17 et 18. Le traitement proposé consiste en une autogreffe de la 18 incluse. (b) Cliché rétro-alvéolaire révélant la présence de la 18 incluse en position haute. (c) Cliché rétro-alvéolaire postopératoire montrant la 18 en place de 27 et ayant subi une rotation de 180 degrés sur son grand axe. L’ouverture apicale a permis la tentative de conservation du tissu pulpaire. (d) Cliché rétro-alvéolaire à trois mois postopératoires montrant la poursuite de l’édification radiculaire, ainsi que l’amorce d’une cicatrisation osseuse. (e) Cliché rétro-alvéolaire à six mois postopératoires montrant la poursuite des fermetures apicale et camérale, ainsi que la cicatrisation osseuse (présence d’une lamina dura et d’un espace desmodontal péri-radiculaire).
Figure 4
Description de l'image par IA : Radiographies dentaires montrant une dent à extraire, une greffe dentaire et des clichés pré et postopératoires.
Cas n° 3. (a) Dent 36 délabrée et à extraire chez un homme de 40 ans avec version de la 37 fermant partiellement l’espace entre 35 et 37. Traitement proposé : extraction de 36 et 38 permettant l’ouverture orthodontique de l’espace puis autogreffe de la 28 incluse. (b) Cliché rétro-alvéolaire du site donneur : la 28 incluse. (c) Cliché rétro-alvéolaire préopératoire après ouverture orthodontique de l’espace permettant la mise en place de la 28. (d) Cliché rétro-alvéolaire postopératoire montrant la 28 greffée en place de la 36. (e) Cliché rétro-alvéolaire à six mois postopératoires. Le traitement endodontique avait été réalisé une semaine après l’intervention du fait de la fermeture apicale n’autorisant pas une tentative de conservation pulpaire. Il est permis d’apprécier la régénération des septums interdentaires rendue possible par la préservation des restes desmodontaux radiculaires pendant la manipulation du greffon.
Figure 5
Description de l'image par IA : Radiographies dentaires montrant une lésion et divers stades de traitement, incluant extraction et greffe dentaire.
Cas n° 4. (a) Lésion difficilement traitable de la 37 chez une femme de 37 ans, vraisemblablement causée par la 38 qui aurait dû être extraite préventivement du fait de son orientation. Le traitement choisi est une greffe de la 38 en remplacement de la 37. (b) Premier temps opératoire : extraction de la 37, curetage du granulome apical, extraction puis réimplantation dans son alvéole de la 38. (c) Second temps opératoire : une semaine après l’extraction de la 37 et l’extraction réimplantation de la 38, cette dernière est mise en place dans l’alvéole de la 37. (d) Contrôle radiographique à deux ans postopératoires montrant la cicatrisation osseuse et la présence d’un espace desmodontal. Le traitement endodontique de la 38 avait été réalisé du fait de la fermeture apicale, une semaine après son déplacement.

4. Conclusion

6 L’amélioration du pronostic des déplacements chirurgicaux dentaires permet de considérer les dents de sagesse comme fortement utiles pour remplacer les premières et secondes molaires absentes ou irrécupérables. Il en résulte que l’indication systématique de leur extraction, voire leur germectomie, en prévention d’éventuelles récidives de dysmorphoses traitées orthodontiquement devrait être maintenant considérée comme ne répondant pas aux règles de bonnes pratiques.


7 Liens d’intérêt
L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

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Mots-clés éditeurs : Ankylose, Autogreffe dentaire, Dents de sagesse, Déplacement dentaire chirurgical, Résorption, Transplantation

Date de mise en ligne : 29/10/2024

https://doi.org/10.1684/orthodfr.2022.100