Article de revue

Extraction d’une canine : une complication extrême d’une contention mandibulaire linguale fixe

Pages 315 à 320

Citer cet article


  • Singh, P.,
  • Traduction de l’article Singh, P.
(2022). Extraction d’une canine : une complication extrême d’une contention mandibulaire linguale fixe. L'Orthodontie Française, . 93(4), 315-320. https://doi.org/10.1684/orthodfr.2022.101.

  • Singh, Parmjit.,
  • et al.
« Extraction d’une canine : une complication extrême d’une contention mandibulaire linguale fixe ». L'Orthodontie Française, 2022/4 Vol. 93, 2022. p.315-320. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-l-orthodontie-francaise-2022-4-page-315?lang=fr.

  • SINGH, Parmjit,
  • Traduction de l’article SINGH, P.,
2022. Extraction d’une canine : une complication extrême d’une contention mandibulaire linguale fixe. L'Orthodontie Française, 2022/4 Vol. 93, p.315-320. DOI : 10.1684/orthodfr.2022.101. URL : https://stm.cairn.info/revue-l-orthodontie-francaise-2022-4-page-315?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/orthodfr.2022.101


Notes

  • [1]
    Traduction de l’article : Singh P. Canine avulsion: An extreme complication of a fixed mandibular lingual retainer. AJODO 2021;160:473-477. Avec l’accord des auteurs et de l’AJODO. Tous nos remerciements.
AJODO 2021;160:473-477. Avec l’accord des auteurs et de l’AJODO. Tous nos remerciements.

1. Introduction

1 L’utilisation d’une contention fixe à la mandibule sur les six dents antérieures est de pratique courante après un traitement d’orthodontie1. En 2019, au Royaume-Uni, 59 % des orthodontistes exerçant en cabinet privé utilisaient une contention mandibulaire fixe, seule ou associée à une contention amovible2.

2 Il existe couramment deux variantes d’appareils de contention fixes : celles qui sont collées uniquement sur les surfaces linguales des canines et celles qui sont collées sur les six dents antérieures3-5.

3 Une contention collée à la mandibule au moyen d’un fil flexible torsadé sur les six dents antérieures est fréquente en pratique orthodontique6,7. Similaire aux fils flexibles torsadés, un fil passif non rigide de différentes dimensions peut également être collé sur chacune des dents antérieures après un traitement d’orthodontie8. Des dispositifs de contention collée sur toutes les dents antérieures mandibulaires ont montré le maintien d’un bon alignement antérieur après traitement d’orthodontie9-11.

4 Le principal problème de ces contentions collées est le décollement du fil sur une ou plusieurs dents. Dans une étude, près d’un tiers des participants (32,2 %) ont connu un échec de contention, le décollement étant le plus élevé au cours des deux premières années qui suivent la mise en place de la contention fixée11.

5 Des mouvements dentaires indésirables peuvent également se produire ; cependant, une distinction doit être faite entre la récidive légère parfois observée malgré la présence de l’appareil de contention fixe et le mouvement dentaire dû à l’appareil de contention lui-même8. Ce dernier mouvement post-orthodontique ne peut pas être considéré comme une récidive du traitement lui-même car le mouvement de cette dent n’est pas le retour à sa position initiale.

6 Katsaros, et al. 6 ont été les premiers à décrire des mouvements dentaires indésirables concernant la version vestibulo-linguale des dents antérieures mandibulaires. Par la suite, des mouvements dentaires indésirables plus importants en présence d’une contention mandibulaire fixe ont été rapportés1.

7 Cet article présente un patient avec une complication sévère d’une contention fixe mandibulaire à la suite de laquelle une canine a été complètement impulsée.

2. Rapport de cas

8 Un homme de 26 ans, ayant déjà été traité orthodontiquement en début d’adolescence, ayant subi quatre extractions, suivies d’une contention fixe mandibulaire, est venu consulter en raison d’un mouvement dentaire des six dents antérieures mandibulaires. Ses antécédents médicaux ont révélé qu’il souffrait du rhume des foins et qu’il était allergique à la pénicilline. Le traitement d’orthodontie avait été entrepris dans une autre partie du Royaume-Uni où le patient avait grandi.

9 Il avait bénéficié, dix ans auparavant, d’une contention mandibulaire fixe collée sur les six dents antérieures, ainsi que de contentions maxillaire et mandibulaire amovibles thermoformées.

10 Les contentions amovibles avaient été prescrites pour la première année, puis le patient s’est souvenu qu’on lui avait demandé d’arrêter de les porter à la fin de la surveillance de la période de contention, il y a neuf ans.

11 Après plusieurs années, le patient a commencé à remarquer que la canine droite mandibulaire commençait à se tourner vers sa lèvre. Lors de deux rendez-vous dentaires distincts, le patient avait fait part de cette préoccupation à deux dentistes différents. Dans les deux cas, la contention fixe a été vérifiée et retrouvée intacte. Le patient avait été rassuré sur le fait que de petits mouvements dentaires pouvaient se produire, même avec une contention fixe. Le patient n’a signalé aucune douleur significative pendant tout ce temps.

12 Neuf ans après la mise en place de la contention fixe, le patient a commencé à remarquer un mouvement important de la canine mandibulaire droite, et il a observé que cela se produisait à un rythme rapide. La pandémie mondiale de coronavirus de 2019 l’a empêché d’accéder facilement aux soins dentaires et il a donc retardé la recherche de conseils. Dans les mois qui ont suivi, le patient a vu la dent tourner complètement sur le côté. Encore une fois, lors des mouvements dentaires les plus récents, le patient n’a signalé aucune douleur significative.

13 Lorsque le patient s’est présenté en consultation, l’arcade maxillaire était bien alignée (Fig. 1). Cependant, la racine de la canine mandibulaire droite avait subi une torsion vestibulaire de 70° et l’apex était complètement exposé, révélant un apex radiculaire résorbé (Fig. 2). La racine de l’incisive latérale mandibulaire gauche a été entraînée dans le vestibule exposant l’apex et la canine mandibulaire gauche présentait un torque radiculo-lingual (Fig. 3). Une béance latérale était présente dans la région canine droite (Figs. 4 et 5).

14 Une radiographie panoramique (Fig. 6) a été prise et a révélé une résorption radiculaire généralisée de 20 % sur la plupart des dents, avec jusqu’à 40 % au niveau des prémolaires et des incisives maxillaires restantes. Il n’y avait pas de contour au niveau du procès alvéolaire de la canine mandibulaire droite. Aucun dossier n’était disponible depuis le traitement orthodontique initial, rendant impossible le suivi du dossier.

Figure 1
Description de l'image par IA : Mâchoire supérieure avec dents alignées, vue de dessus.
Arcade maxillaire alignée à la première consultation.
Figure 2
Description de l'image par IA : Mâchoire inférieure avec une canine droite tordue et apex exposé.
Arcade mandibulaire montrant la racine de la canine droite ayant subi une torsion vestibulaire de 70° et l’apex complètement exposé, révélant un apex radiculaire résorbé.
Figure 3
Description de l'image par IA : Dents avec racine d'incisive mandibulaire gauche exposée.
La racine de l’incisive mandibulaire gauche est exposée vestibulairement. La racine de la canine mandibulaire gauche présente un torque radiculo-lingual.
Figure 4
Description de l'image par IA : Des dents manquantes et des espaces dans la mâchoire inférieure.
Une béance latérale est observée dans la région canine droite.
Figure 5
Description de l'image par IA : Mâchoire inférieure avec canine manquante, racine d'incisive exposée, béance latérale à droite.
La canine mandibulaire est avulsée. La racine de l’incisive mandibulaire est exposée vestibulairement. Présence d’une béance latérale dans la région canine droite.
Figure 6
Description de l'image par IA : Radiographie dentaire montrant résorption radiculaire.
Radiographie panoramique montrant une résorption radiculaire généralisée de 20 % à 40 %. Notez l’absence de contour alvéolaire dans la région de la canine mandibulaire droite.

15 Le traitement immédiat impliquait le retrait de la contention fixe et l’extraction de la canine mandibulaire droite.

16 Un traitement parodontal non chirurgical a été entrepris et le patient a été averti que les incisives latérales mandibulaires gauches étaient susceptibles d’être perdues. Une période de surveillance de six mois s’en est suivie pour déterminer s’il y avait une récidive de l’infraclusion ou des améliorations des torques opposés au niveau des dents qui avaient été attachées à la contention fixe. Aucune autre intervention orthodontique d’envergure n’a été conseillée compte tenu de la résorption radiculaire et de la santé parodontale.

3. Discussion

17 Ce cas illustre que la perte des dents est possible avec un mouvement dentaire involontaire associé à un dispositif de contention mandibulaire fixe. Il a été rapporté qu’entre 1,1 % et 5 % des patients qui bénéficient d’une contention collée sur chaque dent sont susceptibles de souffrir d’une complication autre que le décollement6,12. Outre la récidive, les deux modèles distincts de mouvements dentaires indésirables associés avec des contentions fixes collées à chaque dent ont été décrits comme l’effet-X et l’effet twist 13. Le premier présente une différence de torque entre deux dents adjacentes et est généralement observé au niveau des incisives mandibulaires. Ce dernier se produit sous forme de version vestibulaire et de mobilité d’une canine mandibulaire6. Il est généralement possible que les fils de contention se déforment à grande échelle, ce qui entraîne des mouvements dentaires indésirables.

18 Dans une étude, 221 patients ont été suivis pendant une période de contention de cinq ans et six patients (2,7 %) ont présenté des modifications mandibulaires après traitement au niveau des dents collées au moyen d’un fil torsadé flexible. Trois patients présentaient des différences de torque entre les incisives (effet-X), deux patients présentaient une inclinaison accrue d’une canine (effet twist) et le dernier patient présentait les deux complications11.

19 Dans une autre étude sur un échantillon de 3500 patients, le taux de complications était de 1,1 % dans lequel 12 patients ont présenté une différence de torque entre deux dents (effet-X), 21 ont présenté un effet de torsion et 5 ont eu d’autres complications12.

20 Dans le cas présenté dans cet article, un effet de torsion a été observé sur la canine mandibulaire droite et un effet-X a été observé entre l’incisive latérale mandibulaire gauche et la canine mandibulaire gauche. Un effet-X de cette ampleur ne semble pas avoir été signalé auparavant dans la littérature. Un modèle de torque différentiel (effet-X) observé dans ce cas est rare car il affecte généralement les incisives mandibulaires, très probablement parce que les incisives mandibulaires ont des surfaces radiculaires similaires offrant des forces réciproques6. Cependant, il était évident que l’apex de l’incisive latérale mandibulaire gauche s’orientait plus vestibulairement que la version linguale de la racine de la canine mandibulaire gauche, fait très probablement dû à la différence de surface radiculaire des deux dents affectées.

21 Un effet-X provoquant l’exposition de l’apex radiculaire ne semble pas avoir été documenté dans la littérature auparavant.

22 Aucun dispositif de contention fixe n’est à l’abri d’un mouvement dentaire inattendu et indésirable. Cependant, le mouvement des dents est plus probable avec des fils flexibles qu’une contention rigide de canine à canine8. Un fil coaxial à six brins entraîne moins de complications qu’un fil coaxial avec moins de brins12. Néanmoins, les fils de contention torsadés multibrins peuvent induire un mouvement dentaire en se déformant et, par conséquent, créer une force de couple entre les dents8. Les dispositifs de contention fixe avec des fils passifs non rigides ont également été associés à un différentiel de torque entre les dents adjacentes8.

23 Dans le cas présenté, le fil de contention torsadé multibrin était toujours collé aux six dents, indiquant qu’une action de détorsion s’était certainement produite. Cependant, il n’a pas été possible de déterminer si le fil utilisé au début de la période de contention était flexible ou souple passif parce que le fil avait vieilli au bout de dix ans et qu’il apparaissait relativement en bon état une fois déposé. Une distorsion grossière du fil ne pouvait pas non plus être exclue, ce qui pourrait avoir été responsable de certaines des caractéristiques observées dans ce cas présenté.

24 Bien que les contentions soient adaptées soit au laboratoire soit au fauteuil pour être passives, il est possible que le clinicien induise par inadvertance une déviation élastique du fil pendant la procédure de collage. Cela peut être suffisant pour délivrer une force orthodontique significative pour provoquer un mouvement dentaire. Il est également possible qu’il y ait une déformation mécanique du fil pendant la période après traitement6.

25 Cela peut entraîner l’activation du fil. La possibilité d’une habitude a été décrite comme facteur étiologique potentiel1. La déformation du fil de contention avec l’utilisation de fil dentaire est également possible, en particulier lorsque les forces élevées sont générées par le fil dentaire passant sous le fil de contention8.

26 Des complications survenant peu après la mise en place d’un dispositif de contention fixe sont probables en raison d’une mauvaise technique de collage et de l’activation du fil de contention lors de sa mise en place, alors que les problèmes survenant plusieurs années après la mise en place d’une contention fixe sont plus généralement liés à la fatigue du fil et à sa déformation mécanique. Les complications liées aux contentions fixes sont connues pour apparaître environ quatre ans après la mise en place des contentions, mais avec une large plage allant de 6 mois à 12,5 ans12.

27 Il a été conseillé de surveiller étroitement les patients pendant la phase de contention lors des deux premières années au cours desquelles les taux d’échec de collage sont les plus élevés8. Cependant, étant donné que des complications de mouvements dentaires indésirables peuvent survenir plusieurs années après la mise en place de la contention fixe, une inspection minutieuse et régulière par le patient doit être entreprise, ainsi que par le chirurgien-dentiste omnipraticien. Il est également préconisé de compléter la contention fixe par une contention amovible8.

28 Dans le cas présent, la contention était en place depuis environ dix ans. Le patient n’a signalé aucune habitude ou incident avec le fil dentaire. Après plusieurs années de contention (durant lesquelles aucune gouttière amovible n’était portée pour compléter la contention fixe), le patient a remarqué des mouvements dentaires indésirables. Pendant plusieurs années, il a rendu visite à deux dentistes qui lui ont tous les deux assuré que l’appareil de contention fixe était intact et que de petits mouvements dentaires pouvaient se produire, même avec un appareil de contention fixe. Cela a amené le patient à croire que les légers mouvements qu’il éprouvait étaient normaux. Cependant, la détérioration de légère à sévère s’est produite rapidement, probablement parce qu’une fois que l’apex de la canine avait percé les tissus alvéolaires et gingivaux, rien ne s’opposait à ce que la canine se déplace rapidement.

29 Dans une enquête menée auprès de 123 dentistes suisses omnipraticiens, seuls 40 % connaissaient les complications liées à la contention fixe telles que les modifications du fil exerçant un effet de torque sur les dents. Les auteurs ont recommandé une meilleure éducation concernant les effets secondaires possibles et leur détection précoce14. Ce cas illustre l’importance de la surveillance à long terme des contentions fixes et la possibilité de complication rare mais grave de l’« effet-X » et de l’« effet de torsion ».

30 Cela ne peut se faire qu’en sensibilisant les chirurgiens-dentistes et les patients à ces complications. Il est probable que si l’étiologie de ces mouvements dentaires indésirables avait été identifiée plus tôt, le dispositif de contention fixe aurait pu être retiré et remplacé, évitant ainsi la perte de dents. Au vu de l’importance des dommages rapportés ici, il est suggéré que les praticiens vérifient l’intégrité d’un fil torsadé collé lors de chaque rendez-vous. Une contention fixe rigide collée sur les surfaces linguales des canines mandibulaires peut éviter de tels dommages iatrogènes.

4. Conclusion

31 Les dentistes omnipraticiens, les orthodontistes et nos patients doivent être conscients des complications potentielles pouvant survenir avec des contentions fixes intactes. Une enquête approfondie sur tout mouvement dentaire indésirable survenant en présence d’une contention fixe doit être effectuée et des mesures correctives doivent être prises afin de prévenir toute complication grave.

32 Il faut également tenir compte de l’usure à long terme et peu fréquente des dispositifs de contention amovibles associés aux dispositifs de contention fixes.


33 Liens d’intérêt
L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

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Mots-clés éditeurs : Canine, Contention mandibulaire fixe, Extraction, Mouvement dentaire

Date de mise en ligne : 29/10/2024

https://doi.org/10.1684/orthodfr.2022.101