Article de revue

L'interruption de traitements

Réflexion éthique

Pages 30 à 45

Citer cet article


  • Verspieren, P.
(2003). L'interruption de traitements Réflexion éthique. Laennec, Tome 51(4), 30-45. https://doi.org/10.3917/lae.034.0030.

  • Verspieren, Patrick.
« L'interruption de traitements : Réflexion éthique ». Laennec, 2003/4 Tome 51, 2003. p.30-45. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-laennec-2003-4-page-30?lang=fr.

  • VERSPIEREN, Patrick,
2003. L'interruption de traitements Réflexion éthique. Laennec, 2003/4 Tome 51, p.30-45. DOI : 10.3917/lae.034.0030. URL : https://stm.cairn.info/revue-laennec-2003-4-page-30?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lae.034.0030


Notes

  • [1]
    Ferrand E., Robert R., Ingrand P., Lemaire F., for the French LATAREA group Withholding and withdrawal of life support in intensive-care units in France : a prospective survey, The Lancet, 357, Jan. 6, 2001, 9-14.
  • [2]
    Société de Réanimation de Langue Française, Les limitations et arrêts de thérapeutique( s) active(s) en réanimation adulte, Recommandations adoptées le 6 juin 2002.
  • [3]
    Groupe Francophone de Réanimation et Urgences Pédiatriques, Limitation ou arrêt des traitements en réanimation pédiatrique. Repères pour la pratique, Fondation de France, 2002.
  • [4]
    Article 37.
  • [5]
    Le présent article est très largement inspiré d’une des communications de ce colloque.
  • [6]
    Ruszniewski M. Face à la maladie grave, Dunod, Privat, 1995, 72.
  • [7]
    Et alors, bien des soignants aujourd’hui se posent la question d’abréger cette vie qui demeure…
  • [8]
    Code de déontologie médicale, juin 1947, art. 23, al. 2.
  • [9]
    Cf. Grassin M. Le nouveau-né entre la vie et la mort, Desclée de Brouwer, 2001.
  • [10]
    La réflexion menée sur ces thèmes, du début du XVIe au milieu du XXe siècle, a été remarquablement étudiée par Cronin D.A., dans sa these de théologie soutenue en 1956. Cette thèse a été publiée, accompagnée d’un long commentaire, dans : Conserving Human Life, The Pope John Center, Braintree, Ma, USA, 1989, 1-145.
  • [11]
    Cf. Vitoria (de) F. cité dans Conserving Human Life, op. cit. 35.
  • [12]
    Cf. Cronin D.A. Conserving human Life, op. cit., 142-145.
  • [13]
    Cf. Cronin D.A. op. cit., p. 38, 58 et 66.
  • [14]
    Pie XII, Problèmes religieux et moraux de la réanimation, discours du 24 novembre 1957, reproduit dans Biologie, médecine et éthique, Le Centurion, coll. Les dossiers de la Documentation Catholique, 1987, 365-371.
  • [15]
    Cf. Mollaret P., Goulon M. Le coma dépassé, Revue Neurologique, 1959, 101, 1, 3-15.
  • [16]
    Ramsey P. The Patient as Person, Yale University Press, New Haven, London, 1970. 2nd Ed. 2002. Cf. notamment « Ordinary and Extraordinary Means », 118-124.
  • [17]
    Cf. President’s Commission for the Study of Ethical Problems in Medicine and Biomedical and Behavorial Research Deciding to Forego Life-Sustaining Treatment, 83, note 115.
  • [18]
    Cf. President’s Commission, op. cit., 83-89.
  • [19]
    Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration sur l’euthanasie, 5 mai 1980. Reproduit dans Biologie, médecine et éthique, op. cit., 414-421.
  • [20]
    Cf. McCormick R.A. The Quality of Life, the Sanctity of Life, Hastings Center Report, 8, 1, jan.-feb. 1978, 30-36. Reproduit dans : How Brave a New World ?, Georgetown University Press,Washington, 1981, 393-411.
  • [21]
    Verspieren P. Consentement aux soins, refus de soins, Laennec, juin 1995, 2-6.
  • [22]
    Cf. Richard M.S. Le consentement des soignants au refus de traitement des malades, in : Jacquemin D. (sous la direction de), Manuel de soins palliatifs, 2e éd., Dunod, 2001, 674-680.
  • [23]
    Cf. Callahan D. Medical Futility, Medical Necessity, The-Problem-Without-A-Name, Hastings Center Report, 21, 4, July-Aug. 1991, 30-35.
  • [24]
    Tout spécialement des patients en état végétatif chronique. Cf. Schneiderman L.J., Jecker N.S., Jonsen A.R. Medical Futility : Its Meaning and Ethical Implications, Annals of Internal Medicine, 1990, 112, 949-954, et sa critique dans : Tomlinson T., Czlonka D., Futility and Hospital Policy, Hastings Center Report, 25, 3, May-June 1995, 28-35. Inversement, le Comité d’éthique de la « Society of Critical Care Medicine » a tenu à donner en 1997, dans une « Déclaration de consensus », une définition très restreinte du terme « futility » : « Sont futile les traitements qui (sur un malade donné) n’ont aucun effet physiologique bénéfique » (Critical Care Medicine, 1997, 25, 5, 887-891). L’anglais « futile » peut alors être traduit en français par « médicalement inutile ». Mais un tel emploi est sans doute rare chez les auteurs américains.
  • [25]
    Ramsey P. op. cit., 121.
  • [26]
    Cf. Grosbuis S., Nicolas F., Rameix S. et coll. Bases de réflexion pour la limitation et l’arrêt des traitements en réanimation chez l’adulte, Réanimation.Urgences, 2000, 9, 11-25.
  • [27]
    Callahan D. Les buts de la médecine. Dégager de nouvelles priorités, traduction de : The Goals of Medicine. Setting New Priorities, Hastings Center Report, 26, 6, nov.-dec. 1996, Special Supplement.
  • [28]
    Verspieren P. Quelles decisions prendre ? in : Tasseau F., Boucand M.H., Le Gall J.R., Verspieren P. (sous la direction de), États végétatifs chroniques. Répercussions humaines, aspects médicaux, juridiques et éthiques, Éd. École Nationale de la Santé Publique, Rennes, 1991, 141-156.
  • [29]
    Ibidem, 151.

1Dans un article publié en 2001 par une revue médicale anglaise de grand renom [1], un groupe de réanimateurs français affirmait que les pratiques d’abstention, de limitation ou d’arrêt de « traitements de maintien de la vie » ne faisaient l’objet en France, contrairement à d’autres pays, ni de directives officielles ni de recommandations émanant d’instances professionnelles. Ces auteurs ajoutaient, après une enquête approfondie, que ces pratiques étaient en fait assez fréquentes (elles avaient concerné 11 % des patients admis en réanimation), bien qu’elles fussent, selon leur point de vue, interdites par la législation. Cet article fut largement commenté, en France et à l’étranger.

2Plusieurs correctifs doivent désormais lui être apportés. En 2002, ont été publiées en France deux séries de recommandations, concernant l’une la réanimation adulte [2] l’autre la réanimation pédiatrique [3]. La même année a aussi été adoptée la loi sur « les droits des malades », qui reconnaît explicitement le droit du patient de refuser un traitement ou de demander son interruption. Quant au Code de déontologie médicale, dans sa formulation actuelle, il enjoint explicitement aux médecins « d’éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique » [4]. Mais il faut bien reconnaître que l’Ordre des médecins reste très laconique sur l’application concrète d’une telle directive, et qu’en dehors de la réanimation, manquent encore des recommandations ou des repères concrets reconnus par les différentes disciplines médicales, concernant l’abstention ou l’interruption de traitements. Une réflexion éthique préalable est donc indispensable.

3C’est une des raisons pour lesquelles le Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres organisa en mai 2003 un colloque sur l’interruption de traitements en cancérologie et en soins palliatifs et, plus largement, dans les diverses situations où l’on sait le malade atteint d’une maladie grave et évolutive mettant ses jours en danger [5].

4Une telle décision est, fréquemment, difficile à prendre, pour de multiples raisons. Sont alors en jeu la vie et la mort du malade, alors que demeure une certaine incertitude. Si bien que, si le traitement est arrêté et si le malade meurt, ne pourra être totalement écartée la question : la mort aurait-elle pu être évitée, ou retardée de manière significative, par le maintien du traitement ? N’y a-t-il pas alors un rapport de causalité entre l’interruption de traitement et la mort du malade, et donc une dimension homicide, ou du moins un manque d’assistance à personne en danger de la part du médecin, et aussi une forme de suicide de la part du malade s’il a consenti à cette suspension de la thérapeutique ?

Maintenir le traitement pour « ménager » le malade ?

5Avant d’aborder les questions qui viennent d’être énoncées, il importe de remarquer que la perspective de la mort du patient peut jouer de manière inverse, dans la décision d’arrêter, et surtout de ne pas arrêter, un traitement.

6Le plus souvent, spécialement en dehors des unités de réanimation, la décision d’interrompre un traitement n’est pas suivie immédiatement du décès du patient. Le traitement était destiné à lutter contre la progression de la maladie. Lorsqu’il est arrêté, la maladie va peut-être progresser plus vite ; mais le malade peut vivre, sans traitement, pendant des jours, des semaines ou même des mois.

7Or, une telle durée peut paraître angoissante à la famille et au médecin lui-même. Que dire au malade, qui est de toute façon alerté sur la gravité de son cas par le fait que son médecin ne lui propose plus de thérapeutique active ? Et comment va-t-il vivre cette durée, qui n’est plus envahie – mais qui, aussi, n’est plus soutenue – par l’agir médical ? Comment, pour lui, vivre un présent qui n’est plus ouvert sur un avenir conçu comme illimité mais qui, désormais, apparaît inexorablement limité par la fatalité de la progression de la maladie ?

8Un traitement médical peut être éprouvant, mais il est porteur d’espoir, il fixe une place sociale au patient – et lui assigne une tâche – celle du malade qui se soigne. Il ouvre sur un avenir, il permet, du moins, de se projeter dans la perspective plus ou moins imaginaire de ce devenir, et ainsi, apparemment, de donner sens au présent de la maladie grave.

9N’est-il donc pas plus simple – et plus humain – de laisser le malade à ses espoirs et de maintenir un traitement, et même, dans certains cas, un traitement suffisamment éprouvant pour faire croire encore à son efficacité ?

10Beaucoup d’illusions se glissent en fait dans de tels raisonnements ; elles conduisent souvent à un jeu de cache-cache où personne n’ose dire à l’autre qu’il n’est pas dupe de ce qui se dit et se fait ; cela renforce non seulement le poids du traitement, mais aussi la solitude du malade. Bien des malades en viennent à accepter leur mort, et aussi cette durée d’avant mort, grâce à un cheminement plus ou moins éprouvant qui leur permet d’inventer « un espace à vivre encore » [6]. C’est alors surtout l’entourage qui ne supporte pas une durée qui ne serait plus occupée, remplie, par un agir, l’agir médical, et qui insiste pour que le traitement soit maintenu. Mais il est vrai que ce qui précède ne peut être généralisé, et que, bien souvent, il est difficile de prédire les réactions du patient à la proposition d’interruption de traitement.

11L’hésitation à interrompre un traitement peut donc provenir non pas seulement du fait que cet arrêt pourrait avoir un certain rapport de causalité avec la mort du patient, mais aussi du fait – inverse – que cet arrêt est compatible, bien souvent, avec une durée de vie du patient, une durée de vie qui peut apparaître longue, trop longue [7], et que se pose la question du soutien à apporter au malade en l’absence d’une thérapeutique présentée comme curative. Cela peut conduire à décider de maintenir ce traitement, pour des raisons psychologiques ou relationnelles. Il importe alors de se demander qui on cherche à ménager et à protéger : est-ce le malade, est-ce la famille ou les soignants, est-ce le médecin lui-même qui ne sait comment proposer l’arrêt de traitement et rester en relation avec le malade ?

12De telles difficultés expliquent qu’en France des traitements sont maintenus, alors qu’on peut douter de leur caractère « raisonnable ». Il n’en reste pas moins que la question d’un éventuel manque de respect de la vie humaine en cas d’interruption de traitement est fréquemment posée. Il importe de l’aborder de front.

Une tradition pluri-centenaire

13Pendant une brève période de l’histoire de la médecine, une réponse est apparue évidente. Le Code de déontologie médicale de 1947 demande au médecin d’avoir « le souci primordial de conserver la vie humaine, même quand il soulage la souffrance » [8], ce qui fait frémir lorsqu’on connaît l’image négative qui s’attachait alors à des antalgiques majeurs tels que la morphine. Le médecin se doit de ne négliger aucun moyen qu’il juge susceptible de prolonger la vie de celui qui s’est confié à lui. Tel est l’état d’esprit de bien des praticiens français de cette époque étonnante où s’invente une médecine thérapeutique, où les médecins sont surpris par les progrès incessants de leur science et les « miracles » obtenus, où l’évaluation des nouvelles thérapeutiques comme la prise de conscience des retombées en termes de qualité de vie sont encore difficiles. Cependant, dès le début des années 70, l’invention du terme « acharnement thérapeutique » témoigne d’interrogations posées à cette médecine si sûre d’elle-même. Cette période d’euphorie et d’absence de questionnement aura donc été brève. Elle correspond en fait aux « Trente Glorieuses » qui ont suivi la seconde guerre mondiale et qui on été marquées, dans les sociétés occidentales, par un essor scientifique, technique, économique et médical sans précédent.

14Nous n’en sommes plus là, et bien des questions sont désormais posées, concernant le bien-fondé de l’agir médical. Celui-ci est-il toujours bénéfique à l’homme ? Dans bien des situations, nous nous demandons s’il ne serait pas plus sage et humain de s’abstenir non pas de tout soin, mais des traitements destinés à tenter de repousser encore la mort. Mais, simultanément, demeure chez beaucoup de nos contemporains la question inverse : s’abstenir de tels traitements ne correspond-il pas à une transgression [9], à un manque de respect de la vie humaine ?

15En fait, ce questionnement, oublié pendant une brève période, n’est aucunement neuf. Il a fait l’objet d’une réflexion approfondie depuis plusieurs siècles, au moins depuis 1530 !

16Les moralistes du XVIe siècle se sont en effet demandé si l’homme est moralement et religieusement tenu de recourir à tous les moyens disponibles susceptibles de lui permettre de conserver la vie. Récuser de tels moyens ne devrait-il pas être considéré comme une décision suicidaire, et l’homme ne serait-il pas alors « meurtrier de lui-même » ? Remarquons que la question posée est celle du suicide, non celle de l’euthanasie, car c’est le malade (ou sa famille) qui appelle le médecin, qui le rétribue et qui, finalement, prend la décision.

17Or, dès le début du XVIe siècle, les moralistes parviennent à des réponses claires et fermes. Mention spéciale doit ici être faite du théologien Francisco de Vitoria, bien connu par ailleurs de nos jours pour ses prises de position en faveur de ce que nous appelons les « Droits de l’homme ». Sa position est nette, et fait école : dans bien des situations, l’homme peut refuser, sans problème de conscience, les moyens, médicaux ou autres, qui lui sont recommandés pour conserver la vie [10].

18On constate qu’est alors développée une double problématique. Certains moyens de conserver la vie ont une valeur symbolique forte. Les récuser serait refuser la vie. Ainsi l’homme est-il tenu, habituellement, de se nourrir et de nourrir autrui. Seuls des empêchements insurmontables, comme un extrême dégoût de la nourriture en fin de vie, l’en dispenseraient [11]. Mais les autres moyens n’ont pas un tel lien avec la vie elle même. Et leur emploi peut se heurter à de très grandes difficultés ou exiger de supporter des douleurs ou des privations très éprouvantes, pour des bénéfices plus ou moins importants, ou même douteux. Plus ils sont ainsi, pour un patient donné, difficiles d’accès, coûteux, douloureux, contraignants, sources de répugnance, exclusifs de biens importants et moins ils apparaissent efficaces, moins l’homme est tenu d’y recourir. Inversement, plus un moyen apparaît bénéfique et moins son emploi est onéreux (au sens primitif du terme : « qui est à charge, qui impose un lourd fardeau »), plus l’homme est tenu d’y recourir [12]. Ne pas y recourir pourrait alors, dans certains cas, être qualifié de « suicidaire ».

19Chacun est ainsi invité à examiner sa situation, à peser les bénéfices attendus et sa capacité de supporter les charges prévisibles, enfin à prendre sa décision. Une voie d’abord des questions posées est ainsi ouverte, applicable à des moyens très différents de conserver la vie, recherche d’un lieu de vie salubre, régime alimentaire et médications, chirurgie…

20Un exemple restera classique pendant plus de trois siècles : en l’absence d’anesthésie, d’antalgie post-opératoire et de connaissance des règles d’asepsie – termes qui d’ailleurs n’existaient pas à l’époque – personne ne devait se sentir tenu d’accepter un acte chirurgical important, comme l’amputation d’un membre. Il n’est pas suicidaire de ne pas chercher à conserver la vie « au prix d’une telle torture ». Tel sera le jugement qui s’imposera, et qu’on voit fermement attesté encore au début du XIXe siècle [13]. L’homme est ainsi appelé à prendre soin de sa santé et de sa vie, mais pas à tout prix.

21Cette problématique, qu’on peut désigner, en simplifiant, par l’expression « pas à tout prix », c’est-à-dire celle du devoir pour l’homme de chercher à conserver la vie, la sienne et celle d’autrui, de manière raisonnable et humaine, a été pleinement acceptée par l’Église catholique ; elle est devenue doctrine courante dans des sociétés occidentales et y a même acquis une valeur juridique ; elle a fait l’objet d’enseignement, mais aussi, malheureusement, de simplifications. Elle a été couramment exprimée sous la forme de la distinction entre « moyens ordinaires » et « moyens extraordinaires », pour une personne donnée, de chercher à conserver la vie. Aux moyens qui sont pour lui « ordinaires », chacun est tenu de recourir. Pas aux moyens qui pour lui seraient « extraordinaires ».

22Cette distinction a traversé les siècles, nourrie par une tradition qui en maintenait le sens initial, évoqué ci-dessus. En 1957, elle servit d’argument au Pape Pie XII pour juger légitime dans bien des cas l’arrêt de la réanimation [14]. Une telle prise de position aida des réanimateurs français à interrompre le traitement de patients qui présentaient des signes de mort. Cela a grandement facilité la reconnaissance par les professeurs Mollaret et Goulon [15] de l’état paradoxal qu’ils ont appelé « coma dépassé ».

La nécessité d’une réflexion renouvelée

23Malheureusement, au cours des années de révolution thérapeutique qui ont suivi la seconde Guerre mondiale, cette distinction entre moyens ordinaires et moyens extraordinaires a progressivement perdu, chez les médecins occidentaux, son sens primitif. Les médecins n’ont plus guère référé ce terme au patient et à la singularité de sa situation (constituée de facteurs sanitaires mais aussi sociaux, familiaux et personnels), pour ne plus l’appliquer qu’à la médecine. Médecins et moralistes ne lui donnent plus le même sens, signale dès 1970 un auteur majeur en éthique médicale, Paul Ramsey, dans son ouvrage « The Patient as Person [16] ». « Extraordinaire » est confondu avec « rare », « inhabituel » ou « héroïque ». Il suffit dès lors qu’une pratique médicale devienne d’emploi courant pour qu’on la considère comme « ordinaire » et donc comme obligatoire… L’homme devient prisonnier des progrès de la médecine ! Ainsi, est renforcé par une référence trompeuse à une tradition morale pluri-centenaire le refus des médecins occidentaux, pendant cette période des Trente Glorieuses, d’envisager l’arrêt ou l’abstention d’un traitement, si celui-ci est devenu « d’emploi courant ». Cela a conduit à bien des excès, qui ont contribué à forger l’expression accusatrice « d’acharnement thérapeutique ».

24Il fallait donc reprendre à frais nouveaux la réflexion éthique. On en voit les prémisses aux États-Unis dès le début des années 70, c’est-à-dire, paradoxalement, au moment même où la distinction ordinaire/extraordinaire acquiert une reconnaissance officielle de l’Association Médicale Américaine [17]. Telle qu’elle est couramment comprise, cette distinction n’apparaît plus pertinente. Bien des philosophes et moralistes essayent d’en retrouver le sens. Ils insistent alors sur les notions d’utilité d’un traitement, de bénéfices attendus, de « charges » ou de « fardeau » indissociables du traitement, et donc sur la comparaison entre ces bénéfices et ces charges. Cela conduit à proposer, pour juger de l’inadéquation d’un traitement à la situation d’un malade, les critères « d’inutilité médicale » et de « disproportion » entre charges et bénéfices. Ces deux problématiques sont reconnues comme pertinentes par une Commission officielle américaine en 1983 [18]. L’Église catholique avait pris une position analogue en 1980 [19]. De plus, des moralistes en viennent à poser la question de « la qualité de la vie » ainsi gagnée sur la mort [20].

25Depuis lors, abondante a été la réflexion menée sur la limitation ou l’interruption de traitement. Il n’est pas question de la présenter ici dans toute son ampleur, d’autant que sont apparues, sur certains points, de profondes divergences, et que certains concepts ont été soumis à de véritables glissements de sens. Ainsi en a-t-il été pour le concept d’inutilité médicale. Il désigne le fait qu’un traitement n’aurait aucun effet d’amélioration de la santé ni même de maintien de la vie pour un malade déterminé. À sa place, on voit de plus en plus employé le terme américain de « futility ». Il manque de clarté, et laisse entendre, dans certains emplois, qu’il serait « vain », « dérisoire » de chercher encore à maintenir une vie. Il est ainsi facteur d’une confusion regrettable, sur laquelle il faudra revenir ultérieurement

26À la lumière de l’historique des manières d’évaluer la décision de ne pas recourir à des moyens de préserver la vie humaine, il est pourtant possible de proposer quelques critères généraux de légitimité d’une telle décision.

Les acteurs de la décision

27Avant d’envisager une interruption de traitement, comme pour toute décision médicale, il s’agit évidemment de prendre acte de la singularité du cas, et donc de commencer par analyser la situation du malade dans toutes ses dimensions, médicales et non-médicales (son état de santé, le contexte familial et relationnel, sa capacité de prendre part aux décisions, ses « besoins » et la hiérarchie de ces besoins…), la thérapeutique dont on envisage l’arrêt, les bénéfices que l’on pourrait raisonnablement encore en attendre dans le cas considéré, son poids pour le malade, les contraintes, souffrances et privations qu’elle entraîne et les autres préjudices.

28À partir de cela, il s’agit de décider du traitement qui serait le plus approprié au malade, dans la situation où il est. Selon la tradition française d’éthique médicale, le médecin a la responsabilité de proposer l’attitude qui lui paraît la plus adaptée : engagement ou continuation d’un traitement, abstention ou arrêt de tel traitement ou de tout traitement à visée curative ou de « support de la vie ». Nous jugeons de plus, désormais, et tels sont les termes de la loi du 4 mars 2002, que la décision doit être prise « avec » le malade, dans la mesure où il peut participer à cette décision. La loi du 29 juillet 1994 exigeait déjà du médecin qu’il recueille le consentement du malade ; celle du 4 mars 2002 reconnaît explicitement que ce dernier a le droit de refuser un traitement, et donc de demander son interruption, ou même de refuser tout traitement. Mais ni la loi de 1994, ni celle de 2002 ne dégagent alors le médecin de toute responsabilité, surtout si le traitement est vraiment utile et adapté à la situation du patient. Comme cela a déjà été développé dans un article de cette revue [21], la prise en compte des particularités de l’état de maladie et de l’ambivalence si fréquente chez les malades conduit à recommander au médecin (en dehors des situations d’urgence) de vérifier qu’il s’agit d’un véritable refus, ferme, éclairé, formulé en connaissance de cause par une personne capable de prendre une décision ; mais le médecin doit aussi tenter de comprendre l’objet et les motifs du refus [22], de remédier aux obstacles et de négocier au sujet du traitement et de ses modalités, ce qui permettra assez souvent d’obtenir la levée du refus. Tout cela dans la mesure où la santé du patient est gravement menacée et où le traitement est jugé adapté à sa situation.

29Mais, précisément, tel traitement est-il vraiment adapté à la situation du patient ? C’est l’objet même du présent article.

Des critères d’abstention

L’inutilité médicale

30La première question à se poser est évidemment celle de « l’utilité » du traitement. Il va sans dire que le médecin devrait s’abstenir de prescrire des actes qui n’apporteraient aucun bénéfice au patient, surtout s’ils créent douleur ou inconfort. Mais il vaut mieux le dire explicitement, car la complexité de la médecine moderne a conduit à la rédaction de « protocoles » codifiant les manières d’agir devant telle maladie ou tel symptôme. Le souci d’éviter les actes inutiles exige donc une attitude de constante recherche d’adaptation à chaque malade.

31Quelques exemples. Sont « inutiles » les prélèvements sanguins et les autres examens, lorsqu’on sait qu’aucun traitement n’améliorera l’état du malade. Il en va de même pour les thérapeutiques qui se révèlent dépourvues d’effets notables.

32Est-il acceptable de tenir compte d’une « utilité » autre que médicale ? D’un bénéfice d’ordre « psychologique » ? Peut-être ; mais il importe alors de se demander loyalement qui bénéficierait de la poursuite du traitement : est-ce vraiment le malade lui-même, ou bien son entourage, ou encore le médecin ? Dans beaucoup de textes américains, on peut constater la présence du terme « futility ». Comme il a déjà été dit, il importe de ne pas le confondre avec celui d’inutilité médicale. La difficulté de le traduire en français est un signe de son imprécision ; et ce flou [23] permet d’introduire des préjugés sans avoir à les expliciter. Le jugement de « futilité » semble porter souvent, non pas seulement sur le traitement médical, mais sur la vie même du malade. Il a alors des connotations discriminatoires : il serait « futile », vain, déraisonnable et sans profit, de consacrer encore beaucoup d’efforts au soin de tel malade [24] ; sa vie ne vaut désormais plus cette peine (du soignant)… Le concept d’inutilité médicale, lui, est d’emploi beaucoup plus restrictif ; mais la légitimité de son emploi est indiscutable.

La disproportion entre bénéfices et préjudices (ou « charges »)

33Le plus souvent, si un acte médical est envisagé par un médecin, c’est qu’il présente une certaine « utilité médicale » ; un bénéfice en est attendu pour le patient. Mais on peut retenir de la réflexion éthique menée depuis plus de quatre siècles et demi que cela ne suffit pas pour emporter la décision. Il arrive fréquemment que cet acte médical, en cas de maladie grave, comporte aussi des inconvénients, un poids pour le malade, une ou plusieurs « charges ». Est-il « raisonnable » de proposer au malade de supporter un tel fardeau ? Et ensuite de maintenir le traitement ? Le bénéfice attendu est-il suffisamment important pour être estimé proportionné au fardeau ? Cela dépend évidemment du rapport entre les bénéfices attendus et les « charges » prévisibles, puis constatées. Dans celles-ci entrent non seulement les douleurs et inconforts que provoque l’action thérapeutique, mais aussi les effets nocifs de ce traitement, les contraintes qu’il impose, les privations qu’il entraîne. Le concept de disproportion demande donc d’entrer dans une démarche de comparaison des bénéfices d’une part, des charges et préjudices d’autre part.

34Ainsi, envoyer en service de réanimation un malade dont la mort est inéluctable à court terme revient à le soumettre à de lourdes contraintes et à le priver d’une présence régulière de ses proches. Douleur, inconfort et stress dû à l’activité déployée par les soignants peuvent être évités par l’emploi de médications sédatives qui le « feraient dormir ». Mais pourquoi essayer de gagner quelques jours de vie, si cela exige de priver définitivement le malade de ce qui a peut-être le plus d’importance pour lui : une relation maintenue avec ceux qui l’entourent ? On peut juger cela totalement disproportionné.

35Des questions analogues se posent au fur et à mesure de la mise en œuvre de tout traitement. Est-il proportionné de le maintenir ? Plus il est légitime d’en douter, plus se pose la question de l’interrompre.

36Est spécialement intéressante la réflexion sur ce point de Paul Ramsey. « Le jugement que la continuation des traitements n’est plus indiquée ne devrait pas être formulé plus à contrecœur que le jugement qu’ils ne devraient pas être commencés » [25], car un commencement de traitement et la façon dont le malade réagit peuvent donner des indications sur la maladie, et ainsi contribuer à confirmer le diagnostic. À situations égales, l’arrêt d’un traitement devrait donc poser moins de difficultés que la décision de ne pas le commencer. Or, c’est l’inverse qu’on constate habituellement chez les médecins, dit à juste titre Paul Ramsey.

37Jouent en fait des facteurs psychologiques [26]. C’est d’ailleurs ce qu’ont bien perçu des médecins de réanimation néonatale, qui ont forgé le concept de « réanimation d’attente » pour se faciliter ensuite une éventuelle décision d’arrêt du traitement. En rigueur de raisonnement, il ne s’agit là que d’une simple précaution de vocabulaire. Le médecin est toujours tenu de « suivre » son patient et d’adapter le traitement, et donc de modifier si nécessaire les thérapeutiques, de les intensifier si c’est indiqué, mais donc aussi de les diminuer, les limiter, ou les interrompre. Ce n’est pas manquer au respect de la vie que d’interrompre un traitement imposant au malade un fardeau devenu disproportionné par rapport aux bénéfices qui peuvent raisonnablement en être encore attendus. En tout cas, pour affirmer cela, on peut s’appuyer sur une tradition pluri centenaire.

38Les deux critères qui viennent d’être évoqués, ceux de l’inutilité et de la disproportion, s’inscrivent pleinement dans la continuité de cette tradition, et en même temps permettent de concrétiser quelque peu le concept « d’obstination déraisonnable » inscrit dans le Code de déontologie médicale français. Mais ils ne suffisent pas pour faire face à la totalité des questions posées à propos de l’interruption de traitements. Il est devenu indispensable d’envisager encore une autre problématique.

Le dépassement des fonctions de la médecine

39Le concept de disproportion est particulièrement pertinent dans les situations de fin de vie. Il invite à se demander : tel malade a-t-il intérêt à recevoir tel traitement ? Ou bien ses besoins prioritaires sont-ils autres, et a-t-il intérêt à bénéficier d’un autre mode de soin, notamment de soins palliatifs et d’un véritable accompagnement ?

40La médecine moderne confronte cependant malades, familles et soignants à des questions plus délicates encore. Dans certaines situations, il est envisageable d’engager la lutte contre la mort qui menace. Mais les conditions de la vie ainsi maintenue seraient sources, pour le malade et ses proches, d’une souffrance intense ou même extrême ; ou bien la vie ne pourrait subsister que sous une «forme-limite », marquée par exemple par l’absence de toute capacité de communication (ce qui est le cas dans l’état végétatif chronique dûment diagnostiqué). La problématique précédente n’est plus guère pertinente. La médecine doit cependant s’interroger sur ses fonctions. A-t-elle à lutter contre la mort sans tenir compte des conditions de la vie ainsi sauvegardée ?

41Une telle question revêt désormais une importance primordiale dans les sociétés occidentales. On peut savoir gré à Daniel Callahan, philosophe américain bien connu dans les milieux de la «bioéthique », d’avoir suscité une réflexion de grand intérêt sur « les buts de la médecine » [27]. C’est à tort, estime-t-il, que la médecine occidentale, faisant de la mort son « ennemi suprême », a consacré une très grande partie de ses efforts au développement de traitements à visée curative de plus en plus perfectionnés et coûteux. La médecine a aussi d’autres fonctions. Une de ses tâches prioritaires est d’apporter un soutien à toutes les personnes, de plus en plus nombreuses dans les sociétés occidentales, atteintes de maladies chroniques ou parvenues à un âge avancé. À leur égard, les ressources de la technicité médicale sont bien souvent inadaptées ; il serait préférable, dans de nombreux cas, de prendre soin, « d’assister » avec l’aide des services sociaux, de soulager, de manière à aider à vivre aussi bien que possible avec des pathologies qui demeurent, et contre lesquelles il serait vain de lutter.

42La pertinence de ces propos peut être illustrée par le drame survenu en France pendant l’été caniculaire que nous venons de vivre. Il a été comptabilisé en nombre de morts, mais il a surtout révélé la détresse de nombreuses personnes âgées, leur solitude, et les défaillances de notre système sanitaire et social dans ces domaines du « soin » et de « l’assistance ».

43Dans une telle perspective, la société a de grands efforts à faire pour « accueillir » tout malade et répondre aussi bien que possible à ses besoins prioritaires. Et cela, quelles que soient les altérations qu’il a subies et la forme de vie qui subsiste en lui. Agir autrement serait contraire à la dignité humaine et aux droits fondamentaux de l’homme. Cet accueil comporte notamment les soins courants d’entretien de la vie et d’apaisement de la souffrance, et le soutien d’une présence humaine. Ample est la tâche à accomplir pour qu’en ce domaine on ne se paye pas de mots et que ces besoins prioritaires des personnes fragilisées par la maladie ou le grand âge soient satisfaits.

44S’il y a ainsi lieu de reconnaître comme personne humaine et de « soigner » tout malade, quels que soient les déficits dont il est atteint, nous devons nous demander si le respect qui lui est dû implique d’essayer de maintenir sa vie aussi longtemps que possible, et donc de lutter contre toute maladie intercurrente qui mettrait en danger sa vie.

45Les moralistes du XVIe siècle affirmaient que l’homme est tenu de recourir aux moyens qui signifient l’acceptation de la vie qui lui est donnée, mais non pas de recourir à des moyens de conservation de la vie dont il jugerait le poids extrême, même si l’enjeu est celui d’une vie qui pourrait être longue. La question, aujourd’hui, ne porte plus seulement sur le poids de ces moyens, mais sur le caractère extrême des formes de vie qui sont la rançon du développement des moyens actuels de lutter contre la mort.

46Il apparaît « raisonnable et humain » d’accepter le parallélisme entre ces deux situations. Cela conduit à affirmer qu’il n’est pas suicidaire pour un malade de demander à son médecin de ne pas s’obstiner à repousser la mort, lorsqu’il s’avère que la vie ne pourrait être maintenue que sous une forme extrême. Ne manque pas non plus au respect de la vie de son patient le médecin qui prend de lui-même une telle décision, au nom de ce patient devenu incapable d’exprimer sa volonté. C’est à juste titre que, intuitivement, une telle forme de lutte contre la mort est généralement estimée représenter une forme déraisonnable d’obstination thérapeutique.

47Selon une problématique plus moderne, dans le prolongement des écrits de Daniel Callahan, ce qui précède peut s’exprimer ainsi : dépasserait les limites des fonctions de la médecine et de la mission du médecin le fait de s’obstiner à lutter contre un processus de mort à l’œuvre chez un malade, lorsque l’on peut prévoir que ce malade ne pourra survivre que sous une forme extrême de vie.

48C’est ainsi qu’en 1990, un groupe de recherche réuni au Centre Sèvres concluait que tout patient en état végétatif chronique doit être « accueilli » comme personne humaine et, à ce titre, « soigné » et alimenté. « Toute société se doit, dans la mesure de ses moyens, d’accepter chacun de ses membres, quelle que soit la gravité des pertes qu’il a subies, et de se garder de l’abandonner ; on doit, d’autre part, éviter de créer délibérément de telles situations-limites. » [28] Le groupe de recherche recommandait donc de savoir limiter ou même arrêter le traitement actif dans certaines réanimations, et de se montrer très prudent dans l’emploi de thérapeutiques à but curatif lorsque survient une pathologie intercurrente chez un patient en état végétatif chronique. « Mettre en œuvre ces thérapeutiques consisterait à prendre la responsabilité de maintenir une vie qui, d’elle-même, irait à son terme. » [29]

Des critères de « légitimité éthique »

49Ont ainsi été proposés, dans le cadre d’une réflexion éthique prenant appui sur une longue tradition, trois critères de légitimité de l’abstention ou de l’arrêt de traitements à visée curative. Quelques remarques sont encore souhaitables à leur propos.

50Il s’agit, évidemment, de critères généraux, destinés à guider la réflexion dans des cas toujours uniques, singuliers. Ils ne dispensent donc aucunement d’une évaluation de chaque situation et d’une prise de décision qui peut se révéler difficile, et même d’autant plus angoissante, dans certains cas, qu’il faut mettre en rapport des réalités d’ordres différents qui ne sont connues qu’avec une marge d’incertitude. L’échange d’informations et la concertation entre les soignants et la famille et, lorsque c’est possible, avec le patient, sont indispensables, mais ne déchargent pas les principaux décideurs de leur responsabilité.

51L’objectif de cet article était de proposer des critères de légitimité éthique, en ce qui concerne l’abstention ou l’arrêt de traitement. Il n’y a donc pas lieu, à propos des décisions prises selon ces critères, de parler, comme c’est si souvent le cas aujourd’hui, de transgression. On peut même se demander si l’emploi indu de ce terme, à propos des arrêts de traitement, n’a pas pour objectif plus ou moins conscient de banaliser une autre notion, celle « d’arrêt de vie ».

52Si une décision d’arrêt de traitement est prise après avoir loyalement vérifié qu’un des critères proposés est satisfait, il n’y a pas lieu non plus de parler d’euthanasie (qualifiée ou non de « passive »). Or, ce langage est courant. En rigueur de terme, il signifie qu’est qualifié d’homicide ce que nous avons proposé – et qui est généralement reconnu – comme « exercice raisonnable et humain » de la médecine. Il est grand temps d’essayer de sortir d’une telle confusion


Date de mise en ligne : 01/01/2012

https://doi.org/10.3917/lae.034.0030