Sélection thématique de livres
Pages 200 à 207
Citer cet article
Citer cet article
Animal et société
La Cause animale (1820-1980) : essai de sociologie historique, Christophe Traïni, Presses universitaires de France, 2011, 234 p., 26 €
1Souvent rabattue sur des stéréotypes réducteurs, la protection animale constitue une cause militante des plus ancienne et complexe. Du début du XIXe siècle jusqu’à nos jours, de multiples entrepreneurs de morale s’indignent du traitement que les hommes réservent aux bêtes et se mobilisent afin de corriger la brutalité de leurs contemporains. D’abord préoccupée par la cruauté à l’égard du bétail, ce n’est qu’à l’issue de longues péripéties que la protection animale s’étend aux animaux de compagnie et, bien plus tardivement encore, aux espèces sauvages et à leurs milieux naturels. En s’appuyant sur une comparaison franco-britannique, cet ouvrage retrace les inflexions successives à l’origine des multiples facettes qui caractérisent, aujourd’hui encore, la protection animale. Indissociables des évolutions de la philanthropie, bien antérieures à l’apparition des mots d’ordre de l’écologie, les mobilisations collectives en faveur du sort des animaux éclairent plusieurs processus cruciaux de notre histoire sociopolitique : évolution des sensibilités et des émotions socialement valorisées ; définition de la violence légitime ; constitution des normes visant à réformer les mœurs ; rivalité des élites se réclamant de diverses formes d’autorité ; influence des religions sur les engagements militants ; effets des discriminations de genre.
Qui sont les animaux ?, Jean Birnbaum (Ed.). Gallimard, 2010, 272 p., 7,70 €
2La pensée occidentale a longtemps défini l’animal par ce qui lui manque : la raison, la pudeur, le rire... Aujourd’hui, notre imaginaire reste dominé par la conception cartésienne de « l’animal-machine », incapable d’accéder au langage, dépourvu de subjectivité, donc privé de tout droit. Or, l’actualité vient régulièrement nous rappeler l’étrange proximité qui nous lie aux animaux : crise de la « vache folle », grippes « aviaire » ou « porcine ». Surtout, les avancées de la recherche remettent en question la frontière entre l’homme et l’animal. Ainsi, les travaux des paléoanthropologues ou des éthologues soumettent la foi humaniste dans le « propre de l’homme » à rude épreuve. Mais, alors, comment relativiser l’exception humaine sans sombrer dans la confusion entre tous les vivants ? Comment l’homme peut-il prendre ses responsabilités envers l’animal, voire reconnaître avec lui une communauté de destin, sans se comporter lui-même comme une bête ?
L’Animal est l’avenir de l’homme, Dominique Lestel. Fayard, 2010, 192 p., 16 €
3La vie partagée avec l’animal constitue un enjeu politique, philosophique et éthique majeur de notre temps. Pour Dominique Lestel, cette question métabolise quelques-unes des caractéristiques les plus pathologiques de la civilisation occidentale, qui s’expriment en particulier à travers la thèse de l’animal-machine ou le mépris dont font encore trop souvent l’objet les défenseurs des animaux. Dans cet essai enlevé et engagé, l’auteur affirme au contraire que le souci des animaux fait partie intégrante de notre humanité. Il montre dans quelle mesure l’animal est pour nous un interlocuteur à part entière, et parfois un partenaire, auprès duquel nous avons contracté une dette infinie. Analysant notamment les problèmes posés par l’expérimentation animale – dont il révèle toute la complexité –, il plaide pour le développement d’une bioéthique de la réciprocité : si nous pouvons prendre beaucoup à l’animal, nous devons aussi lui donner beaucoup. Ce livre de philosophie pratique est destiné à donner des munitions à tous ceux qui persistent à défendre la cause animale, mais aussi à tous ceux qui souhaitent penser l’humain au-delà de l’idée d’une barrière hygiénique qui le préserverait d’une contamination suspecte par les autres animaux.
Biodiversité
Construire la biodiversité : processus de conception de « biens communs », Julie Labatut. Presses des Mines, 2010, 240 p., 29 €
4La gestion des biens communs par divers groupes, pour des usages différents et dans des cas complexes d’interactions entre des systèmes écologiques et sociaux, reste peu étudiée. Les analyses portant sur des groupes d’individus homogènes gouvernant une ressource commune dédiée à un seul usage sont les plus fréquentes. Cet ouvrage offre au contraire une analyse de la complexité de la gestion des biens communs dans « le monde réel » en étudiant à de multiples niveaux les processus de conception et de gestion de ces biens, ici les ressources génétiques, en tant que biodiversité construite. Issu d’un travail de recherche-intervention de trois ans auprès des acteurs de la gestion de trois races locales de brebis des Pyrénées-Atlantiques (éleveurs, gestionnaires, scientifiques), ce livre propose une analyse fine des rapports science-société autour de la biodiversité domestique et des pistes managériales concrètes pour le pilotage des dispositifs de gestion et de production de ces ressources.
La Convention internationale de la biodiversité : enjeux de la mise en œuvre, Céline Nègre (Ed.). La Documentation française, 2010, 240 p., 32 €
5Près de vingt ans après son adoption, en 1992, à l’occasion du Sommet de Rio, la Convention sur la diversité biologique demeure l’unique instrument international appréhendant l’ensemble des problématiques liées à la biodiversité dans leur complexité. L’année 2010, année internationale de la biodiversité, fournit l’occasion de dresser le bilan de son application et de réfléchir aux perspectives d’avenir. Faut-il créer un « GIEC de la biodiversité » ? Comment améliorer la « gouvernance » de la biodiversité et mieux articuler les différentes échelles d’action ? Comment organiser un partage « juste et équitable » des avantages tirés de l’exploitation de la biodiversité ? Comment les règles du droit international de l’environnement s’articulent-elles avec celles de l’Organisation mondiale du commerce ? Ces différentes questions étaient, parmi d’autres, au cœur d’un colloque international organisé par le Centre de développement de la recherche internationale en environnement (CEDRIE) en mai 2007 – en lien étroit avec le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique –, dont le présent ouvrage rassemble les actes complets et actualisés. Un important corpus de notes accompagne cette étude.
Changement climatique
Climat : une planète et des hommes. Quelle influence humaine sur le réchauffement climatique ?, Michel Petit, Aline Chabreuil (Eds). Le Cherche midi, 2011, 336 p., 18 €
6Alors que le changement climatique nous concerne tous, la virulence des débats nous étonne. Pourquoi le doute, voire la méfiance, se sont-ils installés face à la réalité du réchauffement climatique et de l’influence des activités humaines sur ce phénomène ? Comment les « climato-sceptiques » sont-ils allés jusqu’à remettre en cause des faits établis et faire passer les chercheurs du GIEC pour des imposteurs ? Chacun d’entre nous a besoin d’informations objectives pour se forger sa propre opinion. À l’initiative du club des Argonautes, vingt-six chercheurs français de renom international ont décidé, avec cet ouvrage, de répondre à cette attente légitime. Présenté par Erik Orsenna et Michel Petit, celui-ci apporte des réponses précises sur les mécanismes complexes qui régissent la Terre et son climat, en s’appuyant sur l’état actuel des connaissances scientifiques. Il dresse un véritable bilan de l’impact des activités humaines sur le changement climatique et de tout ce qu’il est possible de faire pour que, aujourd’hui et demain, les hommes puissent continuer à vivre sereinement sur leur planète.
Developing Adaptation Policy and Practice in Europe: Multi-level Governance of Climate Change, E. Carina H. Keskitalo (Ed.). Springer, 2010, 376 p., 137,10 €
7Mitigation is necessary, but will not be sufficient for us to avoid climate change – given existing emission levels, we will also need to adapt to the consequences of climate change. This book targets the development of adaptation policy in European countries with different relations between central, regional and local government, asking how adaptation policy at different levels has emerged. Proceeding from a multi-level governance perspective, it includes a theoretical framework on adaptation. Chapters describe the EU context for adaptation, the UK, Finnish, Swedish and Italian multi-level cases of adaptation in relation to water, and a survey of adaptation in additional industrialised EU and non-EU countries (among which Austria, France, Germany, Greece, Hungary, the Netherlands, Norway, Spain, Canada and Australia). The book concludes by discussing the development of adaptation policy in the cases. It also shows that the different paths for adaptation policy chosen in different cases can be related to administrative culture including centrality of government and the role of local and regional actors including networks.
Développement durable
Le Développement durable, la seconde étape, Jacques Theys, Christian du Tertre, Félix Rauschmayer. L’Aube, 2010, 208 p., 18 €
8Peu de mots auront suscité autant d’enthousiasme et de scepticisme mêlés que ceux de « développement durable ». Mais sans doute sommes-nous, dans cette histoire marquée par l’ambiguïté, à un tournant. Les évolutions, ou événements récents, n’incitent pas, a priori, à l’optimisme. La conjonction d’une crise qui se prolonge, d’une immense déception après Copenhague... et d’un hiver particulièrement rigoureux dans l’hémisphère Nord, ont fait pencher la balance du côté des sceptiques. Il s’agit moins, dans ces conditions, d’aller vers un au-delà ou un en-deçà du développement durable, mais plutôt d’en dessiner une nouvelle étape adaptée à la période d’après-crise dans laquelle nous sommes entrés. Ce sont les contours de cette seconde étape que ce livre veut esquisser.
Développement durable ou le Gouvernement du changement total, Yannick Rumpala. Le Bord de l’eau, 2010, 444 p., 24 €
9Le « développement durable » est partout à l’ordre du jour et pèse de plus en plus comme référence apparemment incontournable. Beaucoup d’emballage rhétorique entoure encore cette thématique, alors que sa circulation semble avoir des effets pratiques qui commencent à devenir visibles, notamment dans les activités de gouvernement. Au point même que l’ordre et le fonctionnement institutionnels peuvent paraître à une période de basculement, sous l’effet précisément de transformations, de reconfigurations, d’ajustements qui semblent s’accumuler. C’est donc à un autre stade de la réflexion qu’il faut dorénavant passer pour appréhender plus précisément cette apparente dynamique d’adaptation générale. L’auteur nous invite à dépasser les effets de mode et les slogans. Il nous invite à penser l’émergence d’une nouvelle configuration historique. L’évolution en jeu touche le cœur des institutions contemporaines, précisément leur rapport au changement et à sa prise en charge collective. Au-delà des mots, c’est bien un nouveau grand dessein commun qu’il devient urgent d’inventer... Il faut surtout saisir les effets pratiques du « développement durable », autrement dit examiner attentivement ce que cette dynamique peut induire comme transformations des modes de gouvernement et de régulation des activités humaines.
Développement durable : un avenir à faire soi-même, Michel Puech. Le Pommier, 2010, 240 p., 20 €
10Le développement durable nous donne des idées et des envies de changer le monde. Mais il s’agit d’un véritable défi. L’objectif ? Que l’humain puisse être humain selon le meilleur de ses possibles, dans un monde où la nature (les forêts, le climat, l’eau...) conserve sa place et sa valeur, et où les artefacts (les ordinateurs, les voitures, les médicaments...) ne déshumanisent pas leur créateur. Comment se fait-il alors qu’avec d’aussi grandes idées, et aussi consensuelles, nous ayons aussi peu de résultats tangibles ? La réponse proposée par Michel Puech est que les acteurs officiels du développement durable ne jouent pas réellement le jeu, ils se sont emparés des nouvelles aspirations pour les canaliser plus que pour les satisfaire. Le salut est-il alors dans un développement durable « contestataire » qui s’oppose frontalement au développement durable « institutionnel » ? Probablement pas, car les idéologies de contestation instrumentalisent elles aussi le développement durable. Le véritable acteur des nouvelles valeurs, écologiques, économiques, sociales, pourrait bien être l’individu, la personne humaine prenant en charge elle-même son existence, sans la déléguer à des institutions de pouvoir ou d’idéologie. Ainsi, l’éthique du soutenable devient révolutionnaire et enthousiasmante.
Ressources, patrimoine, territoires et développement durable, Muriel Maillefert, Olivier Petit, Sandrine Rousseau (Eds). Peter Lang, 2010, 284 p., 33,50 €
11Cet ouvrage fait suite au colloque international La Problématique du développement durable vingt ans après : nouvelles lectures théoriques, innovations méthodologiques et domaines d’extension (Université Lille 1, novembre 2008). Les contributions réunies ici s’attachent à porter un nouveau regard sur les dynamiques territoriales associées aux politiques de développement durable en mettant l’accent sur les liens qui unissent ressources, patrimoine et territoires. Dans un premier temps, les auteurs reviennent sur un certain nombre d’approches méthodologiques (participation et villes durables, démarches d’écologie industrielle), mais aussi théoriques du développement durable territorialisé. Plusieurs enjeux importants au sein des espaces urbains et périurbains, en France et à l’étranger (Suisse, Brésil), pour la mise en œuvre d’un développement durable territorialisé (étalement urbain et aménagement, transport, qualité de l’air, drainage) sont ensuite analysés. Enfin, différentes approches théoriques et analytiques (économie du patrimoine, approche constructiviste des ressources territoriales, espaces fonctionnels, approche régulationniste) sont mobilisées pour interroger la place et le rôle des dynamiques patrimoniales et des ressources naturelles et territoriales dans la construction d’un développement durable des territoires.
Peut-on sauver notre planète sans toucher à notre mode de vie ?, Benjamin Dessus, Sylvain David. Prométhée, 2010, 128 p., 11 €
12Rarement les sociétés humaines auront eu à faire face à un défi d’une telle ampleur. Les spectres du réchauffement climatique et de l’épuisement des énergies fossiles conjuguent leurs effets pour créer un sentiment d’urgence. Seulement, voilà : par où commencer ? que faire ? Est-il seulement possible d’agir ? Les initiatives n’ont pas manqué. Depuis quelques années, il existe en Europe un marché de permis d’émissions de dioxyde de carbone, où des industries échangent entre elles des « droits » à polluer pour un montant total excédant les 24 milliards d’euros. En France, le Grenelle de l’environnement a été lancé en grande pompe. Au-delà des effets d’annonce et des réussites partielles, force est de constater que les accomplissements sont encore bien maigres au regard des objectifs. Face à l’ampleur des défis, il est tentant de céder à la résignation. Faut-il changer de civilisation, en mettant à bas la société de consommation, comme nous y invitent les partisans de la décroissance ? Ou bien peut-on compter seulement sur le progrès technologique, les énergies nucléaires et renouvelables et les dispositifs de captage-stockage de gaz à effet de serre ?
À la recherche du développement : un fonctionnaire au service d’une passion, Gérard Winter. Karthala, 2010, 288 p., 24 €
13L’auteur est polytechnicien, économiste, chercheur à l’ORSTOM (aujourd’hui IRD), dont il a été le directeur général pendant six ans. Cet itinéraire l’a conduit, en empruntant « des chemins de traverse » quelque peu atypiques, à travailler avec de nombreuses institutions et à rassembler dans des projets d’intelligence collective des compétences, expériences et visées politiques très diverses. Cette autobiographie, truffée d’anecdotes personnelles et de réflexions sur les méthodes et politiques de développement, donne à voir ce que fut la scène de la coopération franco-africaine au cours de ce dernier siècle de mutations radicales. L’auteur raconte comment se sont progressivement forgées en lui des convictions sur les principes méthodologiques, politiques et éthiques qui, à son sens, doivent désormais guider la recherche d’un développement durable, global et solidaire.
Eaux
Le Droit à l’eau : une urgence humanitaire, Bernard Drobenko. Johanet, 2010, 208 p., 24 €
14Alors que l’Assemblée générale des Nations unies a adopté en juillet 2010 une résolution reconnaissant formellement le droit à l’eau, l’intérêt de cet ouvrage est multiple : il étudie les obstacles à la réalisation de ce droit et identifie les divers enjeux préalables à sa mise en œuvre ; il décrit l’émergence de ce droit, son affirmation progressive et les modalités de sa reconnaissance ; il identifie les conditions, y compris matérielles, permettant de fournir à chaque être humain le minimum d’eau nécessaire à la satisfaction de ses besoins fondamentaux et de disposer d’un équipement pour récupérer les eaux usées domestiques. En se fondant sur une exigence de volonté et de courage, tout en dégageant rapidement les moyens disponibles, l’auteur fait le pari que l’intelligence humaine est en capacité de générer une solidarité effective, un vecteur pour la paix.
Écologie politique
Vers une démocratie écologique : le citoyen, le savant et le politique, Dominique Bourg, Kerry Whiteside. Le Seuil, 2010, 104 p., 11,50 €
15Les dégradations que nous infligeons à la planète menacent l’avenir et la survie de l’humanité. Or, l’urgence de la situation ne débouche pas sur des décisions fermes et concrètes. Jusqu’à quand ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet attentisme s’explique d’abord par une inaptitude politique : la démocratie représentative n’est pas en mesure de répondre aux problèmes écologiques contemporains. Ce livre propose des solutions, tant institutionnelles que délibératives, pour relever le défi et refonder notre sens du bien commun. Sauvegarder la biosphère exige de repenser la démocratie elle-même.
L’Oligarchie, ça suffit, vive la démocratie, Hervé Kempf. Le Seuil, 2011, 192 p., 14 €
16Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les politologues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens. Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques. Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l’Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n’y parviendra qu’en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante.
Économie
Les Grandes Représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire : de l’histoire magique au tourbillon créateur, René Passet. Les Liens qui libèrent, 2010, 948 p., 38 €
17Replacée sous l’éclairage des grandes synthèses scientifiques, il n’est pas une théorie économique – les physiocrates, les grands classiques, Marx, Walras, Keynes, Schumpeter, Hayek... – qui ne gagne en signification et en profondeur. Les mutations qui caractérisent l’évolution des sociétés humaines et le regard que les hommes portent sur l’univers s’expriment sur le plan économique par des systèmes explicatifs, des modes d’organisation et des programmes d’action différents. Aujourd’hui, l’émergence de l’ordinateur appelle une économie autre que celle des sociétés mécaniques. Ce livre se présente comme un plaidoyer en faveur d’une économie transdisciplinaire : si l’économie est un des lieux d’où nous interrogeons le monde, les réponses aux questions qu’elle pose exigent le plus souvent un passage par d’autres disciplines. C’est en prenant du recul que l’on perçoit le contour des choses et leur véritable portée.
Adieu à la croissance : bien vivre dans un monde solidaire, Jean Gadrey. Les Petits matins, 2010, 192 p., 15 €
18La croissance : un remède à tous les maux ! Tel est le discours martelé par nos dirigeants depuis des décennies, qu’il s’agisse de réduire le chômage, de régler le problème des retraites, de résorber les inégalités ou de surmonter la crise écologique. Et si la croissance n’était pas la solution, mais le problème ? Elle est désormais un facteur de crise, une menace pour la planète et un obstacle au progrès.
19Faut-il pour autant nous résoudre à une austérité punitive ? Certes non, affirme Jean Gadrey, qui prône une société privilégiant le « mieux-être » et non le « plus-avoir ». Une société qui doit, et peut, viser le plein-emploi ainsi qu’un haut niveau de protection sociale pour tous. C’est le chemin d’une autre prospérité qui est ici proposé, plus juste, moins violente et donc réellement durable.
Prospérité sans croissance : la transition vers une économie durable, Tim Jackson. De Boeck, 2010, 248 p., 17 €
20Dans les économies avancées, il devient de plus en plus clair que la croissance de la consommation n’augmente pas le bonheur et peut même lui nuire. Et il est encore plus évident que les écosystèmes qui portent nos économies sont en train de s’effondrer sous les coups de cette croissance. À moins que nous ne réduisions radicalement l’impact environnemental de l’activité économique – et rien ne prouve que cela soit possible –, nous allons devoir construire une prospérité qui ne repose pas sur la croissance continuelle. Hérésie économique, ou opportunité pour renforcer les fondements du bien-être, de la créativité, et construire une prospérité durable en dehors de la dictature du marché ? Tim Jackson propose une vision crédible d’une société humaine à la fois florissante et capable de respecter les limites écologiques de la planète. Réaliser cette vision est la tâche la plus urgente de notre époque.
21Ce livre est une version largement revue et complétée de l’étude que l’auteur a réalisée pour le compte de la Sustainable Development Commission, une instance consultative du gouvernement britannique. Sa publication ouvre une troisième voie entre le concept de développement durable et celui de décroissance.
La Décroissance : dix questions pour comprendre et en débattre, Denis Bayon, Fabrice Flipo, François Schneider. La Découverte, 2010, 240 p., 15 €
22La décroissance désigne une mouvance intellectuelle et militante qui estime que la crise climatique et les impasses du modèle capitaliste ne pourront être surmontées qu’au prix de l’abandon du modèle de développement productiviste et de ses fondements : le culte fétichiste de la croissance et la croyance aveugle dans les bienfaits des progrès technoscientifiques. « Doux rêve », « dangereuse utopie », « projet réactionnaire », on a tout entendu à propos de la décroissance, qui suscite souvent une condescendance amusée ou une méfiance instinctive de la part du monde politique traditionnel ou du monde intellectuel. Ce livre brise les malentendus et les préjugés les plus répandus sur la décroissance, et s’efforce de faire naître un débat sérieux et argumenté à son propos.
Sortir de la société de consommation, Serge Latouche. Les Liens qui libèrent, 2010, 220 p., 18 €
23La voie de la décroissance repose sur un postulat partagé par la plupart des sociétés non occidentales : pour mystérieuse qu’elle soit, la vie est un don merveilleux. Il est vrai que l’homme a la faculté de la transformer en un cadeau empoisonné, et, depuis l’avènement du capitalisme, il ne s’en est pas privé. Néanmoins, il n’est pas trop tard pour faire demi-tour et chercher un chemin praticable, guidé par d’autres voix que celles de la pensée unique et des discours progressistes de l’économie et de la technique. La décroissance, qui passe par une sortie de la société de consommation, est alors un défi et un pari. Un défi aux croyances les mieux installées, parce que ce slogan constitue une insupportable provocation pour les adorateurs du progrès et du développement. Un pari, parce que, pour nécessaire qu’elle soit, rien n’est moins sûr que la réalisation du projet d’une société autonome de sobriété. Toutefois, le défi mérite d’être relevé et le pari tenté. La voie de la décroissance est celle de la résistance face au rouleau compresseur de l’occidentalisation du monde, mais aussi celle de la dissidence à l’égard du totalitarisme rampant de la société de consommation mondialisée. Ce livre explore la construction d’une civilisation de sobriété choisie et d’autolimitation alternative à l’impasse de la société de croissance. Par petites touches, comme dans un tableau impressionniste, il s’en dégage un dessein d’ensemble, une tonalité commune, un éthos.
Gestion des ressources naturelles
Biodiversité, naturalité, humanité : pour inspirer la gestion des forêts Daniel Vallauri, Jean André, Jean-Claude Génot,, Jean-Pierre De Palma, Richard Eymard-Machet (Eds). Tec & Doc, 2010, 518 p., 80 € (livre + DVD)
24Une centaine d’auteurs livrent en langue française le premier ouvrage sur un vaste sujet d’actualité : tenter d’intégrer, à la gestion de la biodiversité, la naturalité, l’empreinte humaine et le sentiment de nature. Ce sujet précis et concret est riche de répercussions pratiques pour inspirer la gestion des forêts. Chercheurs en sciences naturelles, mais également en sciences humaines, apportent leurs connaissances et prolongent la réalité des questions des gestionnaires des forêts. Livre et DVD dévoilent la richesse des synthèses thématiques, des résultats de recherches et des expériences de terrain discutés lors du colloque francophone Biodiversité, naturalité, humanité : pour inspirer la gestion des forêts. Ce dernier, porté par 26 partenaires, a rassemblé plus de 330 gestionnaires, naturalistes, penseurs et scientifiques au centre des congrès Le Manège, à Chambéry, du 27 au 31 octobre 2008. Inclus dans l’ouvrage, le DVD contient les vidéos et les diaporamas présentés lors du colloque, le film de la visite de la fondation Hainard et une sélection de documents complémentaires.
Science, Policy and Stakeholders in Water Management: An Integrated Approach to River Basin Management, Geoffrey Gooch, Per Stålnacke (Eds). Earthscan, 2010, 168 p., £65.00
25One of the major problems facing practitioners and scientists working with water management is how to integrate knowledge and experiences from scientific, policy and stakeholder perspectives. In this book this sciencepolicy-stakeholder interface (SPSI) is examined both analytically and through the description of practical experiences from river basins in Europe, India and South-East Asia. These include the Tungabhadra (India), Sesan (Vietnam/Cambodia), Tagus (Spain/Portugal) and Glomma (Norway), which particularly highlight issues associated with pollution, severely altered river flows and transboundary conflicts. Following two chapters which lay the framework for the book the authors describe how SPSI was managed in the case study basins and how stakeholder participation and scenarios were used to integrate different perspectives, and to facilitate the communication of different forms of knowledge. Four important aspects of water management and SPSI are then discussed; these are water pollution, land and water interaction, environmental flow and transboundary water regimes. Short descriptions of the case study rivers are provided together with analyses of how SPSI was managed in water management in these basins and policy recommendations for the basins. The book concludes by providing a series of recommendations for improving the science-policy stakeholder interface in water management. It represents a major step forward in our understanding of how to implement integrated water resources management.
Hommes et milieux
Les Inuit et les Cris du Nord du Québec : territoire, gouvernance, société et culture Jacques-Guy Petit, Yv Bonnier Viger, Pita Aatami,, Ashley Iserhoff. Presses de l’Université du Québec / Presses universitaires de Rennes, 2010, 432 p., 22 €
26Les Cris et les Inuit se trouvent confrontés aux difficultés d’une sédentarisation rapide, aux avantages et aux inconvénients de l’irruption de la modernité dans leurs territoires. Comment font-ils face à ces défis en ce qui concerne leur gouvernance, l’environnement et la santé, les problèmes sociaux, le maintien de leur langue, de leur culture, de leur patrimoine ? Quels sont leurs réalisations, leurs revendications, leurs projets ? La question fondamentale que se posent les Cris et les Inuit du Québec nous concerne tous : comment vivre dans un monde nouveau en gardant ses propres valeurs, comment changer en restant soi-même ?
Interdisciplinarité
Inter- und Transdisziplinarität im Wandel?, Alexander Bogner, Karen Kastenhofer, Helge Torgersen (Hrsg.). Nomos, 2010, 270 p., 34 €
27Inter- und Transdisziplinarität wurden einstmals dem Randbereich wissenschaftlicher Praxis zugerechnet. Heute gelten sie als Normalfall, sowohl im Forschungsbetrieb wie auch in der wissenschaftlichen Politikberatung. Beispiele für diesen Wandel finden sich in der Nachhaltigkeits- und Sicherheitsforschung, der Technikfolgenabschätzung und der Kommissionsethik. Der Fokus des Bandes liegt auf der empirischen Untersuchung dieser Praxisfelder aus der Perspektive der Wissenschafts- und Technikforschung. Im Vordergrund steht die kritische Analyse aktueller Potenziale und Probleme von Wissenschaft jenseits disziplinärer Grenzen. Die Herausgeber sind wissenschaftliche Mitarbeiter am Institut für Technikfolgen-Abschätzung der Österreichischen Akademie der Wissenschaften.
Politiques d’environnement
Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec, Stephen Kerckhove. Yves Michel, 2010, 128 p., 10 €
28Véritable opération de blanchiment écologique pour les uns, révolution parée de toutes les vertus pour les autres, le Grenelle de l’environnement fut au centre de l’agenda politico-médiatique durant trois longues années. Fin octobre 2007, l’État, les collectivités locales, les syndicats et certaines associations se réunissaient afin de sceller « les accords du Grenelle » : deux cent soixante-huit engagements marquant une véritable rupture… en matière de radicalité et de positionnement associatif. Les non-dits, reculs et engagements virtuels ont fini de justifier les craintes de celles et ceux qui avaient émis des doutes sur l’objectif caché de ce Grenelle. À l’issue de la procédure législative, il est nécessaire de tirer les enseignements de cette grand-messe écologique.
Santé
Santé publique : l’état des savoirs, Didier Fassin, Boris Hauray (Eds). La Découverte / Inserm, 2010, 544 p., 25 €
29Au cours des deux derniers siècles, la santé publique a vu son territoire s’étendre et sa légitimité se conforter dans l’action de l’État aussi bien que dans les pratiques des citoyens. Ébranlée par des crises sanitaires, mais renforcée par le déploiement de nouveaux savoirs et de nouvelles institutions, elle est devenue un enjeu majeur des sociétés contemporaines. À la fois domaine politique, secteur administratif, matière universitaire, champ professionnel et réalité médicale, la santé publique est au cœur de nos grandes interrogations en matière de risque et de précaution, de solidarité et de responsabilité, de justice et d’efficience, d’évolutions démographique et épidémiologique. C’est à en décrypter les multiples facettes qu’une soixantaine d’auteurs, chercheurs mais aussi praticiens, s’emploient dans ce livre. Inscrit dans le contexte français pour en restituer les spécificités, l’ouvrage reste ouvert aux comparaisons internationales. Après avoir abordé les disciplines contributives à la santé publique, il se concentre sur les principales maladies et questions qu’elle est amenée à traiter, des violences interpersonnelles à la précarité, et aborde les différentes politiques mises en œuvre, de la sécurité sanitaire à la recherche. II se termine en évoquant les défis qui se posent à nous, notamment les inégalités croissantes qui mettent aujourd’hui à l’épreuve le gouvernement des vies.
Une société à soigner : hygiène et salubrité publiques en France au XIXe siècle, Gérard Jorland. Gallimard, 2010, 368 p., 27 €
30Faute de pouvoir soigner les maladies, la médecine du XIXe siècle s’est employée à les prévenir. D’où le rôle central qu’y joue l’hygiène publique. Se donnant pour mission de supprimer les foyers d’infection qui minent la société, elle s’étend à tous les domaines : égouts et voiries, orientation et hauteur des bâtiments, alimentation et travail, pollution industrielle et urbaine, prisons, casernes, hôpitaux, mais aussi prostitution, alcoolisme, crimes, suicides, etc. Les préconisations des hygiénistes sont toujours les mêmes : faire circuler l’air et l’eau, désinfecter, vacciner. Mais ces avis ne sont pas toujours suivis d’effets. Dans nombre de pays européens, la vaccination et la revaccination sont obligatoires. En France, non. D’où ces deux paradoxes : qu’un pays qui a créé le mouvement d’hygiène publique moderne soit si lent à en appliquer les mesures ; que dans ce même pays, synonyme de centralisation et d’État fort, le gouvernement joue un rôle si limité dans la santé publique. À la fin du siècle, les médecins finissent par se faire élire eux-mêmes au Parlement afin de faire voter une législation sanitaire. Mais, pour imposer les contraintes de santé publique, il leur faut abandonner l’idéologie libérale et en construire une autre, le solidarisme. La législation perdurera, pas l’idéologie. Aujourd’hui, les politiques de santé publique appliquées en France et en Angleterre sont diamétralement opposées : libérale chez nous, étatique là bas, contrairement à toute attente.
Santé et société
Sur la piste environnementale : menaces sanitaires et mobilisations profanes, Madeleine Akrich, Yannick Barthe, CatherineRémy(Eds). Presses des Mines, 2010, 308 p., 19 €
31Repérer des victimes, confondre des suspects : les mobilisations dans le domaine de la santé environnementale se présentent désormais comme de véritables enquêtes policières. À la différence près que, dans ce domaine, les investigations ne sont pas menées uniquement par des enquêteurs professionnels. Les « profanes » cherchent eux aussi à rendre visibles les menaces auxquelles ils pensent être exposés et à établir la réalité des dommages dont ils s estiment les victimes. Cet ouvrage rassemble une série de travaux anglo-saxons pionniers sur des affaires célèbres qui illustrent le rôle crucial joué par les non-spécialistes dans les controverses portant sur les liens entre l’environnement et la santé.
Science et société
Cogitamus : six lettres sur les humanités scientifiques, Bruno Latour. La Découverte, 2010, 256 p., 18 €
32À l’automne 2009, une étudiante allemande fait part à Bruno Latour de son désarroi devant les disputes qui font rage avant le sommet de Copenhague sur le climat. Il lui signale l’existence d’un enseignement qui porte justement sur les liens multiformes entre les sciences, la politique et la nature. Pour diverses raisons, l’étudiante ne peut pas suivre le cours, que le professeur est obligé de lui résumer en six lettres. Au fil de l’actualité, que l’étudiante suit de son côté en tenant son « journal de bord », voilà qu’elle découvre peu à peu comment se repérer dans ces imbroglios créés par le développement même des sciences et des techniques. D’Archimède à Avatar, c’est l’occasion pour le lecteur d’un époustouflant galop dans ce domaine étrange des « humanités scientifiques ». Si la nature est entrée en politique, il faut bien que les sciences et les techniques fassent partie de ce qu’on appelait autrefois les « humanités ». B. Latour montre pourquoi il est impossible d’aborder les crises écologiques sans comprendre le caractère collectif et concret de l’acte de penser et de prouver. D’où le passage du cogito – le « je pense » cher à Descartes – à ce cogitamus – « nous pensons » –, parce que « c’est grâce au fait que nous sommes nombreux, soutenus, institués, instrumentés que nous accédons au vrai ».
La Réforme du vrai : enquête sur les sources de la modernité, Nissim Amzallag. Éditions Charles Léopold Mayer, 2010, 336 p., 24 €
33La science ne distille pas forcément le vrai, nous le savons. Et pourtant, une aura d’objectivité continue de protéger la science de toute critique non seulement sur ses fondements, mais encore sur la manière dont elle s’impose pour façonner la société. Au terme de quatre siècles de révolution scientifique, toute remise en cause de ses méthodes, de ses exigences et de son ascendant sur l’homme semble désormais impossible. C’est pourtant ce défi que relève Nissim Amzallag. Plutôt que d’évoquer les dangers imminents pesant sur un monde objectivé autant que dévitalisé, il explore dans cet ouvrage les fondements sur lesquels s’est appuyée la révolution scientifique et les métamorphoses qu’elle a induites dans la société. Il apparaît alors que les innovations les plus importantes, conceptuelles comme pratiques, dérivent de partis pris étrangers à toute exigence de fidélité au réel. La conscience de cette réforme du vrai (autant que de ses origines peu glorieuses) ouvre un nouvel horizon de responsabilité en émancipant l’homme de l’autorité d’une idéologie maquillée en savoir.
Date de mise en ligne : 01/01/2012