Article de revue

« Créer une ville modèle et penser l’installer partout n’a pas de sens »

Pages 21 à 24

Citer cet article


  • Pappalardo, M.
(2016). « Créer une ville modèle et penser l’installer partout n’a pas de sens » PCM – Pour Construire un Monde durable, 879(4), 21-24. https://doi.org/10.3917/pcm.879.0021.

  • Pappalardo, Michèle.
« “Créer une ville modèle et penser l’installer partout n’a pas de sens” ». PCM – Pour Construire un Monde durable, 2016/4 N° 879, 2016. p.21-24. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-pcm-pour-construire-un-monde-durable-2016-4-page-21?lang=fr.

  • PAPPALARDO, Michèle,
2016. « Créer une ville modèle et penser l’installer partout n’a pas de sens » PCM – Pour Construire un Monde durable, 2016/4 N° 879, p.21-24. DOI : 10.3917/pcm.879.0021. URL : https://stm.cairn.info/revue-pcm-pour-construire-un-monde-durable-2016-4-page-21?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pcm.879.0021


Dans la perspective d’Habitat III, Michèle Pappalardo, répond à PCM, sur la démarche et les actions de Vivapolis pour promouvoir la ville durable à la française hors de nos frontières.

PCM : Le réseau Vivapolis a créé un cadre fédérateur autour de la notion de ville durable : où en eston aujourd’hui ?
Michèle Pappalardo : Nous sommes dans une période d’évolution et de développement du réseau. En 2013, la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq a lancé l’idée de créer un dispositif qui fédère les acteurs publics et privés français pour promouvoir, à l’international, une ambition partagée d’un développement urbain durable. Pour mettre en œuvre ce réseau, une marque ombrelle, Vivapolis, a été créé et pour développer notre visibilité nous avons mis en place des actions très concrètes et opérationnelles dans une dimension internationale : salons, forums, réception de délégations étrangères…
En mars 2016, les ministres Ségolène Royal et Emmanuelle Cosse, m’ont confié la mission d’assurer l’animation, la coordination du réseau et la valorisation en France et à l’étranger des actions relatives à la ville durable.
Dans cette phase de développement, nous avons mis en place un programme de travail réunissant tous les acteurs publics, État, collectivités territoriales, agences et organismes publics nationaux ou locaux, ou privés, entreprises, organisations professionnelles, associations, qui souhaitent participer activement à ces activités et réflexions partenariales et collaboratives. Notre action comprend aussi une démarche de promotion et de revendication d’un savoir-faire français en matière de ville durable.
Si ce réseau est en cours de constitution, nous avons cependant déjà intégré collectivement, au moins dans l’esprit, que le développement des villes doit respecter les trois dimensions sociales, environnementales et économiques qui sont intrinsèquement liées. Il faut bien comprendre que la ville durable est une démarche de progrès, ce n’est jamais un aboutissement, c’est un objectif.

Le parc de Billancourt, pièce maîtresse du système de gestion des eaux pluviales du quartier.

Description de l'image par IA : Parc avec arbres et bancs, bâtiments en arrière-plan sous ciel bleu.

Le parc de Billancourt, pièce maîtresse du système de gestion des eaux pluviales du quartier.

ARNAUD BOUISSOU/TERRA
PCM : Quels sont vos actions en 2016 ?
M. Pappalardo : Cette année, a été lancé l’appel à projet « démonstrateurs industriels pour la ville durable », dédié à l’émergence de projets urbains présentant une forte composante d’innovations liées notamment à l’intégration des fonctions urbaines. Ces projets complexes font appel à des technologies novatrices mais requièrent également d’innover dans les processus d’élaboration, de mise en œuvre et de gouvernance. Des villes et des consortiums ont déposé des projets, seize lauréats ont été retenus. Ces seize démonstrateurs commencent à travailler au niveau national, et ces projets seront autant d’expériences supplémentaires que nous pourrons exporter et montrer aux délégations internationales en visite sur notre territoire. L’innovation est indispensable pour répondre aux défis urbains, en France comme dans le monde.
PCM : En quoi l’innovation est indispensable ?
M. Pappalardo : Pour résoudre le problème de la croissance très rapide des villes, et des pressions importantes sur les ressources naturelles que cela implique, il est indispensable de trouver des solutions nouvelles. Mais l’innovation reste un moyen, pas un résultat.
Une partie des solutions viendront des nouvelles technologies, notamment le numérique qui rend possible des choses dont on rêvait, et d’imaginer des solutions inenvisageables auparavant. Le numérique, bien utilisé, car la ville intelligente n’est pas forcément durable à mon sens, permet de trouver les bonnes solutions pour améliorer les conditions de vie des habitants, faciliter les services, moins consommer de ressources naturelles et être plus économiques en luttant contre le gaspillage notamment, grâce aux smart grids et autres technologies permettant de mieux répartir les consommations. La ville dispose d’un grand potentiel d’innovations pour devenir durable. Cependant, il faut identifier les besoins et trouver les solutions numériques qui peuvent y répondre et non l’inverse. Ce qui implique des changements de comportements des habitants, prendre les transports en commun plutôt que leur voiture etc…
PCM : Quelles sont les actions que met en œuvre la France sur son territoire et à l’international ?
M. Pappalardo : Nous avons identifié la ville durable à la française autour de quatre caractéristiques. La première est de mettre l’homme au cœur du projet, pour améliorer ses conditions de vie, de faire en sorte que la ville, lieu de vie, de travail et de loisirs, soit attractive, accueillante pour tous, quel que soit l’âge et les conditions sociales. Cette notion d’attractivité est prioritaire car elle conduit à traiter les sujets difficiles : préserver la santé des habitants avec de l’eau potable, de l’air respirable… ; une mobilité relativement fluide ; permettre un développement économique ; favoriser la mixité sociale ; offrir des services, sociaux, culturels, sportifs etc…
La deuxième caractéristique est plus environnementale, c’est à dire que la ville soit la plus performante possible grâce à une consommation réduite des ressources naturelles, en matière de services offerts (transports, eau, énergie, gestion des déchets, santé…) accessibles à tous, en matière de protection de l’environnement reposant sur la sobriété des consommations d’énergie et de ressources naturelles, la lutte contre les gaspillages, et l’économie circulaire. La troisième caractéristique concerne la gouvernance, car il ne sera pas possible d’atteindre les deux points précédents sans une gouvernance forte, transversale et participative, associant l’ensemble des acteurs, publics et privés, et les citoyens.
Enfin, la quatrième caractéristique, « la plus simple » consiste à dire qu’il n’existe pas de modèle. Créer une ville modèle et penser l’installer partout n’a pas de sens. Il faut s’adapter aux spécificités et aux besoins locaux, géographiques, climatiques, historiques, culturels. Ainsi, en France comme à l’international, la démarche est de demander : que voulez-vous faire, qu’est-ce qui vous paraît prioritaire, comment trouver avec vous les solutions ?
En France, nous disposons de réflexions, d’expériences, d’innovation dans tous les domaines, et à tous les niveaux, dans les régions, les métropoles, les villes petites, moyennes ou grandes. Cela complique peut être notre marketing, car à la différence de nos confrères allemands ou anglais à une certaine époque, nous n’avons pas « le » quartier ou « la » ville à promouvoir mais une diversité de réalisations.
Nous disposons aussi d’un atout qui vient du fait que la plupart de nos interlocuteurs connaissent déjà les villes françaises pour les avoir souvent visité en touristes. Un exemple révélateur : en 2014, des responsables du ministère de l’Urbanisme du Mexique ont souhaité travailler avec Vivapolis. Ils nous ont demandé que Campeche, dans le Yucatan, se rapproche, non pas d’une grande métropole, mais de La Rochelle, qu’ils connaissaient pour ses actions de ville durable. Nous leur avons également montré l’éco-quartier Seguin-Rives de Seine à Boulogne Billancourt, et notamment le parc de Billancourt, pièce maîtresse du système de gestion des eaux pluviales du quartier. Ils ont aussi été très intéressés par la mémoire industrielle de l’ancienne usine Renault. Je cite cet exemple car je souhaite insister sur le fait que ces réalisations concernent l’ensemble de notre territoire et ne se concentrent pas uniquement dans nos grandes métropoles.
Un autre exemple de réalisations, sous la marque ombrelle Vivapolis, a été la conception par plusieurs entreprises de démonstrateurs urbains en 3D à partir de situations réelles. Deux démonstrateurs ont déjà été ainsi réalisés par un consortium de grandes entreprises et plusieurs PME : à Astana (Kazakhstan) pour l’accueil de l’Exposition Universelle de 2017 ; à Santiago du Chili à la demande de la maire Carolina Toha, qui souhaitait couvrir l’autoroute Panamerica traversant la ville. Les entreprises françaises ont proposé deux options différentes de couvertures, celles-ci ont été mises en consultation sur le site de la ville pour que les habitants s’approprient progressivement le projet.
PCM : Quelles sont les perspectives de ce programme de valorisation de la ville durable ?
M. Pappalardo : La perspective la plus importante est de faire en sorte que le réseau existe. Nous avons déjà mené deux réunions, l’une sur les outils d’innovation avec tous les acteurs concernés, l’autre sur la participation à l’organisation de la présence française en matière de ville durable pour Habitat III (Quito, octobre 2016) et pour la Cop 22 (Marrakech, novembre 2016).

Issygrid apporte, à l’échelle du quartier, une réponse pragmatique et efficace aux nouveaux défis de la ville.

Description de l'image par IA : Carte interactive d'Issygrid montrant la distribution électrique et les consommations dans un quartier urbain.

Issygrid apporte, à l’échelle du quartier, une réponse pragmatique et efficace aux nouveaux défis de la ville.

VILLE D’ISSY-LES-MOULINEAUX
Une nouvelle réunion s’est tenue en juillet sur le thème de la valorisation. Nous lançons des travaux autour de six thèmes liés aux villes durables pour ensuite produire six documents de valorisation de l’expérience française sur les thèmes suivants : innovations énergétiques, mobilités durables, économie circulaire, services urbains, développement des plateformes numériques, participation citoyenne. Nous sommes dans une dynamique, tant en France qu’à l’international, où nous devons tirer parti des expériences, bonnes ou mauvaises, et mieux avancer tous ensemble.
Notre objectif n’est pas de produire des rapports, mais d’agir, de proposer. Dans le domaine international, nous avons commencé dans un premier temps, en partant de rien, aujourd’hui les services se mobilisent, proposent des idées, c’est une première étape qui a été franchie. Nous ne souhaitons pas nous fixer une feuille de route à dix ans, mais plutôt essayer de répondre aux besoins en nous adaptant à un contexte en perpétuelle évolution. Habitat III est une bonne occasion de rappeler cette démarche dans un contexte où le développement urbain durable est un sujet majeur pour l’avenir de notre planète. Habitat II était très tourné sur la thématique construction, Habitat III est dans une dimension « ville » plus globale, et c’est ce qui sera très utile et important pour nous.

Date de mise en ligne : 25/09/2025

https://doi.org/10.3917/pcm.879.0021