Smart cities, villes du futur, agiles, ingénieuses… Des questions pour le Nouvel Agenda Urbain
Pages 25 à 28
Citer cet article
- CHARREYRON-PERCHET, Anne,
- Charreyron-Perchet, Anne.
- Charreyron-Perchet, A.
https://doi.org/10.3917/pcm.879.0025
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- Charreyron-Perchet, A.
- Charreyron-Perchet, Anne.
- CHARREYRON-PERCHET, Anne,
https://doi.org/10.3917/pcm.879.0025
Notes
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[1]
UrbanEra filiale de Bouygues, Citeos filiale de Vinci entre autres.
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[2]
Voir à ce sujet les travaux d’Isabelle Baraud-Serfaty https://www.cairn.info/publications
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[3]
Sur la base des données collectées auprès d’acteurs publics et privés de la mobilité et traitées dans un entrepôt de données, l’application Optimod fournit aux voyageurs une information tous modes en temps réel disponible à tout moment, en tout lieu et pour tous. Elle permet également une prédiction à 1h du trafic permettant d’optimiser l’exploitation des réseaux tant pour le fret que pour les voyageurs
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[4]
Dans le cas de Waze, les données utilisateurs alimentent automatiquement une base lorsqu’ils se connectent et contribuent activement en prévenant les autres utilisateurs en cas d’accident ou en modifiant des tracés.
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[5]
Voir expérience développée par Citeos à Chartres http://www.citeos.fr
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[6]
Voir à ce sujet l’étude du CGDD : « Villes intelligentes, smart, agiles : enjeux et stratégies de collectivités françaises », Mars 2016
Nouveaux modes de conception et de gestion de la ville, offre diversifiée de services, gouvernance partagée, irruption de nouveaux acteurs, autant de transformations induites et accélérées par le développement des outils numériques. Le Nouvel Agenda Urbain ne peut ignorer ces bouleversements qui toucheront les pays du Nord comme ceux du Sud.
1 Comment anticiper ces bouleversements, comment les accompagner à travers des politiques urbaines adaptées qui façonneront les villes de demain. Comment le Nouvel Agenda Urbain sur lequel doit déboucher la conférence Habitat III ne pourrait-il pas prendre en compte la vague de fond du numérique qui touche les villes du Nord mais aussi celles du Sud, qui bouscule les modes de travail, d’habitat, de déplacement, de production et de gouvernance ? De par le monde, on parle beaucoup de villes intelligentes. L’Inde a lancé récemment son plan des 100 villes intelligentes, les exemples de Songdo en Corée, de Barcelone ou d’Amsterdam plus près de nous sont souvent mis en avant et la France n’est pas en reste avec des projets à Lyon, à Paris mais aussi dans des villes plus petites comme Mulhouse ou Chartres qui témoignent de l’intérêt que tous les acteurs de la ville portent au sujet.
2 Avant toute chose, il convient d’abandonner le terme de ville intelligente qui sous entendrait que l’intelligence est liée à l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) alors qu’en fait l’intelligence vient de ceux et celles qui font la ville. On parlera plutôt de villes agiles, ingénieuses dans lesquelles les TIC jouent un rôle de facilitateur, d’accélérateur dans un contexte de transition écologique, d’émergence de nouveaux modèles économiques (économie collaborative, de la fonctionnalité…) et d’une gouvernance partagée.
Montpellier fait partie des villes pionnières en matière de smart cities.
Montpellier fait partie des villes pionnières en matière de smart cities.
Vers une démarche de pilotage de la ville
3 Pour le Nouvel Agenda Urbain, la question est de savoir en quoi le développement des TIC aura une influence sur les villes, comment l’anticiper et l’accompagner à travers des politiques urbaines adaptées, à une ouverture vers d’autres acteurs, et plus globalement de nouveaux modes de conception et de gestion de la ville. Une première constatation est que le développement des outils numériques questionne le fonctionnement des villes. Alors que l’on raisonnait jusqu’à présent essentiellement en matière de planification urbaine on entre aujourd’hui avec les TIC dans une démarche de pilotage de la ville. Un bon exemple est donné à Rio de Janeiro, vulnérable aux fortes précipitations, où IBM a mis en place un centre opérationnel de gestion des données en temps réel permettant d’anticiper les risques de pluie et leurs impacts. C’est la même approche qui sous-tend le projet de Lyon Living Lab qui vise à mettre en place un opérateur global de services urbains qui pilotera une plateforme numérique de gestion des services à l’échelle d’un éco quartier.
4 Ce passage d’une approche par les infrastructures à une approche par les services, l’un n’excluant pas l’autre, questionne le mode de faire des acteurs de l’urbain. Les grands acteurs français du BTP comme Bouygues, Vinci… diversifient aujourd’hui leurs activités vers les services à travers la création de filiales spécialisées [1], mais c’est aussi le métier d’aménageur qui est amené à évoluer afin d’intégrer dès la conception d’une opération les services qui pourront être rendus par le développement des outils numériques, leur mode de gestion et derrière tout cela, les nouvelles modalités de financement de l’aménagement qui en découlent [2].
Les TIC, accélérateurs de transformation
5 Les pratiques des professionnels de l’urbain seront également amenées à évoluer du fait d’un recours accru aux outils numériques. La visualisation de projets en 3D permet d’imaginer et de tester des solutions d’aménagement, d’associer les acteurs concernés et de visualiser les résultats. D’ores et déjà des villes françaises comme Rennes utilisent ce type d’outil qui favorise la co-construction des projets.
6 Si le développement des TIC questionne la fabrique de la ville, elles contribuent également à accélérer les transformations que connaissent aujourd’hui les services urbains traditionnels. Dans le cas de la mobilité, les systèmes d’informations multimodaux, qu’il s’agisse d’initiatives publiques comme Optimod [3] à Lyon ou privées comme Waze [4], facilitent la mobilité en permettant notamment d’organiser ses déplacements en fonction du trafic. Mais plus radicalement, des services de co-voiturage comme BlaBlaCar dont l’essor a été rendu possible par Internet, ont profondément modifié les pratiques de déplacement de nombres de personnes. Le même constat peut être fait avec les nombreux services d’auto ou de vélo-partage qui mettent en avant l’usage du véhicule plutôt que sa propriété.
7 Dans d’autres secteurs comme celui de l’énergie où, les réseaux intelligents permettent de mieux adapter l’offre à la demande et ainsi d’économiser la ressource. Au-delà d’une amélioration de la performance du service, elles amènent à reconsidérer les modalités qui sous-tendent leur délivrance. Dans le cas des services concédés comme l’eau, la rémunération des concessionnaires qui était jusqu’à présent basée sur les volumes distribués ne devrait-elle pas maintenant être calculée sur les économies réalisées et la qualité du service rendu ?
De nouveaux acteurs dans le champ de la ville
8 L’amélioration de la gestion urbaine, qui constituera certainement un des enjeux forts du Nouvel Agenda Urbain passe également par la possibilité d’utiliser les TIC pour créer des synergies entre réseaux, permettant une optimisation croisée des infrastructures et des flux et une meilleure qualité des services rendus aux usagers. Les smart grids marient réseaux d’énergie et réseaux de communication, le réseau d’éclairage public devient réseau de communication [5] et de nombreuses villes en France comme en Europe développent actuellement des projets de plateformes de données urbaines afin de mettre en commun des données provenant de différentes sources (énergie, trafic, qualité de l’air, espaces verts..) pour offrir de nouveaux services.
9 Dans les faits, on constate que si la technologie ouvre de nombreuses possibilités, la mise en œuvre de tels dispositifs se heurte à des difficultés liées à la prééminence des logiques de silos au sein des collectivités nécessitant de mettre en place une gouvernance adaptée pouvant se traduire dans certains cas par la création d’un poste de chief digital officer chargé de coordonner les différents initiatives comme à Mulhouse avec la création d’une mission dédiée directement rattachée au directeur général des services [6].
10 Le besoin de nouvelles compétences, l’émergence de nouveaux métiers s’accompagne aujourd’hui de l’arrivée dans le champ de la ville de nouveaux acteurs porteurs de leur approche de la smart city.
11 Outre les entreprises du BTP ou des services urbains qui se positionnent sur ces nouveaux marchés en créant des filiales ou des jointventure, on voit apparaître de nouveaux acteurs venant du monde des communications. IBM et CISCO ont développé une offre smart city (IBM a été le premier à parler de smart city), depuis plusieurs années mais c’est aujourd’hui Google, Apple et autre GAFA qui se positionnent activement sur ce marché.
La place de plus en plus importante des usagers
12 Ces entreprises véhiculent leur propre vision de la smart city : IBM propose d’optimiser le fonctionnement des infrastructures et des équipements en modélisant les données recueillies par des capteurs, alors que Google propose de simplifier la ville grâce à l’analyse des données produites par l’activité urbaine (données émises par les smartphones ou par les véhicules). Beaucoup s’inquiètent aujourd’hui que l’on puisse donner les clés de la ville à ces entreprises. Cette préoccupation est d’autant plus justifiée dans les pays du Sud où le niveau de compétence dans les collectivités reste faible et le rapport de force déséquilibré.
13 Dans les pays européens et notamment en France, les collectivités ont pris conscience de l’intérêt de développer de nouvelles formes de partenariat public-privé. Alors que les villes pionnières en matière de smart cities comme Nice ou Montpellier ont pu être perçues comme des territoires d’expérimentations pour des entreprises comme IBM ou CISCO, progressivement les relations public / privé ont évolué, les entreprises et les villes collaborant dès l’amont et pendant toute la durée du projet.
14 Un autre groupe d’acteurs prend une place de plus en plus importante, ce sont les usagers de la ville eux-mêmes qui, à travers l’utilisation d’outils numériques, participent de plus en plus activement à la vie urbaine. Certains n’ont malheureusement pas conscience qu’en utilisant leur smartphone, ils produisent des données sur leur localisation ou leur consommation qui sont ensuite récupérées pour gérer le trafic ou à des fins commerciales. D’autres au contraire de manière volontaire utilisent les outils de communication pour signaler un problème sur la voirie, donner un avis, faire remonter auprès des élus ou des responsables toutes sortes d’informations ou communiquer entre eux. Ces approches bottom up facilitées par les développements des TIC obligent les élus à mieux prendre en compte l’expression des habitants et questionnent l’exercice de la démocratie locale.
Le terme de ville intelligente est lié à l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) alors qu’en fait l’intelligence vient de ceux et celles qui font la ville.
Le terme de ville intelligente est lié à l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) alors qu’en fait l’intelligence vient de ceux et celles qui font la ville.
Des données créatrices de valeur
15 Nouveaux modes de conception et de gestion des villes, offre diversifiée de services, gouvernance partagée, autant de bouleversements que connaissent et connaîtront les villes dans les années à venir. L’enjeu aujourd’hui est de les maitriser et non pas de les subir et les pouvoirs publics ont un rôle à jouer dans plusieurs domaines.
16 En premier lieu pour favoriser l’accès aux TIC pour tous les territoires et pour toutes les catégories sociales. En France, la loi sur la République numérique et le Plan très haut débit visent cet objectif ; dans les pays moins avancés, il convient d’adapter les technologies et les services au contexte local et de prendre les mesures d’accompagnement nécessaires notamment en matière de formation et de renforcement des compétences locales.
17 Un autre domaine concerne l’accès et la gestion des données qui sont essentielles à la mise en œuvre de politiques urbaines touchant à l’environnement, l’urbanisme, la mobilité ou le développement économique local. La donnée est aujourd’hui créatrice de valeur comme l’ont bien compris les entreprises du numérique qui se positionnent activement sur le marché de la « ville intelligente ».
18 Face à cela il est essentiel que les pouvoirs publics se mobilisent pour défendre des enjeux d’éthique, de justice et de bien commun et le Nouvel Agenda Urbain offre un cadre pour cette mobilisation.