Étude de l'activité antibactérienne et identification des substances bioactives de différents extraits de Myrtus communis
- Par K.A. Belhadji,
- M. Bouzouina
- et A. Addou
Pages 288 à 301
Citer cet article
- BELHADJI, K.A.,
- BOUZOUINA, M.
- et ADDOU, A.,
- Belhadji, K.A..,
- et al.
- Belhadji, K.-A.,
- Bouzouina, M.
- et Addou, A.
https://doi.org/10.3166/phyto-2022-0333
Citer cet article
- Belhadji, K.-A.,
- Bouzouina, M.
- et Addou, A.
- Belhadji, K.A..,
- et al.
- BELHADJI, K.A.,
- BOUZOUINA, M.
- et ADDOU, A.,
https://doi.org/10.3166/phyto-2022-0333
Introduction
1 De nos jours, les infections urinaires sont un véritable problème de santé publique puisque, à l'heure actuelle, de nombreux patients en sont victimes et notamment les femmes, parfois de façon répétée et avec des risques de complications importantes [1,2]. L'infection urinaire peut engendrer dans certains cas la lithiase d'infection. Cette maladie est caractérisée par la formation de dépôts solides insolubles, dans l'appareil excréteur sous l'influence de l'uréase bactérienne [3]. Ce sont des calculs graves du fait de la morbimortalité infectieuse et néphrologique qu'ils induisent [4]. Les genres bactériens les plus communément identifiés par l'ECBU, impliqué dans cette pathologie, sont le Proteus et Staphyloccocus [5,6]. L'éradication de l'infection repose sur une antibiothérapie adaptée et suffisamment prolongée pour assurer la stérilisation durable de l'appareil urinaire. Progressivement, les infections sont devenues difficiles à traiter, et nous assistons de plus en plus à des impasses thérapeutiques [7]. L'introduction des antibiotiques en thérapeutique a révolutionné le traitement des maladies infectieuses. Malheureusement, nous sommes aujourd'hui rattrapés par la résistance aux antibiotiques [8]. Cette dernière constitue aujourd'hui l'une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement [9]. En effet, les bactéries pathogènes, grâce à leur flexibilité et plasticité génétique, sont capables de mettre en place un programme de résistance spécifique contre un antibiotique particulier [10]. Certaines souches arrivent à rétablir une multirésistance vis-à-vis de plusieurs antibiotiques donnant souvent lieu à des bactéries multirésistantes [11].
2 Face à ce problème, la quête de nouvelles substances anti-infectieuses d'origine naturelle est devenue un intérêt économique et de santé publique. Elles contiennent généralement une grande variété de métabolites secondaires capables d'inhiber ou de ralentir la croissance des bactéries [12]. Elles agissent en profondeur en stimulant les bonnes réactions sans effets secondaires. Leur efficacité repose avant tout sur le choix des plantes et leur dosage. Certains phytomédicaments permettent d'inhiber les mécanismes de diffusion des microbes de l'arbre urinaire [13]. Les substances naturelles et les plantes en particulier représentent une immense source de molécules bioactives, avec souvent des structures très originales [14].
3 Depuis des décennies, la population algérienne utilise les plantes aromatiques et médicinales dans le traitement des maladies, notamment Myrtus communis (Arayhan) connu pour ses propriétés biologiques : activités antioxydantes [15], anti-inflammatoires [16], cytotoxiques et antimicrobiennes [17,18].
4 Myrtus communis (famille des myrtacées) est un arbuste aromatique vivace à feuillage persistant ou petit arbre de 1 à 3 m de hauteur avec un petit feuillage et une écorce fissurée profonde. Il est originaire d'Europe du Sud, d'Afrique du Nord et d'Asie occidentale. Il est réparti en Amérique du Sud, dans le nord-ouest de l'Himalaya et en Australie et largement répandu dans la région méditerranéenne [19]. Bouzabata [20] a montré que le genre Myrtus comprend deux espèces, Myrtus communis (connu sous le nom de myrte commun) en croissance sauvage tout autour du bassin méditerranéen et Myrtus nivellei (connu sous le nom de myrte saharien), trouvé au Sahara central. L'Algérie est le seul pays qui abrite les deux espèces, Myrtus communis au nord et Myrtus nivellei au sud. Les deux huiles essentielles issues de ces deux plantes ont des applications potentielles en santé humaine [21,22].
5 Plusieurs études ont montré que les extraits des feuilles de myrte contiennent significativement une plus grande quantité de composés phénoliques totaux que les extraits de baies [23,24]. En effet, les polyphénols sont des composés naturels largement répandus dans le règne végétal qui ont une importance croissante, grâce notamment à leurs effets bénéfiques sur la santé [25]. Ainsi, l'identification et la quantification des composés polyphénoliques dans les feuilles de Myrtus communis semblent intéressantes d'un point de vue biologique et écophysiologique.
6 Cette étude s'inscrit dans le cadre d'une recherche sur la valorisation des substances bioactives naturelles dotées d'activité antibactérienne. L'objectif de ce travail est l'étude phytochimique et l'évaluation in vitro de l'activité antibactérienne des extraits des feuilles de Myrtus communis contre deux souches pathogènes responsables de l'infection des voies urinaires. La caractérisation des groupes chimiques permettra d'expliquer les effets thérapeutiques. Nous rapportons des données sur les procédures d'extraction et de purification, l'identification et la quantification par chromatographie liquide à haute performance (CLHP) des composés polyphénoliques dans les feuilles de Myrtus communis.
Matériel et méthodes
Matériel végétal
7 L'espèce Myrtus communis a été sélectionnée parmi les plantes médicinales les plus utilisées dans la région de Ténès département de Chleff. Ténès est une ville côtière sur la mer Méditerranée (36° 30′ 44″ N, 1° 18′ 16″ E ; altitude : 27 m), localisée au nord de l'Algérie, à 215 km à l'ouest d'Alger. Le matériel végétal est constitué de feuilles fraîches récoltées pendant le printemps. La plante a été lavée à l'eau courante, puis séchée à l'ombre sous ventilation à l'abri de la lumière et à température ambiante pendant un mois. Après séchage, elle a été broyée et tamisée pour obtenir une poudre fine qui a servi pour la préparation des extraits. Elle a été conservée dans un flacon hermétique à l'abri de la lumière à température ambiante.
Préparation des extraits des feuilles de Myrtus communis
8 Différents types d'extraits ont été préparés à partir de la poudre des feuilles de la plante : décoction, macération, digestion et solvants organiques. Les solvants les plus fréquemment utilisés pour la préparation des extraits de myrte ont été l'eau, le méthanol (MeOH), l'éthanol (EtOH), l'éther de pétrole (EP) et le dichlorométhane (DCM).
Décoction
9 La décoction a été effectuée à 10 %. Deux cent cinquante grammes de poudre ont été mis dans 2 500 ml d'eau distillée et portés à ébullition pendant 15 minutes puis pendant 1 heure. Cela afin d'étudier l'effet du temps de décoction sur la qualité de l'extrait. Le mélange refroidi a été filtré et concentré dans un évaporateur rotatif (BUCHI, Suisse) à 40 °C et conservé dans des bocaux stériles à –20 °C.
Macération
10 Une macération aqueuse a également été effectuée sur 50 g de poudre avec 500 ml d'eau pendant 24 heures. L'extrait récupéré après filtration (marc) a été concentré au Rotavapor® à 40 °C et conservé à –20 °C.
Digestion à 50 °C
11 250 g de poudre ont été mis dans 2500 ml d'eau distillée et portés à 50 °C pendant 3 h. Après filtration, l'extrait a été également concentré par Rotavapor® à 40 °C et conservé à-20 °C.
Extraction par des solvants à polarité croissante
12 La préparation des extraits bruts organiques a été effectuée par épuisement successif du matériel végétal par quatre solvants à polarités croissantes : EP, DCM, MeOH et EtOH [26]. Les solvants de grade analytique utilisés ont été fournis par Sigma-Aldrich : EP (≥ 95 % ; CAS : 101316-46-5), DCM (≥ 99,8 % ; CAS : 75-09-2), MeOH (≥ 99,6 % ; CAS : 67-56-1), EtOH (≥ 99,8 % ; CAS : 64-17-5).
13 Deux cent cinquante grammes de poudre de la plante ont été placés sous agitation pendant 24 heures dans 500 ml de chacun des solvants organiques précédents. Cette opération est répétée trois fois pour chaque solvant. À la fin de l'extraction et après filtration, la poudre récupérée a été séchée à température ambiante pendant 24 heures. 1,5 l d'eau distillée est ajouté à x g de cette poudre et porté à 100 °C pendant 3 heures. Tous les extraits sont ensuite concentrés sous vide à 40 °C à l'aide d'un Rotavapor® et conservés à –20 °C. Les étapes de l'extraction sont résumées sur la figure 1.
Protocole expérimental de l'extraction par les solvants organiques
Protocole expérimental de l'extraction par les solvants organiques
Étude phytochimique
14 Les principaux constituants chimiques de Myrtus communis ont été caractérisés par des réactions colorées. Les réactifs de caractérisation classiques suivants sont utilisés pour mettre en évidence certains groupes chimiques (Tableau 1) : les alcaloïdes (réactifs de Dragendroff et de Meyer), les composés réducteurs (réactif de Fehling), les flavonoïdes (réaction de la cyanidine), les saponosides (indice de mousse), les tanins (chlorure ferrique), les stérols et les polyterpènes (réaction de Liebermann-Burchard).
Tableau synthétique des groupes chimiques, réactions d'identification et indicateurs utilisés
| Groupes chimiques | Réactifs d'identification | Indicateur (réaction positive) |
|---|---|---|
| Stérols et polyterpènes | Anhydride acétique Acide sulfurique concentré | Apparition à l'interphase d'un anneau pourpre ou violet, virant au bleu puis au vert [27] |
| Polyphénols | Chlorure ferrique FeCl3 (2 %) | Apparition d'une coloration bleu noirâtre ou vert plus ou moins foncé [28] |
| Flavonoïdes | Alcool chlorhydrique, copaux de magnésium, alcool isoamylique | Dégagement de chaleur puis coloration rose orange ou violacée [29] |
| Tanins galliques | Formaldéhyde, acide chlorhydrique concentré | Précipité gélatineux (en gros flocons) [30] |
| Tanins catéchiques | Acétate de sodium, chlorure ferrique | Coloration bleu-noir intense [31] |
| Quinones | Ammoniac | Apparition d'une coloration allant du rouge au violet [32] |
| Saponines | Indice de mousse | Apparition d'une mousse persistante [33] |
| Composés réducteurs | Réactif de Fehling | Précipité rouge brique [27] |
| Anthraquinones | Hydroxyde de potassium aqueux KOH 10 % | Virage de la phase aqueuse au rouge [32] |
| Hétéroside cyanogène | Papier picrosodé avec chauffage | Virage du papier jaune à l'orange [34] |
| Alcaloïdes | Dragendorff (solution iodobismuthate de potassium) | Précipité de coloration brun-rougeâtre [27] |
Tableau synthétique des groupes chimiques, réactions d'identification et indicateurs utilisés
Étude de l'effet des extraits de Myrtus communis sur les bactéries
Micro-organismes
15 Les germes utilisés dans la détermination de l'activité antibactérienne des différents extraits de cette plante sont mentionnés dans le tableau 2. Ils ont été fournis par l'American Type Culture Collection (ATCC). Pour le Proteus mirabilis, nous avons ajouté une souche clinique isolée chez des patients souffrant de la lithiase d'infection.
Liste des souches bactériennes testées
| Souches testées | N° ATCC | Gram |
|---|---|---|
| Staphylococcus aureus | 25923 | + |
| Proteus mirabilis | 43862 | – |
| Proteus mirabilis | Souche clinique | – |
Liste des souches bactériennes testées
16 C'est la bactérie la plus communément identifiée par l'ECBU, impliquée dans cette pathologie, ce qui permettra de comparer l'effet des extraits de cette plante sur la souche clinique et celle de référence.
Étude de l'activité antibactérienne
17 Les extraits obtenus ont été pesés, dissous dans le diméthylsulfoxyde (DMSO) de façon à obtenir une concentration finale de 100 mg/ml, filtrés et conservés à +4 °C. Pour l'étude de l'activité antibactérienne, nous avons adopté la méthode de diffusion en milieu gélosé [35]. En bref, des disques de papier buvard vierges de 6 mm de diamètre numérotés ont été imprégnés avec 10 μl d'extrait préparé (100 mg/ml). Ces derniers sont mis en contact avec le milieu de culture Mueller-Hinton, préalablement ensemencé avec un inoculum des souches bactériennes dans des boîtes de Petri. Un disque imprégné par 10 μl de DMSO est considéré comme témoin. Les boîtes sont incubées à +37 °C. Après 24 heures d'incubation, l'activité antibactérienne est évaluée en mesurant le diamètre des zones d'inhibition de chaque souche bactérienne en millimètres. L'absence de la zone d'inhibition est traduite par l'absence de l'activité antibactérienne.
18 L'étude a consisté à déterminer la concentration minimale inhibitrice et bactéricide (CMI et CMB) des extraits de Myrtus communis en adoptant la méthode de la macrodilution en milieu liquide [36].
Détermination des paramètres antibactériens
19 La détermination des paramètres d'inhibition (CMI et CMB) permet de caractériser la nature de l'effet établi par un extrait sur un micro-organisme donné.
Concentration minimale inhibitrice
20 La CMI est la plus faible concentration d'antimicrobien capable d'inhiber toute croissance visible de micro-organismes après un temps d'incubation de 18 à 24 heures [36]. Elle est déterminée par la mesure de la turbidité induite par la croissance des germes étudiés. La CMI correspondra donc à la plus petite concentration qui a provoqué l'absence de turbidité.
Concentration minimale bactéricide
21 La CMB est la concentration de l'antimicrobien qui laisse au plus 0,01 % de germes survivants. Pour sa détermination, le tube témoin a été dilué jusqu'à 10–4 représentant 0,01 % de survie. Cette dilution est repiquée par strie de 5 cm sur une gélose Muller-Hinton puis incubée à 37 °C pendant 24 heures.
22 Le nombre de germes obtenus sur la strie de la dilution 10–4 est comparé à celui de chaque concentration de l'antimicrobien, également repiqué par strie de 5 cm. Ainsi, la première concentration dont le nombre de germes présents sur sa strie est inférieur ou égal à celui de la dilution 10–4 correspondra à la CMB [36].
Dosage et caractérisation des composés phénoliques par CLHP
23 La CLHP est la méthode la plus communément utilisée pour l'identification et la quantification des différents composés phénoliques [37]. Elle a été employée pour la première fois pour la détermination des flavonoïdes en 1976 par Fisher et Wheaton [38]. Les composés phénoliques ont été analysés par un système Agilent 1100, en utilisant une colonne C18. Les composés ont été séparés selon les gradients de solvant A (eau/acétonitrile) et B (MeOH) décrits par Buer et al. [39] et détectés à 280 nm avec un détecteur DAD 5190–800 nm. La concentration des composés phénoliques identifiés a été calculée en corrélant l'aire des pics mesurés avec les courbes d'étalonnage obtenues par des standards (fournis par Sigma-Aldrich) : la quercétine, la catéchine, l'acide caféique, l'acide gallique, etc. Pour chacun des extraits, une dilution à raison de 1/20, à partir de la solution mère a été adoptée.
Résultats et discussion
Analyse phytochimique
24 La mise en évidence des différentes classes de métabolites secondaires constituant une plante nous permet d'avoir une bonne idée sur ses activités pharmacologiques. Les résultats de la caractérisation des groupes chimiques dans les extraits de feuilles de Myrtus communis sont résumés dans le tableau 3. Ce dernier montre la présence intense de flavonoïdes (leucoanthocyanes et cyanidines). Les flavonoïdes cyanidiques détectés sont de type flavonol d'après la réaction dite à la cyanidine.
Résultat de la caractérisation des groupes chimiques dans des extraits de feuilles de Myrtus communis
| Groupes chimiques | Résultats des réactions en tubes |
|---|---|
| Tanins catéchiques | – |
| Tanins galliques | +++ |
| Anthraquinone | +++ |
| Saponoside | – |
| Alcaloïde | – |
| Stérols et terpènes | ++ |
| O-hétéroside à génine réduite | + |
| Flavonoïdes leucoanthocyanes | ++++ |
| Flavonoïdes cyanidine (flavonols, flavanols) | ++++ |
| Hétéroside cyanogénétique | – |
| Coumarines | + |
| Composés réducteurs | – |
| Mucilage | + |
| Oses et hétérosides | – |
Résultat de la caractérisation des groupes chimiques dans des extraits de feuilles de Myrtus communis
(–) Absence ; (+) : Présence ; (++) : Abondant ; (+++) : Très abondant ; (++++) : Très très abondant25 Il a été rapporté [40] que les extraits de plantes riches en flavonoïdes possèdent une activité antimicrobienne grâce à leur structure caractérisée par la présence de groupes phénoliques et d'autres fonctions chimiques [41].
26 Les tanins galliques et les anthraquinones sont très abondants dans les feuilles de Myrtus communis, par contre, les stérols et les terpènes sont moins présents. Les résultats de l'étude de Kanoun et al. [42] ont montré des résultats comparables à notre étude confirmant que les tanins sont présents avec une intensité importante dans l'extrait aqueux des feuilles de Myrtus communis de la région de Honaine (Tlemcen, Algérie). Des travaux similaires ont montré par des tests phytochimiques que les feuilles de Myrtus communis contiennent des tanins, des flavonoïdes et des huiles volatiles [43]. La présence de mucilage et de coumarine dans la plante étudiée peut conférer à la plante des propriétés antibactériennes [27]. Les alcaloïdes, les O-hétérosides à génine réduite et les saponosides se trouvaient en très faibles quantités ou inexistants dans cette plante. On note l'absence totale des saponines dans l'extrait aqueux des feuilles de Myrtus communis. Nos résultats sont en accord avec ceux de Hasegawa et al. [44]. Par contre, Belmimoun et al. [45] ont montré la présence marquée des saponines dans l'extrait éthanolique (préparé par macération à froid) de Myrtus communis. Cela pourrait s'expliquer par la sensibilité de ces substances à la chaleur.
Étude de l'activité antibactérienne
27 Les résultats des diamètres des zones d'inhibition des différents extraits de Myrtus communis sur la gamme de bactéries pathogènes sont représentés dans le tableau 4.
Résultats des diamètres des zones d'inhibition (mm) des extraits de Myrtus communis sur les bactéries pathogènes étudiées
| Staphylococcus aureus ATCC 25923 | Proteus mirabilis Souche clinique | Proteus mirabilis ATCC 43862 | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Extraits | Diamètre | Extraits | Diamètre | Extraits | Diamètre |
| Éther de pétrole | 28 | Méthanol | 26 | Méthanol | 28 |
| Méthanol | 27 | Solution aqueuse 100 °C SA | 25 | Éther de pétrole | 26 |
| Solution aqueuse 100 °C | 25 | Dichlorométhane DCM | 24 | Solution aqueuse 100 °C | 25 |
| Digestion | 22 | Éther de pétrole | 21 | Éthanol | 18 |
| Éthanol | 21 | Éthanol | 19 | Dichlorométhane | 17 |
| Dichlorométhane | 20 | Décoction 15 minutes | 14 | Infusion | 16 |
| Macération | 19 | Infusion | 14 | Digestion | 16 |
| Décoction 15 minutes | 18 | Décoction 1 heure | 14 | Décoction 15 minutes | 15 |
| Infusion | 17 | Macération | R | Décoction 1 heure | 13 |
| Décoction 1 heure | 12 | Digestion | R | Macération | 10 |
| DMSO | 06 | DMSO | 08 | DMSO | 08 |
| Antibiotique de référence (gentamicine) | 06 | Antibiotique de référence (gentamicine) | 16 | Antibiotique de référence (gentamicine) | 19 |
Résultats des diamètres des zones d'inhibition (mm) des extraits de Myrtus communis sur les bactéries pathogènes étudiées
R : résistant28 Les extraits de la plante exercent un effet inhibiteur variable sur les bactéries testées, selon le solvant utilisé dans l'extraction (Tableau 4). La qualité de l'extrait dépend du solvant utilisé dans l'extraction, en raison de sa polarité [46].
29 Les valeurs des zones d'inhibition étaient dans la gamme de 18 à 28 mm pour les extraits organiques et entre 8 et 22 mm pour les extraits aqueux. Toutefois, les extraits de myrte sont nettement plus efficaces que l'antibiotique de référence testé sauf pour Proteus mirabilis où l'antibiotique a inhibé la croissance de cette bactérie et a engendré des zones d'inhibition assez importantes, à savoir 16 et 19 mm de diamètre contre Proteus mirabilis souche clinique et Proteus mirabilis souche de référence respectivement. Dans une étude similaire, Dulger et Gonuz. [47] ont montré que les différents antibiotiques possédaient des effets distincts sur les bactéries testées. Ces effets sont inférieurs à ceux des extraits de Myrtus communis.
30 L'inactivité du solvant utilisé pour dissoudre ces extraits (DMSO) a été examinée. Un extrait est considéré actif lorsqu'il induit une zone d'inhibition supérieure ou égale à 10 mm [48]. De ce fait, la plupart des extraits de Myrtus communis agissent de manière très active sur toutes les bactéries testées. Dans l'ensemble, les extraits des solvants organiques sont plus actifs que ceux des extraits aqueux. Les extraits EP (28, 26 et 21 mm) et MeOH (28, 27 et 26 mm) agissent de façon remarquable sur l'ensemble des souches testées. L'extrait EP apolaire), malgré sa teneur normalement faible en polyphénols, montre une activité antimicrobienne assez élevée. L'importante action antibactérienne démontrée par cet extrait est reliée à sa composition en huiles essentielles réputées avoir une très grande action antimicrobienne [49]. De même, l'extrait préparé par le MeOH a engendré un effet antimicrobien avec des zones d'inhibition qui varient entre 26 et 28 mm. La solution aqueuse a provoqué le même effet antibactérien chez toutes les bactéries avec des zones d'inhibition similaires avec un diamètre de 25 mm.
31 L'extrait de la décoction à 15 minutes reste plus efficace que celui de la décoction d'une heure sur toutes les bactéries testées. Cela peut s'expliquer par la thermolabilité des biocides issus de cet extrait. Mansouri et al. ont également étudié l'activité antibactérienne de l'extrait méthanolique de Myrtus communis contre 10 bactéries, dont 6 à Gram positif (Staphylococcus aureus, Micrococcus luteus, Streptococcus pneumoniae, Streptococcus pyogenes, Streptococcus agalactiae, Listeria monocytogenes) et 4 à Gram négatif (Escherichia coli, Proteus vulgaris, Pseudomonas aeruginosa et Campylobacter jejuni). L'extrait brut a inhibé la croissance de toutes les bactéries testées, à l'exception de Campylobacter jejuni [50].
32 Dans l'étude réalisée par Messaoud et al. [51], les inhibitions les plus fortes pour toutes les perfusions ont été obtenues contre Proteus mirabilis et Shigella flexneri. À l'inverse de nos résultats, l'effet le plus important contre Proteus mirabilis a été enregistré avec les extraits organiques par rapport aux extraits aqueux (Fig. 2).
L'activité antibactérienne des extraits de Myrtus communis sur Proteus mirabilis souche de référence. Extraits : 6-éther de pétrole, 7-méthanol, 8-dichlorométhane, 9-éthanol, 10-solution aqueuse 100 °C, 11-décoction 15 minutes, 12-décoction 1 heure, 13-digestion, 14-macération, 15-infusion
L'activité antibactérienne des extraits de Myrtus communis sur Proteus mirabilis souche de référence. Extraits : 6-éther de pétrole, 7-méthanol, 8-dichlorométhane, 9-éthanol, 10-solution aqueuse 100 °C, 11-décoction 15 minutes, 12-décoction 1 heure, 13-digestion, 14-macération, 15-infusion
33 On remarque que les différentes souches de bactéries testées réagissent différemment aux extraits de cette plante, même s'il s'agit de deux souches d'une même espèce. Pour Proteus mirabilis, la souche clinique s'est montrée un peu plus résistante que la souche de référence (Fig. 3), ce qui prouve le caractère mutagène de ces souches, leur permettant ainsi d'acquérir la résistance aux antibiotiques et aux biocides. Ce résultat reflète ce qui est fréquemment rapporté dans la littérature montrant que les bactéries à Gram négatif sont toujours plus résistantes au traitement que les souches à Gram positif [52].
L'activité antibactérienne des extraits de Myrtus communis sur Proteus mirabilis souche clinique. Extraits : 16-éther de pétrole, 17-dichlorométhane, 18-éthanol, 19-méthanol, 20-solution aqueuse 100 °C, 21-décoction 15 minutes, 22-décoction 1 heure, 23-digestion, 24-macération, 25-infusion
L'activité antibactérienne des extraits de Myrtus communis sur Proteus mirabilis souche clinique. Extraits : 16-éther de pétrole, 17-dichlorométhane, 18-éthanol, 19-méthanol, 20-solution aqueuse 100 °C, 21-décoction 15 minutes, 22-décoction 1 heure, 23-digestion, 24-macération, 25-infusion
34 L'activité antibactérienne la plus importante et la plus efficace a été enregistrée avec Staphylococcus aureus. Tous les extraits de Myrtus communis ont réagi positivement avec cette bactérie (Fig. 4). Les plus grands diamètres de zone d'inhibition ont été remarqués sur cette souche (12–28 mm) comparativement aux autres bactéries. L'activité de quelques extraits aqueux était aussi importante comme le cas de l'infusion, de la décoction de 15 minutes et de la digestion dont les zones d'inhibition enregistrées étaient 17, 18 et 22 mm de diamètre respectivement. Ces extraits ont présenté une sensibilité aux températures élevées (au-delà de 50 °C) pendant la préparation.
L'activité antibactérienne des extraits de Myrtus communis sur Staphylococcus aureus. Extraits : 31-éther de pétrole, 32-dichlorométhane, 33-éthanol, 34-méthanol, 35-solution aqueuse 100 °C, 36-décoction 15 minutes, 37-décoction 1 heure, 38-digestion, 39-macération, 40-infusion
L'activité antibactérienne des extraits de Myrtus communis sur Staphylococcus aureus. Extraits : 31-éther de pétrole, 32-dichlorométhane, 33-éthanol, 34-méthanol, 35-solution aqueuse 100 °C, 36-décoction 15 minutes, 37-décoction 1 heure, 38-digestion, 39-macération, 40-infusion
35 Ces résultats concordent avec ceux trouvés par Taheri et al. [53] qui ont montré l'effet antibactérien de l'extrait hydroalcoolique des feuilles de myrte sur certaines bactéries pathogènes, en particulier Staphylococcus aureus et Vibrio chloreae. De même, Amensour et al. [54] ont montré que l'extrait méthanolique des feuilles de Myrtus communis possède la plus forte activité antibactérienne contre les souches à Gram positif et surtout contre Staphylococcus aureus et Listeria monocytogenes.
36 Dans une étude comparative entre l'activité antibactérienne de l'huile essentielle isolée des feuilles de myrte algérien et tunisien contre cinq bactéries testées, il s'est avéré que le myrte tunisien agit beaucoup plus sur Staphylococcus aureus avec une zone d'inhibition qui peut atteindre 23 mm, alors que pour le myrte algérien l'activité la plus élevée a été observée contre Escherichia coli ATCC10536, avec une zone d'inhibition de 15 mm de diamètre [55].
37 Kerdudo et al. [56] ont confirmé que l'extrait éthanolique de la partie aérienne de Myrtus communis provoque une inhibition importante de Staphylococcus aureus, ce qui est en accord avec nos résultats, puisque l'extrait éthanolique a inhibé cette bactérie en provoquant une zone d'inhibition de 21 mm de diamètre.
38 On peut expliquer ces résultats par le fait que Staphylococcus aureus appartient aux Gram + et que Proteus mirabilis appartient aux Gram –. La différence de structure de l'enveloppe bactérienne entre les deux groupes justifie les résultats trouvés. L'enveloppe des bactéries à Gram positif ne possède pas de récepteurs spécifiques facilitant ainsi la pénétration des agents chimiques dans les cellules [57], alors que la membrane externe de la paroi des bactéries à Gram négatif peut jouer un rôle de barrière face aux biocides.
Détermination de la concentration minimale inhibitrice et bactéricide
39 La détermination des paramètres d'inhibition (CMI et CMB) permet de confirmer, de quantifier et de comparer les activités et de caractériser la nature de l'effet révélé par un extrait sur un micro-organisme donné.
40 Les tubes expérimentaux numérotés de 1 à 6 contiennent à la fois différents germes et l'extrait de Myrtus communis. Dans ces tubes, on note que les concentrations croissantes en extrait végétal 0,5 mg/ml : 0,93 ; 1,87 ; 3,75 ; 7,50 et 15 mg/ml provoquent une diminution progressive de la turbidité (croissance des germes).
41 Les résultats obtenus avec les extraits ayant présenté des zones d'inhibition supérieures à 10 mm de diamètre sont reportés dans le tableau 5. Ils montrent que les extraits ayant induit une importante zone d'inhibition présentent les plus faibles CMI sur les souches testées. C'est le cas de la majorité des extraits organiques de la plante dont les CMI variaient entre 0,93 et 3,75 mg/ml. Pour le reste (extraits aqueux), les CMI sont plus élevées. Pour Staphylococcus aureus et Proteus mirabilis souches de référence, la plus faible CMI, à savoir 0,93 mg/ml, a été enregistrée avec les extraits de MeOH et d'EP. Par contre, la CMI de la souche clinique de Proteus mirabilis était plus élevée (1,87 mg/ml) avec l'extrait méthanolique. En général, la concentration minimale inhibitrice est égale à la CMB pour l'ensemble de bactéries et des extraits. Ces résultats sont identiques aux travaux d'Alem et al. [58] qui ont également montré que la CMB de l'extrait brut du myrte pour la plupart des micro-organismes testés était similaire à la concentration inhibitrice minimale, à savoir 0,5 mg/ml pour Staphylococcus aureus et 2,5 mg/ml pour Proteus mirabilis. Dans une étude similaire, Besufekad et al. [18] ont suggéré que les extraits du n-hexane et du MeOH des feuilles de Myrtus communis sont utilisés dans le traitement des infections causées par les souches d'Escherichia coli et de Staphylococcus aureus avec des CMI de 3,125 et 12,5 mg/ml. Par contre, l'extrait au chloroforme sera utilisé dans le traitement des infections causées par le Fusarium oxysporium. Gortzi et al. [59] ont également confirmé l'activité des extraits hydroalcooliques des feuilles de myrte. Ils ont inhibé Staphylococcus aureus avec une faible CMI (0,2 mg/ml) ; ils étaient moins efficaces contre Escherichia coli et Vibrio cholerae (8 et 2 mg/ml, respectivement) et inefficaces contre Pseudomonas aeruginosa.
Les concentrations minimales inhibitrices CMI (mg/ml) et les concentrations bactéricides CMB (mg/ml) des extraits de Myrtus communis
| Extraits | Staphylococcus aureus ATCC 25923 | Proteus mirabilis Souche clinique | Proteus mirabilis ATCC 43862 | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| CMI | CMB | CMB/CMI | Pouvoir | CMI | CMB | CMB/CMI | Pouvoir | CMI | CMB | CMB/CMI | Pouvoir | |
| Éther de pétrole | 0,93 | 0,93 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 0,93 | 0,93 | 1 | Bactéricide |
| Dichlorométhane | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide |
| Méthanol | 0,93 | 0,93 | 1 | Bactéricide | 1,87 | 1,87 | 1 | Bactéricide | 1,87 | 1,87 | 1 | Bactéricide |
| Éthanol | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide |
| Solution aqueuse 100 °C | 1,87 | 1,87 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 1,87 | 1,87 | 1 | Bactéricide |
| Décoction 15 minutes | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | 7,50 | 7,50 | 2 | Bactéricide | 7,50 | 7,50 | 1 | Bactéricide |
| Décoction 1 heure | 15 | 15 | 1 | Bactéricide | 3,75 | 15 | 4 | Bactériostatique | 7,50 | 7,50 | 1 | Bactéricide |
| Digestion | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | nd | nd | nd | Résistant | 7,50 | 7,50 | 1 | Bactéricide |
| Macération | 3,75 | 3,75 | 1 | Bactéricide | nd | nd | nd | Résistant | nd | nd | nd | nd |
| Infusion | 7,50 | 7,50 | 1 | Bactéricide | 7,50 | 7,50 | 1 | Bactéricide | 7,70 | 7,50 | 1 | Bactéricide |
Les concentrations minimales inhibitrices CMI (mg/ml) et les concentrations bactéricides CMB (mg/ml) des extraits de Myrtus communis
nd : non déterminé, le diamètre de la zone d'inhibition est inférieur à 10 mm42 Les extraits méthanoliques et aqueux de Myrtus communis du Yémen ont présenté une activité antibactérienne remarquable contre toutes les bactéries testées, notamment Staphylococcus aureus avec des zones d'inhibition de 26 et 28 mm de diamètre et entre 0,0625 et 0,250 mg/ml respectivement [60]. Ces valeurs de CMI sont plus intéressantes que celles enregistrées dans notre étude.
43 Nous avons comparé les CMI et les CMB des extraits sur les souches testées. Selon la méthode de Fauchere et Avril [61], une souche est bactéricide lorsque le rapport CMI/CMB est égal à 2 et bactériostatique lorsque ce rapport est supérieur à 2. Il en ressort que la majorité des extraits de cette plante exercent un effet bactéricide sur les bactéries testées, sauf pour le décocté d'une heure qui a développé un effet bactériostatique ave Proteus mirabilis souche clinique (Tableau 5).
44 En médecine populaire, le Myrtus communis est fréquemment consommé en infusion et en décoction. Les bactéries utilisées dans notre étude étaient sensibles à l'infusion de myrte à de faibles CMI et CMB (7,50 mg/ml) comparativement à celles enregistrées par Messaoud et al. [51]. Ces auteurs ont montré que les inhibitions les plus fortes ont été enregistrées contre Proteus mirabilis et Sigella flexneri. Pour les deux souches, les valeurs de CMI étaient de 12,5 mg/ml, et pour les CMB, elles variaient de 12,5 à 25 mg/ml.
Analyse et dosage des composés phénoliques par chromatographie liquide à haute performance
45 Les extraits d'EP, de MeOH et la solution aqueuse de 100 °C de Myrtus communis sont donc les plus efficaces et les plus intéressants. La détection et l'identification des composés phénoliques de ces extraits ont été déterminées par CLHP. Ils ont été séparés et détectés à 254 nm. Les chromatogrammes regroupés sur la figure 5 ont montré que les extraits au MeOH et à l'EP étaient riches en composés phénoliques par rapport à la solution aqueuse de 100 °C. Cela est dû probablement à la méthode d'extraction, au choix du solvant et à la température à laquelle s'est effectuée l'extraction. Ainsi, les activités biologiques engendrées par les métabolites seront affectées en fonction du rendement en phénols et en flavonoïdes. Ces résultats sont en accord avec ceux trouvés par Ghedadba et al. [62].
Chromatogramme d'HPLC des extraits de Myrtus communis enregistrés à 254 nm. A. Extrait méthanolique. B. Extrait d'éther de pétrole. C. Solution aqueuse
Chromatogramme d'HPLC des extraits de Myrtus communis enregistrés à 254 nm. A. Extrait méthanolique. B. Extrait d'éther de pétrole. C. Solution aqueuse
46 Les composés identifiés par CLHP appartenaient aux acides phénoliques (acide gallique, acide chlorogénique, acide caféique, acide ellagique, acide férulique, acide hydroxycinnamique et flavonoïdes de type flavonol (quercétine, myrcétine et kaempférol) et flavanol (catéchine). L'extrait de MeOH contenait l'acide caféique, l'acide ellagique, l'acide gallique, l'acide chlorogénique, l'acide cinnamique, l'acide férulique, la quercétine, la myrcétine, le kaempférol et la catéchine. L'extrait d'EP et la solution aqueuse contenaient à la fois l'acide caféique, l'acide gallique et la quercétine. L'extrait d'EP contenait en plus, l'acide férulique et ellagique et l'acide m-coumarique. L'acide hydroxycinnamique n'était présent que dans la solution aqueuse.
47 Ces résultats sont en accord avec ceux trouvés par Aleksic et Knezevic [24] sur l'identification et l'analyse des composés phénoliques de Myrtus communis par CLHP. Ils ont montré la présence des acides phénoliques qui étaient l'acide gallique, l'acide caféique et férulique. Diaz et Abeger [63] ont analysé la composition des flavonoïdes et des acides phénoliques dans les feuilles de Myrtus communis et ont signalé la présence de composés tels que l'acide gallique, l'acide ellagique et la quercétine. Martin et al. [64], en étudiant les polyphénols dans cette même plante, ont montré une contribution importante de myrcétine, hespéridine et esculine dans sa composition. Kanoun et al. [42] ont montré que la répartition de ces substances dans la plante n'est pas homogène dans tous ces organes, la catéchine a été détectée dans les feuilles, la quercétine dans les baies, par contre, l'acide gallique dans toutes les parties de la plante. Les principaux composés identifiés par Romani et al. [43] par l'analyse qualitative et quantitative CLHP-DAD et CLHP/SM étaient l'acide gallique, l'acide caféique, l'acide ellagique, la (–) catéchine, la (–) épicathéchine, la (–) épigallocatéchine, la myricétine-3-O-galactoside, la myricétine-3-O-rhamnoside, la quercétine-3-O-galactoside et la quercétine-3-O-rhamnoside. Pereira et al. [65] ont utilisé l'extraction assistée par ultrasons pour étudier les composés polyphénoliques présents dans les extraits alcooliques de myrte. Ils ont montré que les extraits de feuilles contiennent des flavonoïdes des familles quercétine et myrcétine.
Quantification des flavonoïdes et des acides phénoliques
48 Vu l'importance de l'activité antibactérienne présentée par les extraits d'EP, de MeOH et de la solution aqueuse de Myrtus communis, nous avons dosé les composés phénoliques dans ces extraits. Les résultats sont regroupés dans le tableau 6. La quantification a été effectuée pour chaque polyphénol à l'aide d'une courbe de régression à 4 points en utilisant des solutions étalons. L'étalonnage a été effectué directement par CLHP-DAD à la longueur d'onde d'absorbance maximale pour chaque polyphénol.
Concentrations des composés phénoliques détectés dans les extraits des feuilles de Myrtus communis en μg/ml
| Extraits | Méthanol | Éther de pétrole | Solution aqueuse |
|---|---|---|---|
| Composés phénoliques | Acide gallique 4403,75Catéchine 2037Acide cinnamique 1024,5Acide caféique 299,5Acide ellagique 99,46Quercétine 15,57Kaempférol ndMyrcétine ndAcide chlorogénique nd | Acide gallique 560,06Acide caféique 54,18Acide ellagique 15,88Quercétine 6,148Acide férulique ndm-coumaric nd | Acide gallique 354,72Acide caféique 24,84Quercétine 22,36Acide hydroxycinnamique 14,58 |
Concentrations des composés phénoliques détectés dans les extraits des feuilles de Myrtus communis en μg/ml
49 Pour l'extrait méthanolique, l'acide gallique a été détecté en majorité (4 403,75 μg/ml) suivi de la catéchine (2 037 μg/ml), l'acide cinnamique (1 024,5 μg/ml) et l'acide caféique (229,5 μg/ml). Les concentrations de l'acide ellagique et de la quercétine étaient plus faibles, de l'ordre 99,46 et 15,57 μg/ml respectivement. L'extrait d'EP contenait presque les mêmes composés phénoliques que l'extrait méthanolique avec des concentrations moins importantes. L'acide gallique était le composé majoritaire (560,06 μg/ml) suivi par l'acide caféique et l'acide ellagique avec des taux de 54,18 μg/ml et 15,88 μg/ml respectivement. La quercétine était présente à une concentration plus faible 6,184 μg/ml. L'acide gallique est le composé majoritaire de la solution aqueuse à 100 °C, avec un taux de 354,72 μg/ml. L'acide caféique et la quercétine sont présents avec presque le même taux : 24,84 et 22,36 μg/ml respectivement. Stanković [66] a montré que la plus forte concentration de composés phénoliques a été obtenue en utilisant des solvants de haute polarité dans la préparation des extraits. L'extrait méthanolique a présenté un plus grand pouvoir d'extraction des composés phénoliques de Marrubium peregrinum. D'après Shan et al [67], les polyphénols tels que les tanins et les flavonoïdes comme l'épigallocatéchine, la catéchine, la myricétine, la quercétine exercent une activité antibactérienne importante. L'acide cinnamique et l'acide caféique se sont révélés toxiques pour les micro-organismes [68]. Cela est appuyé par les résultats de Bedjou et al. [69], où ils ont testé l'activité antibactérienne d'une série de composés phénoliques (acide caféique, acide gallique, catéchine, quercétine…) sur Staphylococcus aureus par la technique de microdilution. Ce dernier était très sensible à l'acide caféique, à l'acide gallique, à la catéchine et à la quercétine, avec des zones d'inhibition de 37, 27, 20 et 22 mm de diamètre respectivement. Ces composés phénoliques peuvent agir même en synergie, ce qui est traduit par des zones d'inhibition qui interfèrent entre elles. L'efficacité optimale d'un extrait peut ne pas être due à un constituant actif principal, mais à l'effet synergique de différents composés [70].
Conclusion
50 Les résultats de ce travail montrent l'importance de la plante Myrtus communis pour son usage en pharmacie et en phytothérapie. Cette espèce peut constituer l'une des sources naturelles de substances antimicrobiennes de grande importance. Elle contient beaucoup de métabolites secondaires (les flavonoïdes de type flavanol et flavonol, les acides phénoliques, les anthraquinones, les tanins, les stérols et les terpènes). L'analyse qualitative et quantitative par CLHP a montré que les composés identifiés appartenaient aux acides phénoliques (acide gallique, acide chlorogénique, acide caféique, acide ellagique, acide férulique, acide hydroxycinnamique et flavonoïdes de type flavonol (quercétine, myrcétine et kaempférol) et flavanol (catéchine). La concentration la plus élevée des composés phénoliques a été obtenue en utilisant des solvants de polarité croissante. L'extrait méthanolique a donné la plus grande concentration en composés phénoliques et en flavonoïdes. Les extraits organiques des feuilles de Myrtus communis ont révélé une activité antimicrobienne remarquable contre deux souches de bactéries communément rencontrées dans les infections urinaires et la lithiase d'infection : Staphylococcus aureus ATCC (25923), Proteus mirabilis souche de référence ATCC (43862) et Proteus mirabilis souche clinique, en particulier l'extrait méthanolique. La bactérie la plus sensible était Staphylococcus aureus suivi par Proteus mirabilis souche de référence. Par contre, Proteus mirabilis souche clinique était légèrement moins sensible. Cette activité, de nature essentiellement bactéricide, pourrait être attribuée à l'activité antibactérienne des composés phénoliques. Ces substances peuvent être utilisées en thérapeutique et servir comme modèles dans la synthèse de nouveaux médicaments.
51 Ce travail a permis de donner un fondement scientifique de l'utilisation de Myrtus communis dans le traitement des pathologies bactériennes. Par conséquent, des travaux complémentaires devraient être réalisés pour évaluer exactement l'activité pharmacologique de ces extraits in vivo.
Liens d'intérêts :
les auteurs déclarent ne pas avoir de lien d'intérêt.Références
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Mots-clés éditeurs : CLHP, Extraits organiques, Infection urinaire, Lithiase d'infection, Myrtus communis, Polyphénols
Date de mise en ligne : 24/09/2024
https://doi.org/10.3166/phyto-2022-0333