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Article de revue

Santé à l'école ou Écoles en santé ?

Pages 167 à 180

Citer cet article


  • Jeanneret, O.
(2003). Santé à l'école ou Écoles en santé ? Santé Publique, . 15(2), 167-180. https://doi.org/10.3917/spub.032.0167.

  • Jeanneret, O..
« Santé à l'école ou Écoles en santé ? ». Santé Publique, 2003/2 Vol. 15, 2003. p.167-180. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-sante-publique-2003-2-page-167?lang=fr.

  • JEANNERET, O.,
2003. Santé à l'école ou Écoles en santé ? Santé Publique, 2003/2 Vol. 15, p.167-180. DOI : 10.3917/spub.032.0167. URL : https://stm.cairn.info/revue-sante-publique-2003-2-page-167?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spub.032.0167


Notes

  • [1]
    Version modifiée d’un exposé fait à Nancy le 14 décembre 2001, dans le cadre du Colloque Promotion de la Santé : une pensée, des convictions, des actions « dans la trace de Jean-Pierre Deschamps ».
  • [2]
    Ancien directeur du Service de Santé de la Jeunesse, Département de l’Instruction publique, État de Genève. Professeur honoraire à la Faculté de médecine, Université de Genève.
  • [3]
    Ainsi, le périodique français de référence, lancé en 1947 (Revue d’Hygiène et de Médecine scolaire et universitaire) paraît depuis 1982 sous le nom de Médecine scolaire et universitaire 1983-94, OMS.
  • [4]
    En anglais : European Network of Health Promoting Schools (ENHPS), où le terme promotion de la santé apparaît plus explicitement ; par ailleurs, nous donnons la préférence à l’expression « écoles en santé » utilisée en Suisse, à celle d’« école-santé » (OMS).
  • [5]
    Ces deux qualitatifs ont été ajoutés par nos soins dans l’intention de renforcer l’impact du « sentiment » ou des « relations ».
  • [6]
    Dès 2001, les infirmières sont autonomes par rapport aux médecins dans leurs missions et fonctionnement [3].
  • [7]
    Une demande de renseignements par courrier électronique, répétée par courrier postal un mois plus tard, auprès de l’organe pertinent de ce ministère, est restée sans réponse à ce jour !

Introduction

1Avec ce titre quelque peu provocateur, notre propos n’est pas de mettre en balance ces deux concepts et les pratiques correspondantes, ni d’engager une réflexion de fond sur les systèmes de santé scolaire, mais bien plutôt d’évoquer des tendances de nature diachronique ; à nos yeux, il s’agit en effet de situer deux étapes récentes de ce qu’on appelait encore, en France et dans les pays voisins, la médecine scolaire il y a quelques décennies [3], étapes placées désormais l’une et l’autre, comme on le verra, sous l’égide fédérateur du concept de promotion de la santé, au sens de la Charte d’Ottawa [1].

2Dans un premier temps, nous passerons en revue les éléments constitutifs du Réseau européen d’écoles en santé (REES) [4], à partir d’un document fondateur mis à jour récemment [2]. Cette présentation, si élémentaire soit-elle, nous paraît d’autant plus indispensable que la France ne fait plus partie de ce Réseau européen [3] et qu’il ne s’y est pas développé comme dans d’autres pays.

3Dans un deuxième temps, nous nous référerons à un document récent sur le système français de santé scolaire [4] pour y déceler les points essentiels qui permettent de montrer si, dans quelle mesure et à quels égards, il tend à se rapprocher des éléments identifiés dans le REES. D’autres études, publiées antérieurement (cf. p. ex. 5) font état d’expériences qui méritent d’être citées.

4Dans un troisième temps, nous examinerons brièvement les éléments qui émergent dans un « modèle » suisse plus récent que le REES.

5Cet article repose donc sur une base documentaire non exhaustive : il n’a pas l’ambition propre à une moisson d’observations sur le terrain, qui devrait faire l’objet d’une autre étude.

Le projet Réseau européen des Écoles en Santé (REES)

6Le concept d’écoles en santé date du début des années 80 ; le réseau, lui, a été inauguré en 1992, à la suite d’expériences pilotes conduites en Hongrie, en République tchèque, en Slovaquie et en Pologne. Cinq ans plus tard, 37 pays étaient parties prenantes « chacun avec son propre réseau, constitué d’un nombre d’écoles-pilotes suffisamment limité pour en permettre la bonne gestion » [2, p. 12].

7L’essentiel de la philosophie du projet figure dans l’encadré A.

Encadré A : le REES en 7 lignes

Le réseau européen d’écoles-santé a été créé en vue de mettre en place, dans l’ensemble de la Région européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des écoles modèles qui démontreraient l’impact de promotion de la santé dans le cadre scolaire. Les écoles participantes devraient ensuite diffuser leur expérience et des informations aux secteurs de la santé et de l’enseignement, influençant ainsi la politique et la pratique en matière de promotion de la santé à l’école, tant au niveau du pays qu’à l’échelon international (2, p. 1).

8Quant à l’engagement des écoles, il est résumé comme suit dans le document cité (Encadré B).

Encadré B : à quoi s’engagent les écoles candidates ?

Les écoles pilotes participantes s’engagent à promouvoir la santé en offrant un environnement sûr et favorable à la santé, où chacun puisse vivre, travailler, apprendre et s’épanouir. Elles obtiennent ce résultat en mettant en place des partenariats mobilisateurs avec les enseignants, les élèves, les parents et l’ensemble de la communauté, pour que tous coopèrent afin d’améliorer la santé (2, p. 2).

9Ce concept de « partenariat mobilisateur » est évidemment essentiel : il est aussi révélateur du caractère très ambitieux de ce projet, qui veut associer même l’ensemble de la communauté à ce projet fédéré sous l’égide de la santé.

10Pour représenter la structure du Réseau et la place de chaque école, nous proposons un organigramme (figure 1) dans lequel figurent de haut en bas :

  • les trois organisations partenaires du Réseau (où le Bureau régional de l’OMS a la responsabilité du Secrétariat technique) qui ont constitué un Comité international de planification (IPC) ;
  • le réseau suisse à titre d’exemple ; il comprend actuellement 160 écoles (5), pourvu d’un coordinateur national, comme chacun des pays du Réseau ;
  • les 8 écoles participantes du canton de Genève.

Figure 1

Organigramme proposé pour le Réseau européen d’Écoles en santé (REES), avec sa branche suisse (nationale) et genevoise (cantonale) [source : 2]

Description de l'image par IA : Organigramme du Réseau européen d’Écoles en santé (REES) avec branches suisse et genevoise.

Organigramme proposé pour le Réseau européen d’Écoles en santé (REES), avec sa branche suisse (nationale) et genevoise (cantonale) [source : 2]

11Les fonctions respectives de ce Comité, de ce Secrétariat technique et des coordinateurs nationaux sont décrits dans le document de référence [2, p. 4-5].

12Ces bases organiques étant posées ou aisément disponibles [2], il est indispensable de prendre connaissances des huit objectifs explicites (encadré C).

13• On retrouve, en position 8, la notion de sécurité de l’environnement scolaire, jumelé avec l’environnement sain.

14• Dans les quatre premiers objectifs se manifestent les exigences : de promouvoir la santé parmi les buts sociaux de l’école ; de développer chez les élèves un sentiment (partagé) [5] de responsabilité et d’estime de soi ; de ne pas limiter à l’enceinte interne de l’école des relations (optimales) [5].

15• Dans les trois suivants [5-7], on identifie des notions plus classiques qui pourraient passer plutôt soit pour des objectifs intermédiaires, soit même pour des moyens : on y retrouve en effet les termes d’éducation à la santé, de programme, et de style de vie – pour ce dernier cependant, en tant que choix de santé.

Encadré C : les huit objectifs identifiés du REES

Description de l'image par IA : Liste de principes éducatifs pour l'inclusion et la promotion de la santé.

16Adhérer au Réseau, que ce soit pour un pays, ou, à l’intérieur de celui-ci, pour une école donnée, nécessite de remplir plusieurs conditions. Parmi les critères de participation, relevons (en simplifiant) :

  • la constitution d’équipes responsables ;
  • l’établissement d’une liste de priorités parmi les projets envisagés ;
  • une durée minimum de 3 ans pour ce plan ;
  • le respect de choix à l’échelle locale, nationale et internationale (européenne en l’occurrence) ;
  • la prise en compte des huit objectifs ;
  • la volonté d’évaluer les résultats et d’en favoriser la diffusion (valorisation) [2, pp. 6-7].
Même résumé à ces éléments, une démarche aussi novatrice (« intégrée et globale en matière de promotion de la santé ») nécessite à l’évidence des changements majeurs en termes de mentalité, de structures et de méthodes non seulement dans chaque école mais encore dans l’environnement de celle-ci [2, p. 3].

17Alors que la notion de réseau européen et sa structure pyramidale (figure 1) évoquent une tendance de type « top-down », le degré d’autonomie conféré à chaque école (et à chaque pays) fait penser, au contraire, à un système « bottom-up », mais avec des précautions évidentes de coordination au niveau national et européen - voire régional à l’intérieur d’un pays donné, comme en Suisse pour des raisons linguistiques.

18Après cette description – sommaire par nécessité – de cet ambitieux projet, nous nous permettrons deux observations personnelles. En premier lieu, nous sommes frappés, dans le document OMS qui nous sert de référence [2], par une formulation dynamique, voire impérative, qui contraste avec le ton traditionnellement modéré des documents antérieurs de cette organisation.

19Voici trois citations démonstratives à cet égard :

20(a) « L’école [en] santé est un investissement que les pays européens ne peuvent en aucun cas retarder, éviter ou ignorer » [2, p. 3].

21(b) « Le réseau est à la pointe des activités de promotion de la santé dans toutes les écoles “Europe”. Les services d’enseignement et de santé du monde entier manifestent un grand intérêt pour cette initiative… » [2, p. 9] ;

22(c) « Chaque enfant et chaque jeune d’Europe ont le droit et doivent avoir la possibilité de faire des études dans une École [en] santé ». (Conclusion de la 1re conférence européenne du Réseau, mai 1997, citée in [2, p. 9].

23En second lieu, d’après un autre document de référence [6], l’évolution envisagée des pays impliqués est décrite sous forme de trois processus (figure 2) : apparemment, seule une extension entre en ligne de compte à partir de l’expérience pilote : ni stagnation ni régression ne sont envisagées !

Figure 2

Les trois processus d’extension nationale du REES, tels que prévus par l’OMS [source : 6]

Description de l'image par IA : Diagram montrant trois phases d'extension nationale du REES : phase pilote, développement régional et politique nationale générale.

Les trois processus d’extension nationale du REES, tels que prévus par l’OMS [source : 6]

24Or, nous n’avons trouvé jusqu’ici aucune source précisant – ou même suggérant – si et comment une école donnée, expérience faite, peut se retirer du réseau national ; soit pour revenir au statu quo ante, signant ainsi un échec de son projet, soit pour évoluer en direction d’un programme (ou projet) analogue, voire différent – un exemple tout récent, observé en Suisse est évoqué plus loin. Nous avons vu plus haut que la France s’est retirée du réseau ; le retrait se traduit probablement par la non participation aux rencontres agendées, l’arrêt de fourniture d’informations [3] et celui des subsides.

Le Service de santé scolaire en France

Préambule

25La description remarquable qu’en font M. Tricoire, J. Pommier et J.P. Deschamps dans leur publication [4] nous incite à considérer ce service comme un prototype de la tendance « santé à l’école » qui figure dans le titre de cette étude, en pendant de « écoles en santé ». Cependant, les précisions apportées par ces auteurs, notamment sous l’angle évolutif, nous ont incité à y chercher – et parfois à y trouver – passablement d’éléments qui le rapprochent du concept, des tendances et des choix relevant du projet européen REES.

26Au départ, il importe de rappeler l’intérêt persistant de Jean-Pierre Deschamps pour la santé à l’école : à notre connaissance, il est patent dans deux publications antérieures au moins : un bilan intitulé « Décennie de la santé scolaire », en 1979 [8] et un éditorial percutant dix ans plus tard, paru sous le titre « Oui, il faut sauver la santé scolaire » [9] : visiblement il y avait péril en la demeure !

27Bien sûr, pour brosser un portrait tout à fait correct et acceptable des caractéristiques et particularités de ce service, une étude en profondeur s’imposerait : le lecteur nous pardonnera de rester plus superficiel puisqu’il s’agit seulement d’identifier des analogies en se basant sur des textes publiés et ni sur des observations personnelles, ni sur l’étude directe de documents officiels. La plus récente publication citée [4] contient heureusement toute l’information utile ; c’est donc à elle seule qu’il nous a paru suffisant de se référer ici.

Fondements et missions

28Sans vouloir faire l’historique de ce service – dont on sait qu’il dépendra alternativement de deux ministères – il faut rappeler au moins ses fondements :

  • la notion de secteur médico-social scolaire (comprenant un maximum de 5000 à 6000 élèves),
  • l’existence d’une équipe (médecin, infirmières, assistantes sociales, secrétaire) en charge de ce secteur,
  • un large éventail de missions [10].
Voici la liste de celles-ci (encadré D) :

Encadré D : Missions du Service de santé scolaire en France (I)

a) Examens médicaux systématiques
b) Liaison avec
  • les parents
  • les enseignants
  • la PMI
  • les médecins libéraux
c) Surveillance de l’hygiène du milieu
d) Éducation à la santé
e) Permanences médicales et permanences sociales
f) Participation aux différents conseils
  • de classe
  • d’administration
  • d’orientation
  • de discipline
  • etc.
Source : Instruction générale sur le fonctionnement du Service de santé scolaire, 1969 (cité par [4]).

29Il apparaît clairement que :

  • les examens médicaux sont en première ligne ;
  • la liaison avec l’extérieur (parents, médecins) et avec l’intérieur de l’école (enseignants, divers conseils) est prévue ;
  • le milieu y figure sous la forme d’une surveillance hygiénique ;
  • des permanences intra muros sont assurées ;
  • l’éducation à la santé y a déjà sa place [10].
En d’autres termes, on trouve, il y a plus de 30 ans, bien des éléments de la promotion de la santé « avant la lettre », mais la dimension clinique semble rester prioritaire (examens et permanences médicaux), de même que la protection du milieu scolaire.

Son organisation en 1998

30Elle repose sur trois caractéristiques relatives au personnel [4] :

  • les personnels (infirmier, médical, social) sont présents aux trois niveaux administratifs : national, académique, départemental ;
  • ils sont greffés à chaque branche de l’arbre administratif ;
  • sur le terrain […], tous sont placés sous la tutelle de l’inspecteur d’académie.
À propos de l’application en pratique de ce dispositif, les trois auteurs relèvent plusieurs points forts, mais aussi plusieurs points faibles. Les points forts sont énumérés dans l’encadré E :

Encadré E : Organisation du service de santé scolaire en France (II)

Points forts
  • Bien intégrés aux structures de l’Éducation nationale, les conseillers techniques (innovation 1991) peuvent s’impliquer :
    • dans le fonctionnement habituel (du service) ;
    • dans les projets ;
    • dans la vie quotidienne des établissements et de la communauté scolaire.
  • Collaboration acquise avec les collectivités locales, en matière de :
    • locaux ;
    • conditions de travail ;
    • restauration des élèves ;
    • signalement d’élèves maltraités.
Source : Inst [4]

31Dans notre tentative de comparaison avec REES, nous pouvons relever :

  • l’implication des conseillers techniques dans la vie quotidienne de l’institution scolaire,
  • l’implication multiple des collectivités locales, avec une préoccupation sécuritaire (signalement des élèves maltraités notamment),
soit deux éléments de rapprochement essentiels à prendre en compte.

32Les points faibles (encadré F) font état de difficultés plutôt fonctionnelles (effectifs et/ou qualification des greffons, des équipes et des conseillers techniques), et internes au service.

Encadré F : Organisation du service de santé scolaire en France (III)

Points faibles
  • Greffons pauvres en personnel
  • Équipes réduites au minimum
  • Pas de lien direct entre les 3 niveaux : les conseillers techniques ne dépendent que du responsable administratif de leur niveau
  • La fonction de conseiller technique est peu familière aux personnels de santé.

33Du point de vue qui nous occupe, relevons leur impact probable sur la qualité de leur insertion dans l’institution scolaire, telle que perçue par tous les acteurs en cause.

Préoccupations récentes

34Dans le tableau brossé par nos trois auteurs [4], on ne saurait passer sous silence les préoccupations générées par plusieurs dysfonctionnements en cours ou en vue : l’encadré G résume ces préoccupations, subdivisées en deux catégories : fonctions et personnels.

Encadré G : Préoccupations récentes du service de santé scolaire en France (IV)

Description de l'image par IA : Diagram de services pour l'éducation et la santé des élèves, incluant des causes, méthodes et impacts.

35Sans grand risque de se tromper, on peut admettre que les préoccupations de nature fonctionnelle sont partagées par la majorité des structures analogues des pays européens ; ce que des études comparatives permettrait sans doute de confirmer. Quant aux problèmes liés aux tensions entre les catégories professionnelles, qu’elles aboutissent comme en France ou non à l’éclatement des équipes [6], il est difficile à première vue de se prononcer sans une sérieuse étude comparative.

36Quoi qu’il en soit, ces tendances vont à l’encontre de la doctrine du Réseau européen qui présuppose, tantôt implicitement, tantôt explicitement, une coopération harmonieuse intra- et interprofessionnelle, et le respect systématique « de l’autre », ne serait-ce que dans l’optique citoyenne.

Plan de relance (1998)

37C’est maintenant surtout dans le contexte des grandes lignes de ce plan [4] que nous allons trouver matière à comparaison.

38Prenant en compte les difficultés signalées :

  • ce plan insiste sur la formation non seulement des enseignants, mais de l’ensemble des personnels des établissements scolaires ;
  • il préconise explicitement l’ « intégration de la santé dans la vie de tous les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) » ;
  • il prévoit des mesures incitatives visant à généraliser des expériences prometteuses (sans que celles-ci soient précisées), mais « impliquant l’ensemble de la communauté éducative et s’appuyant sur des comités d’éducation à la santé, mais aussi à la citoyenneté ».
Pour conclure cette analyse comparative, il paraît assez évident que :
  • l’évolution relatée [4] du système de santé scolaire en France tend à le rapprocher effectivement du modèle du Réseau européen des écoles en santé ;
  • ce rapprochement se manifeste à plusieurs égards : politique générale relevant de la promotion de la santé, formation et perfectionnement des acteurs, ouverture sur la collectivité et, plus encore, implication prévue dans la vie quotidienne de l’école ;
  • la priorité n’est plus celle des examens systématiques, mais de la mise à disposition de conseils et de consultations individualisées ;
  • cependant, l’éclatement de l’équipe scolaire (assistantes sociales d’abord, infirmières ensuite) semble nettement préjudiciable à la réalisation des objectifs, notamment le 4e (cf. encadré C, supra).
Cette évolution s’observe aussi ailleurs, même avant l’extension du REES [cf. p. ex. 11].

Aperçu sur une expérience suisse : le réseau RESPECT

39Ce réseau, qui s’étend aux parties francophone (Suisse romande) et italophone (Tessin) du pays, est centré sur le développement d’une culture de la médiation. Son portrait figure dans l’encadré H :

Encadré H : le Réseau « RESPECT » dans ses grandes lignes

Description de l'image par IA : Texte avec des listes et des sous-titres sur des activités éducatives.

40La base conceptuelle est ici la mise en œuvre des droits de l’enfant dont, explicitement, la promotion de la santé (et du bien-être) fait partie, à côté de trois autres objectifs.

41Parmi les réalisations principales, soulignons l’apprentissage et l’exercice de la médiation, placés tous deux sous l’étiquette de « résolution des conflits sans perdants ».

42A Genève (canton urbain de près de 400 000 habitants), sept écoles d’un même quartier (3 du degré primaire, 2 du degré secondaire obligatoire, 2 du degré secondaire post-obligatoire) sont actuellement partie prenante ; l’une d’elles fait aussi partie du REES. (Pour davantage de précisions, cf. [12].

43Est-ce à dire qu’il y a complémentarité plutôt que compétition entre ces deux réseaux ? L’organigramme de la figure 3 présente les structures comme complémentaires, mais la question se pose d’une relation de pouvoir quand on voit la promotion de la santé devenue seulement l’un des objectifs du réseau RESPECT !

Figure 3

Organigramme situant le réseau genevois RESPECT par rapport à la branche suisse du REES (source : Dr P. Bouvier)

Description de l'image par IA : Organigramme montrant les relations entre différentes institutions éducatives et sanitaires en Suisse.

Organigramme situant le réseau genevois RESPECT par rapport à la branche suisse du REES (source : Dr P. Bouvier)

44En raison principalement de l’ampleur prise par les phénomènes de violence à l’intérieur et dans le voisinage des établissements scolaires dans maints pays, des initiatives analogues au réseau suisse RESPECT ont sans doute vu le jour un peu partout. À cet égard, l’allusion des trois auteurs à la « généralisation des expériences prometteuses récentes » [4, p. 267] laisse entendre qu’il s’agit sans doute, du moins en partie, de créations nées dans cette optique. Une investigation dans cette direction, trois ans après cette publication, serait fort instructive.

Conclusion

45Le Réseau européen des écoles en santé (REES) représente vraisemblablement un stade évolutif des services de santé scolaire, remarquable à bien des égards :

  • précédé d’expériences pilotes nationales, il intéresse une majorité des pays de cette région de l’OMS, à l’heure actuelle ;
  • il s’étend au fur et à mesure de l’adhésion (très contrôlée, semble-t-il) d’écoles individuelles avec l’exigence d’une coordination nationale et supra-nationale (cf. fig. 1) ;
  • basé sur la Charte d’Ottawa, donc sur la promotion de la santé, il laisse à chaque école une assez grande latitude dans le choix des thèmes prioritaires dans son projet (« bottom/up ») ;
  • en Suisse, les autorités fédérales responsables de la santé et de l’éducation sont favorables à son développement et ont confié sa gestion au niveau national à une ONG (Radix) ;
  • en France, le ministère de la tutelle du Service de santé scolaire (Éducation nationale) semble ne pas être entré en matière [7].
En France, l’évolution et les perspectives d’avenir de ce Service, examinées à l’aide d’une récente publication à la fois exhaustive et critique, émanant de l’École de santé publique de Nancy [4] incitent à penser :
  • d’abord que la santé scolaire est « aujourd’hui un des secteur dynamiques de la santé publique en France, s’adaptant progressivement à l’immensité des problèmes de santé des enfants et des adolescents… » [4, p. 267] ;
  • ensuite, que cette adaptation semble se faire de manière concommitante et contemporaine avec le développement du REES ;
  • enfin, que les perspectives en question tiennent compte du fait généralement observé ailleurs que ses prestations déplacent leurs priorités de l’examen de santé systématique vers un accueil plus individuel des élèves, à commencer par ceux que préoccupent leur croissance et leur développement.
En Suisse, où l’organisation des Services de santé scolaire est décentralisée (niveaux cantonal et communal), le REES a connu un développement remarquable, plus ou moins marqué selon les cantons. Interlocuteur national de l’OMS, l’Office fédéral de la santé publique en a confié la coordination nationale à une organisation non gouvernementale (RADIX) préexistante, experte en développement communautaire dans le domaine de la santé.

46Des expériences dictées par l’apparition de nouveaux problèmes collectifs en milieu scolaire - violence envers soi et envers les autres, notamment - voient le jour un peu partout. L’une d’elles, développée dans le canton de Genève, est présentée dans ses grandes lignes (encadré H). La promotion de la santé y est incluse comme l’un des objectifs.

47Des études comparatives plus approfondies seraient de la plus haute importance : basées sur des observations in situ et permettant d’enregistrer systématiquement les expériences, commentaires et critiques des acteurs du terrain, elles seraient de nature à confirmer ou infirmer les hypothèses qu’on peut émettre à partir d’études sur documents comme celle-ci.

REMERCIEMENTS

L’auteur tient à remercier très vivement :
  • au Danemark, Mme Vivian Barnekow Rasmussen, Bureau Régional de l’OMS, Copenhague,
  • en France, le Prof. Jean-Pierre Deschamps, Nancy, le Dr Jacques Fortin, Lille,
  • en Suisse, M. Michel Bloch, RADIX, Lausanne ; le Dr Paul Bouvier et le Dr M. Mounir, Service de santé de la jeunesse, Genève ; Mme Jaqueline Losmaz, directrice et M. Olivier Duchosal, doyen, École Henri-Dunant, Genève, pour les informations reçues de leur part ; ainsi que Madame Ariane Primault, pour la préparation du manuscrit de ce travail.

BIBLIOGRAPHIE

  • 1
    Chartes d’Ottawa (pour la promotion de la santé, OMS, Santé et Bien-être social, Association canadienne de santé publique, 1986).
  • 2
    Le Réseau européen d’écoles-santé. Introduction, 13 p. mise à jour du 01.11.01 URL : http://www.who.dk/enhps/page/intfreuds.html
  • 3
    Fortin J. Communication personnelle, 2002.
  • 4
    Tricoire M, Pommier Y, Deschamps JP. La santé scolaire en France : évolution et perspectives. Santé publique 1998 ; 10 (3) : 257-67.
  • 5
    Leselbaum N, de Peretti C. La prévention à l’école. 2. Contribution à la mise en place d’actions pour la santé au collège et au lycée ; analyse de leur dynamique, évaluation de leurs effets. Paris : INRP, 1992 (cité par 3). (Coll. Politiques).
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  • 8
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  • 9
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  • 10
    Introduction générale sur le fonctionnement du Service de santé scolaire, 1969. (cité par (4).
  • 11
    Michaud PA, Narring F, Annaheim H. Le programme Jeunesse et santé : une évaluation… et ses effets sur la santé des apprentis et gymnasiens vaudois. Rev. Med. Suisse romande 1995 : 311-7.
  • 12
    Réseau Respect. Rapport intermédiaire 2001 de la Planification sanitaire qualitative. Département de l’Action sociale et de la santé. Genève : Direction générale de la santé, avril 2002 : 61-3.
  • Références complémentaires

      1. Sur l’historique de l’école promotrice de santé en Europe et en France :
        Larue R, Fortin J, Michard JL. École et santé : le pari de l’éducation. Chap. II : cheminement en Europe. Paris : CNDP, 2002 : 22-36.
      1. Dans une perspective didactique :
        Boegli JD. École en santé, quelques clefs. Éd. LEP, 1996.
      1. Sur l’actualité et la vie des Écoles en santé dans les pays européens participants :
        Network News, The European Network of Health Promoting Schools. (La 6e éd. est datée 2000), publication sous l’égide des trois institutions internationales figurant en tête de la fig. 1, p. 00).
      1. Sur les étapes d’entrée dans le Réseau suisse : « Mettons-nous en route pour faire de notre école un lieu de vie et de santé » Guide pratique (M. Bloch, coordinateur pour la Suisse romande), Lausanne, avril 2001 (19 p.)
      1. Site Internet du Réseau suisse. URL : http://www.ecoles-en-sante.ch/html/ecoles.html

Mots-clés éditeurs : incivilité, leur prévention, objectifs, programmes scolaires, promotion de la santé, santé scolaire, structures, violences

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Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/spub.032.0167