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Article de revue

Apprendre à décider : l'Evidence Based Public Health

Pages 135 à 137

Citer cet article


  • Halley des Fontaines, V.
  • et Alla, F.
(2007). Apprendre à décider : l'Evidence Based Public Health. Santé Publique, . 19(hs), 135-137. https://doi.org/10.3917/spub.070.0135.

  • Halley des Fontaines, Virginie.
  • et al.
« Apprendre à décider : l'Evidence Based Public Health ». Santé Publique, 2007/hs Vol. 19, 2007. p.135-137. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-sante-publique-2007-hs-page-135?lang=fr.

  • HALLEY DES FONTAINES, Virginie
  • et ALLA, François,
2007. Apprendre à décider : l'Evidence Based Public Health. Santé Publique, 2007/hs Vol. 19, p.135-137. DOI : 10.3917/spub.070.0135. URL : https://stm.cairn.info/revue-sante-publique-2007-hs-page-135?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spub.070.0135


1Les grandes décisions de santé publique dépendent de plusieurs facteurs et influences, tels que les considérations politiques ou sociales, les contingences économiques, les avis et opinions d’experts, l’action de groupes de pression. Chacun statue en fonction de ses attitudes, intérêts, subjectivité plutôt qu’à partir d’une analyse rationnelle de l’état de santé de la population et de ses attentes. Pourtant, depuis les années 90, une vraie pratique d’aide à la décision s’est développée, ayant pour objet de renforcer les capacités des décideurs et des conseillers à appuyer leurs décisions sur la sélection et l’analyse d’informations pertinentes, fiables et réactives. Afin de disposer d’un mode de choix de priorités et de suivi de l’efficience des interventions, des systèmes d’information et de veille ont été mis en place ; ils facilitent le recueil, l’analyse, et la présentation de telles données à l’échelle optimale de leur utilisation. La disponibilité d’informations de qualité est en effet une condition sine qua non pour une analyse objective des états de santé et un processus décisionnel optimal. La recherche de mesures objectives de l’état de santé d’une population n’est pas nouvelle en santé publique, particulièrement en épidémiologie. Récemment, on a reconnu le besoin de prendre en compte d’autres dimensions des états de santé, selon une approche plus globale des déterminants. Les mesures d’incapacité, le compte des années de vie en bonne santé, les effets du milieu de vie, des modes et conditions de vie, la disponibilité et l’accessibilité des services de santé, la qualité des soins prodigués sont de plus en plus nécessaires à l’appréciation de l’aptitude des personnes à fonctionner physiquement, émotionnellement et socialement. L’analyse objective des états de santé implique alors l’élaboration d’indicateurs de santé facilitant la quantification de ces différentes dimensions de la santé d’une population.

La décision de santé publique fondée sur des preuves

2Pour répondre aux besoins de santé de la population, il ne suffit pas de les avoir identifiés : il faut proposer des interventions pertinentes qui ont fait la preuve de leur efficacité. Pour un pionnier de l’intervention épidémiologique moderne tel que Jenicek, la programmation en santé publique s’appuie traditionnellement sur des faits scientifiquement prouvés, principe délicat lorsqu’il s’agit de la promotion de la santé [3, 4]. Une Evidence Based Public Health (EBPH) serait ainsi le pendant de l’Evidence Based Medecine (EBM). L’EBPH pourrait être définie comme la prise en compte de la preuve scientifique de l’efficacité et de la faisabilité d’une intervention, en fonction des contraintes économiques, politiques et sociales, ainsi que des préférences de la communauté [1, 6, 4]. L’EBPH, qui utilise des méthodes issues des sciences sociales, de l’épidémiologie, de l’évaluation, intervient à trois niveaux [8] :

  • la recherche de la causalité, des liens entre des facteurs de risque et des maladies, la mesure de l’importance et de la sévérité des problèmes de santé publique ainsi que de la possibilité de les prévenir (quelque chose doit être fait) ;
  • la démonstration de l’efficacité des interventions (cette intervention est efficace, cette intervention doit être effectuée) ;
  • l’étude des modalités de l’implantation de l’intervention en fonction du contexte (comment cette intervention doit être effectuée).
Cependant, l’application à la santé publique des paradigmes de la médecine factuelle est complexe. Dans l’analyse des déterminants de la santé, l’explication causale, au sens scientifiquement admis du terme, peut être insuffisante voire potentiellement dangereuse [7]. Par ailleurs, des résultats scientifiques probants appliqués de manière restreinte à quelques groupes les font bénéficier d’innovations parfois coûteuses, au risque d’entraver la généralisation des processus et la répartition plus égalitaire d’une nouvelle offre de soins [2]. Certains groupes de population sont ainsi lésés par les choix d’une politique de santé basée sur des faits probants ; il est fréquent de constater que les populations déjà bien couvertes par les dispositifs de santé sont celles à qui les mesures de prévention profitent favorablement [10]. De plus, on conçoit combien il est difficile de s’entendre sur des critères d’efficacité lorsque le sujet appelle une appréciation trop subjective. Enfin, la définition du critère de jugement de l’efficacité d’une intervention en santé publique est loin d’être neutre. Les notions de gain collectif de santé ou d’équité par exemple, peuvent modifier considérablement l’interprétation du résultat d’une évaluation.

De la pratique à la formation

3En France, les professionnels de santé publique se sont faiblement investis dans le champ de l’Evidence Based Public Health. Pourtant, les enjeux sont importants, comme le montre par exemple l’actualité autour du maintien de telle vaccination ou de programmes de dépistage. Les professionnels de santé publique et de promotion de la santé sont rarement formés à ces enjeux. Peut-on imaginer que la formation initiale et continue en santé publique intègre de façon plus soutenue qu’aujourd’hui l’EBPH ? Alors, cette formation doit inclure un corpus de méthodes nécessaires au développement et à l’analyse critique des preuves en santé publique, ainsi qu’à leur intégration dans la pratique. L’évaluation des étudiants et des professionnels doit prendre en compte ces capacités, comme cela se fait pour l’EBM [9].

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Date de mise en ligne : 01/03/2008

https://doi.org/10.3917/spub.070.0135