Consommation d'alcool en milieu urbain chez les élèves du secondaire en Côte d'Ivoire
- Par N’cho Simplice Dagnan,
- Pétronille Zengbé-Acray,
- Éric Martial Kouakou Ahoussou,
- Franck Kokora Ekou,
- Damus Paquin Kouassi,
- Parfait Stéphane Sablé,
- Konan Roland Oussou,
- Sanansi Cissé
- et Sory Ibrahim Soumahoro
Pages 107 à 114
Citer cet article
- DAGNAN, N’cho Simplice,
- ZENGBÉ-ACRAY, Pétronille,
- KOUAKOU AHOUSSOU, Éric Martial,
- KOKORA EKOU, Franck,
- KOUASSI, Damus Paquin,
- SABLÉ, Parfait Stéphane,
- OUSSOU, Konan Roland,
- CISSÉ, Sanansi
- et SOUMAHORO, Sory Ibrahim,
- Dagnan, N’cho Simplice.,
- et al.
- Dagnan, N.-c.-S.,
- Zengbé-Acray, P.,
- Kouakou Ahoussou, É.-M.,
- Kokora Ekou, F.,
- Kouassi, D.-P.,
- Sablé, P.-S.,
- Oussou, K.-R.,
- Cissé, S.
- et Soumahoro, S.-I.
https://doi.org/10.3917/spub.137.0107
Citer cet article
- Dagnan, N.-c.-S.,
- Zengbé-Acray, P.,
- Kouakou Ahoussou, É.-M.,
- Kokora Ekou, F.,
- Kouassi, D.-P.,
- Sablé, P.-S.,
- Oussou, K.-R.,
- Cissé, S.
- et Soumahoro, S.-I.
- Dagnan, N’cho Simplice.,
- et al.
- DAGNAN, N’cho Simplice,
- ZENGBÉ-ACRAY, Pétronille,
- KOUAKOU AHOUSSOU, Éric Martial,
- KOKORA EKOU, Franck,
- KOUASSI, Damus Paquin,
- SABLÉ, Parfait Stéphane,
- OUSSOU, Konan Roland,
- CISSÉ, Sanansi
- et SOUMAHORO, Sory Ibrahim,
https://doi.org/10.3917/spub.137.0107
Notes
-
[1]
UFR Sciences Médicales-Université Félix Houphouët – Abidjan – Côte d’Ivoire.
-
[2]
Institut National d’Hygiène Publique (INHP) – BP V?14 Abidjan – Côte d’Ivoire.
-
[3]
Institut National de Santé Publique (INSP) – Abidjan – Côte d’Ivoire.
-
[4]
UFR Sciences Médicales – Université Alassane Ouattara – Bouaké – Côte d’Ivoire.
-
[5]
Antenne INHP Bouaké – Côte d’Ivoire.
Introduction
1La représentation positive de l’alcool dans nos sociétés aussi bien traditionnelles que religieuses et les habitudes de consommation de plus en plus excessive d’alcool posent un véritable problème de santé publique. Au niveau mondial, l’alcool est considéré comme le troisième facteur de risque de morbidité, après l’hypertension artérielle et le tabac. Il représente 3,8 % de la mortalité globale [1]. Il a été démontré que l’alcoolisation augmente le risque d’être auteur ou victime de nombreux méfaits et expose à des problèmes sanitaires et sociaux [2, 3, 4, 5].
2Au cours de son évolution, l’enfant en âge d’être scolarisé, puis l’adolescent, doit faire face à plusieurs défis successifs : l’adaptation à l’école primaire, l’adaptation à l’école secondaire, l’acquisition de la compétence scolaire, le développement de relations positives avec ses pairs et enfin le développement d’une identité autonome. Si la majorité des enfants et des adolescents relève avec succès ces défis, ils sont cependant exposés à des comportements à risques qui peuvent affecter leur santé, leur bien-être et leur réussite éducative [6].
3L’alcoolisation, ces dernières années, a pris de l’ampleur dans les pays développés avec le phénomène « binge drinking » [7, 8]. Ce phénomène est à l’origine de plusieurs conséquences préoccupantes. En Europe, la consommation nocive d’alcool est responsable d’environ 195 000 décès chaque année avec un décès sur 4 parmi les jeunes hommes et un sur 10 parmi les jeunes femmes [9]. Toutefois les conséquences de cette addiction sur la santé (morbidité et mortalité) et la vie sociale sont mal estimées dans les pays en développement notamment en Afrique de l’ouest. En Côte d’Ivoire, la loi portant Code des débits de boissons du 1er août 1964, en ses dispositions concernant la protection des mineurs contre l’alcoolisme, interdit de servir de l’alcool aux mineurs. Ces dispositions ne sont pas respectées et les débits de boissons existent, même aux abords des établissements scolaires. Les mineurs travaillent également dans les bars, les restaurants populaires appelés « maquis » et les boîtes de nuit, où ils consomment de l’alcool.
4Une enquête sur l’alcoolisme réalisée en 2009, par le programme national de lutte contre le tabagisme, l’alcoolisme, la toxicomanie et les autres addictions (PNLTA) dans plusieurs régions de la Côte d’Ivoire, a révélé que 70 % des élèves consommait l’alcool et l’âge d’initiation se situait entre 12 et 16 ans [10]. Conscients des dommages causés par l’alcool, de nombreux pays ont entrepris des actions de lutte contre ce fléau, actions allant de la sensibilisation à la répression. Malgré ces mesures, la consommation de boissons alcoolisées continue d’augmenter chez les élèves. En outre, en Côte d’Ivoire, peu d’études y ont été consacrées. Le but de notre étude est de déterminer les facteurs favorisant la consommation d’alcool chez les élèves.
Méthodes
5Notre étude a été menée dans un lycée public de Côte d’Ivoire. Il s’agit du lycée moderne d’Adjamé situé dans la ville d’Abidjan. Cette commune abrite le plus gros marché de Côte d’Ivoire, ce qui fait du commerce l’activité économique la plus dominante. Cet établissement d’enseignement général, compte 74 classes (de la sixième à la terminale) et 5 979 élèves inscrits au cours de l’année scolaire 2010/2011.
6Nous avons mené du 4 au 19 mai 2011 une étude transversale à visée descriptive et analytique. Cette étude a porté sur les élèves de tous niveaux d’étude ; de la sixième à la terminale et âgés de 10 ans au moins. Les niveaux d’étude constituaient les strates. Une classe par niveau d’étude était choisie à la suite d’un tirage aléatoire simple. Tous les élèves des classes choisies ont été enquêtés, excepté les absents pendant la période d’étude. Au total 316 élèves ont été interrogés.
7Une autorisation d’enquête nous a été accordée par le proviseur du lycée. La collecte des données s’est faite après explication de l’étude aux élèves des classes sélectionnées, ce qui a permis d’obtenir leur consentement. Les données ont été finalement recueillies à partir d’un questionnaire auto-administré, rendu anonyme par des numéros. Le questionnaire comportait des variables sociodémographiques, des facteurs pouvant être associés à la consommation d’alcool et des suggestions des élèves pour lutter contre la consommation d’alcool.
8Une double saisie a été opérée pour réduire les erreurs de saisie et les données ont été analysées à l’aide du logiciel Stata 11 avec un risque d’erreur de 5 % pour les tests statistiques. Les tableaux ont été réalisés avec les logiciels Excel et Word 2007.
9Les analyses descriptives ont été effectuées par le calcul des proportions des variables qualitatives, concernant les caractéristiques sociodémographiques des élèves et leurs habitudes de consommation de boissons alcoolisées. Pour la comparaison des proportions selon le genre, le test de chi deux a été utilisé avec un niveau de significativité de p ? 0,05.
10La recherche de facteurs associés à la consommation d’alcool chez les élèves a été effectuée en deux étapes. Premièrement une analyse bi-variée (Odds ratio bruts et Intervalles de confiances à 95 %) a été réalisée avec les différentes variables (la variable dépendante et les variables indépendantes). Deuxièmement les variables avec une valeur de p ? 5 % ont été incluses dans une analyse multi-variée (Odds ratio ajustés et intervalles de confiances à 95 %). Les variables croisées qui avaient une valeur p > 5 % n’ont pas été retenues comme facteurs liés à la consommation d’alcool chez les élèves.
Résultats
Population d’étude
11Les élèves de sexe masculin représentaient 55,4 %. L’âge moyen (ET) de nos enquêtés était de 16,1 (2,7) ans, dont la majorité (61,4 %) se situait entre 15-19 ans. La plupart des élèves (72,8 %) vivait avec leurs parents biologiques. Moins d’un quart (22,5 %) des élèves avait comme argent de poche au moins 5 000 f CFA par semaine (tableau I).
Caractéristiques sociodémographiques selon le sexe des élèves enquêtés du lycée moderne d’Adjamé (n = 316)*
Caractéristiques sociodémographiques selon le sexe des élèves enquêtés du lycée moderne d’Adjamé (n = 316)*
* ET : Ecart type1er cycle : 6e, 5e, 4e, et 3e
2nd cycle : 2nd, 1re et Tle
1 € = 655,957 francs CFA
Caractéristique des élèves consommant de l’alcool
12Un total de 114 élèves (36,1 %) ont rapporté consommer de l’alcool. La prévalence était plus élevée chez les garçons (64 %). L’âge de la première consommation d’alcool se situait en majorité entre 10-14 ans (48,8 %) chez les filles et entre 15-19 ans (49,3 %) chez les garçons. Les garçons consommaient plus l’alcool par plaisir (48 %) tandis que les filles le faisaient par effet de mode (31,7 %) ; toutefois la différence n’était pas statistiquement significative. La majorité des élèves consommait de l’alcool dans les bars et les maquis (65,8 %) avec des amis (84,2 %). Parmi les élèves qui consommaient de l’alcool, 37,7 % ont déclaré une ivresse et plus de la moitié (56,1 %) des cas d’ivresse se faisait à l’insu des parents. Soixante-dix pour cent des élèves qui ont déclaré une ivresse étaient de sexe masculin. La plupart des garçons qui ont déclaré une ivresse consommait plus d’une bouteille (43,3 %) de boisson alcoolisée, quant aux filles une seule bouteille (46,2 %) entraînait un état d’ébriété. La boisson alcoolisée la plus consommée par ceux-ci était la bière, 61,5 % chez les garçons et 56,7 % chez les filles. Près de la moitié (46,2 %) et 30 % des cas de récidives d’ivresse (plus de deux fois) ont été respectivement déclarés chez les filles et les garçons. Cet état d’ébriété se constatait le plus souvent les weekends et les jours fériés (79,1 %). D’autres caractéristiques des élèves qui consommaient l’alcool sont présentées dans le tableau II.
Caractéristiques des élèves consommateurs d’alcool selon le sexe du lycée moderne d’Adjamé (n = 114)
Caractéristiques des élèves consommateurs d’alcool selon le sexe du lycée moderne d’Adjamé (n = 114)
Facteurs favorisant la consommation d’alcool
13Une analyse multi-variée a permis de déterminer les facteurs influençant la consommation d’alcool chez les élèves dans notre étude. Il s’agissait du fait de ne pas être de la religion musulmane, d’avoir une somme hebdomadaire d’au moins 5000 F CFA (7,62 €), de vivre avec un parent qui consomme de l’alcool et de considérer l’alcool comme une boisson désaltérante ou ayant un effet antidépresseur. Les facteurs significatifs en analyse bi-variée tels que le sexe, la classe d’âge, la résidence, le niveau d’étude, les problèmes entre les élèves et les personnes avec qui ils vivent ne sont pas significatifs dans l’analyse multi-variée (tableau III).
Facteurs associés à la consommation d’alcool chez les élèves du lycée moderne d’Adjamé par la régression logistique
Facteurs associés à la consommation d’alcool chez les élèves du lycée moderne d’Adjamé par la régression logistique
Discussion
14Notre étude, qui a permis de montrer certains déterminants de la consommation d’alcool chez les élèves, présente quelques limites. Bien que les proportions d’ivresses soient déterminées chez les élèves, l’importance de la quantité a été mal estimée. En effet la capacité exacte des verres et des bouteilles de boissons alcoolisées ne sont pas standard, elle varie selon le lieu de consommation. Aussi les données sur l’âge de la première consommation lors de la pré-enquête n’étaient pas satisfaisantes. De ce fait, nous avons indiqué la variable « tranche d’âge » dans notre questionnaire, bien qu’elle puisse être source de biais d’information.
15Les résultats obtenus pourraient être sous-estimés du fait de l’utilisation de questionnaire auto-administré, du nombre de non répondants et du choix d’un seul établissement scolaire. Les questionnaires auto-administrés sont généralement cause de biais d’information. Pour combler les limites de cette étude, d’autres enquêtes devraient être réalisées en l’occurrence une enquête CAP dans plusieurs établissements scolaires aussi bien en milieu urbain que rural avec l’utilisation d’un questionnaire internationalement reconnu.
16Dans plusieurs sociétés africaines, les boissons alcoolisées sont utilisées dans toutes les cérémonies de réjouissance et même de deuil (funérailles). Les occasions de consommation ont été multipliées et encouragées dans le temps pour des raisons culturelles et économiques.
17La prévalence de la consommation d’alcool était de 36,1 % avec un IC95 [0,31-0,41] chez les élèves enquêtés. Cette prévalence est largement inférieure à celle du Cameroun où une étude réalisée à Yaoundé en 2006 a montré une prévalence de 83,2 % [11]. Plusieurs autres études ont montré également une prévalence élevée par rapport à la nôtre [12, 13, 14]. Les boissons alcoolisées sont affiliées à plusieurs cultures ; africaines, occidentales et australes. Les garçons en consommaient plus que les filles dans notre étude. Les garçons consommaient plus l’alcool pour le plaisir tandis que les filles le faisaient par effet de mode. Cette tendance alcoolique qui s’inverse dans les pays développés où les femmes consomment de plus en plus l’alcool [15] pourrait, si on n’y prend garde, se généraliser.
18La période de l’adolescence, âge de tous les dangers est marquée par un changement aussi bien morphologique que psychologique. En fait, tout au long de sa métamorphose, l’adolescent s’efforce d’atteindre trois objectifs essentiels : la pleine acceptation de son corps sexué, la rupture des liens de dépendance à ses parents et la projection dans l’avenir [16]. Des études ont montré un lien entre le risque de survenue d’une dépendance à l’alcool et l’âge d’initiation à l’alcool. Une étude menée aux États-Unis par le National Survey on Drug Use and Health (NSDUH) en 2004 a montré que le premier contact avec l’alcool avant dix ans, multiplie par sept le risque de dépendance à l’âge adulte [8, 17]. Au Québec, l’âge légal pour l’achat des boissons alcoolisées est de 18 ans. Cependant, la plupart des jeunes Québécois n’attendent pas cet âge pour boire leur premier verre [18]. En Côte d’Ivoire, aucune loi sur la limite d’âge n’existe. Également les règlements sur la production, le commerce, la distribution et la consommation régis par la loi N° 99-437 du 6 juillet 1999 ne sont pas respectés.
19L’âge de la première consommation se situait dans notre étude pour la plupart entre 10-14 ans chez les filles et entre 15-19 ans chez les garçons. Ces résultats montrent que l’initiation à la consommation d’alcool est plus précoce chez la fille. Ces résultats pourraient s’expliquer par une émancipation de la jeune fille adolescente qui veut également s’afficher et s’affirmer dans la société. Notre étude a aussi révélé que plus de la moitié des élèves qui consommait l’alcool, buvait la bière. Parmi ceux-ci plus des deux tiers étaient de sexe masculin. Ces résultats sont conformes à ceux trouvés par Spilka et coll. montrant que la bière est la boisson alcoolisée la plus consommée chez les lycéens (82 %) et les lycéennes (61 %) [19]. Concernant la consommation de liqueurs dans notre étude, les filles en consommaient autant que les garçons. Par contre, une étude réalisée en France a montré que les jeunes femmes consomment plus les alcools forts que les jeunes hommes avec une augmentation en 5 années, de près du double de la consommation [20]. Ces pratiques alcooliques pourraient être responsables chez les élèves d’échec scolaire et de décrochages. En effet tous les auteurs sont unanimes sur les dommages causés par l’usage nocif de l’alcool [5, 16, 18, 21]. La proportion de décès attribuables à l’alcool en France est de 13 % chez les hommes et 5 % chez les femmes [22], donnée mal estimée dans notre pays.
20Notre étude a montré un lien entre le montant d’argent de poche hebdomadaire et la consommation d’alcool. Cette situation pourrait se justifier par le fait que les élèves qui fréquentent le lycée hors de leur commune d’habitation recevaient plus d’argent de poche. Généralement les élèves qui habitent loin de leur lieu de fréquentation scolaire reçoivent de leurs parents une allocation pour le transport et la nourriture (le petit-déjeuner et le déjeuner), souvent certains parents en donnent plus. Le fait de donner beaucoup d’argent à un élève pourrait favoriser son usage à des fins non conventionnelles. De ce fait, la politique du ministère de l’Éducation nationale qui est d’affecter le maximum d’élèves dans leur commune de résidence devrait être encouragée. Ces données sont confirmées par une enquête québécoise réalisée sur les substances psycho-actives et le jeu chez les jeunes du secondaire, étude qui révèle que la consommation d’alcool est plus fréquente chez ceux qui ont une allocation hebdomadaire plus élevée [4]. Les parents et mêmes les éducateurs des établissements scolaires devraient être sensibilisés sur les nuisances de l’abus de l’alcool. La perception des boissons alcoolisées par les élèves comme « boissons désaltérantes, boissons ayant des effets antidépresseurs » les conduit le plus souvent à abuser de cette substance psychoactive. Ces résultats pourraient s’expliquer par une insuffisance voire une absence de connaissance, de communication sur l’alcool et les conséquences de sa consommation, aussi bien dans les écoles qu’au niveau de la cellule familiale. La publicité sur les boissons alcoolisées sans balise favorise la valorisation de l’alcool par les élèves, ignorant complètement les dangers de la consommation d’alcool. Les élèves qui vivaient avec des parents consommateurs d’alcool, en consommaient 4 fois plus que ceux qui vivaient avec des parents qui ne consomment pas l’alcool. Reda et al. ont mis en évidence le même facteur dans leur étude [23]. Cependant la prévalence de la consommation d’alcool chez les élèves dans l’étude de Reda était de 22,2 %. Dans notre étude, en plus de la perception de l’alcool par les élèves comme une boisson désaltérante et ayant un effet antidépresseur, la cohabitation avec des parents qui consomment l’alcool et le fait d’avoir beaucoup d’argent de poche, nous avons souligné un autre facteur qui est le fait de ne pas être de religion musulmane. En effet, les parents de confession musulmane sont plus stricts sur l’interdiction de la consommation de l’alcool à leurs enfants que les chrétiens. La santé publique ne peut contourner les déterminants religieux, d’où l’importance de la sensibilisation au niveau des leaders religieux et des fidèles.
21Parmi les élèves qui consommaient l’alcool, plus d’un tiers ont déclaré au moins un cas d’ivresse et plus de la moitié de ceux-ci, le faisait à l’insu des parents. Cet usage abusif et nocif de l’alcool pourrait être, entre autres, une des conséquences de la démission des parents dans l’éducation des enfants et l’absence d’occupation des élèves par des activités récréatives pendant les jours non ouvrés. L’absence de règlementation sur la consommation de l’alcool chez les mineurs, de même que la chute régulière des prix des boissons alcoolisées du fait de la concurrence, avec la publicité autour augmentent probablement l’usage abusif des boissons alcoolisées. Devant l’impact de l’usage nocif de l’alcool sur la santé publique, les États-membres de la région Afrique de l’OMS ont décidé de renforcer la lutte contre la consommation des substances psycho-actives, en adoptant la stratégie de réduction de l’usage nocif de l’alcool [24]. Afin de mener une action efficace, nous avons recueilli les suggestions des élèves, dont les plus citées étaient :
- la sensibilisation des élèves sur les conséquences de l’alcool ;
- l’éloignement des lieux de vente de boissons alcoolisées des écoles ;
- la création d’un centre d’écoute et de conseil ;
- les échanges entre parents et enfants ;
- l’interdiction d’achat et de consommation d’alcool au mineur.
Conclusion
22La lutte contre l’alcoolisme doit être en effet perçue dans notre pays comme une priorité sanitaire pour prévenir ou limiter la morbidité et la mortalité (directes et indirectes) en rapport avec l’usage nocif d’alcool. Si l’ensemble des populations sont concernées par les différentes politiques de lutte préventive, les jeunes et surtout les jeunes scolarisés constituent une cible essentielle de l’action à mener. De plus, en tant que « décideurs et leaders d’opinion de demain », il importe de préserver la santé de ces jeunes, pour le bénéfice de la société dans les années à venir.
23Aucun conflit d’intérêt déclaré
Références
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- 11Mvé Ona UL. La consommation d’alcool en milieu scolaire : cas de la ville de Yaoundé. Mémoire d’ingénieur d’application de la statistique ; 2006. Institut Sous-régional des Statistiques et d’Économie Appliquée (ISSEA). P99.
- 12Cazale L, Fournier C, Dubé G. Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire, 2008. Chapitre 4 : Consommation d’alcool et de drogues. Institut de la statistique du Québec 200, chemin Sainte-Foy Québec Novembre 2009 :91-147.
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- 18Alcool et santé. Les effets de la consommation précoce d’alcool. Causes et conséquences de la surconsommation à l’adolescence. Québec : Éduc’alcool, 2009, 12 p.
- 19Spilka S, Le Nézet O, Godeau E, Beck F. La consommation d’alcool parmi les collégiens en 2010 et les lycéens en 2011, en France. BEH 2013 ;n°?16, 17et 18 :168-71.
- 20Richard JB, Beck F, Spilka S. La consommation d’alcool des 18-25 ans en 2010 en France : spécificités et évolutions depuis 2005. BEH 2013 ;n° 16, 17 et 18 :176-9.
- 21Alcool et santé. Les effets de la consommation abusive d’alcool. Québec : Éduc’alcool, 2007, 13 p.
- 22Guérin S, Laplanche A, Dunant A, Hill C. Mortalité attribuable à l’alcool en France en 2009. BEH 2013 n° 16, 17 et 18 : 163-68.
- 23Reda AA, Moges A, Wondmagegn BY, Biadgilign S. Alcohol drinking patterns among high school students in Ethiopia : a cross-sectional study. BMC Public Health 2012 ;12 :213.
- 24Organisation Mondiale de la Santé. Stratégie mondiale visant à réduire l’usage nocif de l’alcool. Génève : OMS, 2010, 40 p.
Mots-clés éditeurs : adolescent, consommation alcool, Côte d'Ivoire, facteurs de risque, femmes, hommes, population urbaine
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Date de mise en ligne : 21/03/2014
https://doi.org/10.3917/spub.137.0107