S'abonner
Article de revue

L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020

Théo Boulakia et Nicolas Mariot, paru en 2023 aux éditions Anamosa

Pages 221 à 222

Citer cet article


  • Bourdillon, F.
(2026). L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020 Théo Boulakia et Nicolas Mariot, paru en 2023 aux éditions Anamosa. Santé Publique, . 38(1), 221-222. https://doi.org/10.3917/spub.261.0221.

  • Bourdillon, François.
« L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020 : Théo Boulakia et Nicolas Mariot, paru en 2023 aux éditions Anamosa ». Santé Publique, 2026/1 vol. 38, 2026. p.221-222. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-sante-publique-2026-1-page-221?lang=fr.

  • BOURDILLON, François,
2026. L’attestation. Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020 Théo Boulakia et Nicolas Mariot, paru en 2023 aux éditions Anamosa. Santé Publique, 2026/1 vol. 38, p.221-222. DOI : 10.3917/spub.261.0221. URL : https://stm.cairn.info/revue-sante-publique-2026-1-page-221?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spub.261.0221


Notes

  • [1]
    Les protestataires.

1 L’attestation est un livre d’historiens. Théo Boulakia et Nicolas Mariot reviennent sur les 55 jours de la suspension des libertés de déplacement en France au début de l’épidémie de Covid-19. Cette décision visait à freiner la propagation épidémique de la Covid.

2 Les auteurs décrivent les différentes formes de coercition : le type de surveillance ? La tactique pour surprendre et traquer les contrevenants ? Les durcissements ? Il y aura 21 millions de contrôles et 1,1 millions de verbalisations (5 %). Pour donner quelques chiffres de comparaison il y a eu 17 000 verbalisations au Royaume-Uni, 13 000 aux Pays-Bas et 50 000 en Belgique.

3 Ils s’interrogent sur l’équilibre recherché chez les individus : responsabilité ou coercition ? À partir de 16 000 questionnaires recueillis pendant le confinement en ligne « la vie en confinement », ils décrivent les logiques de conformisme et les figures de refus (analyses quantitatives et qualitatives). Ils font part de leur étonnement de l’absence de contre-pouvoir, de remise en cause de la politique gouvernementale de restriction des libertés publiques ou du principe ou de l’utilité de l’attestation. Seuls ont été dénoncés les contrôles insolites ou abusifs.

4 Des comparaisons européennes sont présentées. Elles sont très complexes du fait de dynamiques épidémiques très variables d’un pays à l’autre. Retenons qu’aucun pays nordique n’a mis en place de confinement au sens de l’interdiction d’aller se promener et que le confinement espagnol semble avoir été le plus dur. L’efficacité du confinement semble plutôt être liée à la fermeture des lieux d’enseignement, de travail et à l’interdiction des rassemblements.

5 Le chapitre « L’art français du confinement » décrit les mesures prises. Ainsi, l’attestation dérogatoire est présentée. La signification de la certification sur l’honneur et de la notion de responsabilité est discutée. Les mesures retenues, notamment par les préfets et les maires, ont été particulièrement restrictives sur le plan des libertés allant de la limitation des horaires de pratique sportive au couvre-feu. Certains maires ont été jusqu’à interdire l’usage des bancs publics et de nombreux lieux de nature et de détente (randonnées, pêche, chasse, cueillette dans les bois, prises de vue photographiques…), ainsi que l’accès aux plages, au prétexte que « le confinement ce n’est pas des vacances ». Les moyens de surveillance mis en œuvre – caméras, drones, hélicoptères – ont été parfois hallucinants. De nombreuses anecdotes sont présentées : celle de randonneurs en montagne, celle d’un homme parti se confiner dans un refuge, du cycliste isolé, le bouclage d’un supermarché, les verbalisations des résidents contrôlés à 1,3 km de leur domicile…

6 Une attention particulière est portée au glissement vers un soupçon généralisé de fraude pour tout individu présent en extérieur. De nombreux citoyens se sont, en effet, fait poser la question « Que faites-vous là alors que vous devriez être chez vous ? ». La matérialité des contrôles est effectuée par « La police des sorties » qui a été d’autant plus coercitive dans les départements ou communes obnubilés par la question sécuritaire et équipés pour la surveillance de masse. Les auteurs parlent d’ « inquiètement » qui semble avoir été « la raison première pour laquelle le confinement a marché ».

7 Grâce à leur enquête, les auteurs ont défini six groupes selon leurs « lignes de conduite » :

  • • les réfractaires (11 %), qui ont méthodiquement dépassé les limites fixées aux sorties et détourné l’attestation ;
  • • les protestataires [1] (6 %) – obéir mais protester –, qui ont chanté le soir depuis leurs fenêtres en désapprobation du gouvernement, rempli des attestations manuscrites (refus de l’attestation imprimée) et applaudi les soignants à 20 h ;
  • les insouciants (14 %), qui se sont autorisés des entorses occasionnelles sans en faire une politique systématique ; leurs transgressions étaient de confort ;
  • • les légalistes (25 %), qui respectent les restrictions de liberté sans prêter beaucoup attention aux gestes barrières ;
  • • les exemplaires (22 %), qui respectent les consignes de sortie et les recommandations ;
  • • et les claustrés (21 %).

9 Voilà un beau livre de sciences sociales bien documenté qui revient sur une mesure majeure du confinement : l’attestation visant à suspendre les libertés de déplacement en France. Il intéressera sûrement la communauté de santé publique, en particulier ceux en charge de la préparation des plans d’urgences face à la survenue d’épidémies émergentes.

10 À signaler, dans le cadre de l’émission « Les idées larges » sur le site d’Arte, une vidéo de 25 minutes présentant le livre, très bien montée par les équipes de production : https://www.youtube.com/watch?v=kGAnFW7vjus


Logo Souscrire pour ouvrir

Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.

Date de mise en ligne : 27/03/2026

https://doi.org/10.3917/spub.261.0221