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Chapitre 3. Science, pseudo-sciences et démagogisme cognitif

Pages 55 à 79

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  • Bronner, G.
(2014). Chapitre 3. Science, pseudo-sciences et démagogisme cognitif. Dans
  • V. Rasplus
Sciences et pseudo-sciences : Regards des sciences humaines (p. 55-79). Éditions Matériologiques. https://doi.org/10.3917/edmat.raspl.2014.01.0055.

  • Bronner, Gérald.
« Chapitre 3. Science, pseudo-sciences et démagogisme cognitif ». Sciences et pseudo-sciences Regards des sciences humaines, Éditions Matériologiques, 2014. p.55-79. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/sciences-et-pseudo-sciences--9782919694709-page-55?lang=fr.

  • BRONNER, Gérald,
2014. Chapitre 3. Science, pseudo-sciences et démagogisme cognitif. In :
  • RASPLUS, Valéry,
Sciences et pseudo-sciences Regards des sciences humaines. Paris : Éditions Matériologiques. Sciences & philosophie, p.55-79. DOI : 10.3917/edmat.raspl.2014.01.0055. URL : https://stm.cairn.info/sciences-et-pseudo-sciences--9782919694709-page-55?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edmat.raspl.2014.01.0055


Notes

  • [1]
    Jean-Michel Berthelot, Épistémologie des sciences sociales, PUF, 2001, p. 486.
  • [2]
    Raymond Boudon, L’Idéologie, Fayard, 1986 ; L’Art de se persuader, Fayard, 1990.
  • [3]
    Une enquête, parmi d’autres, montre que 36 % des Américains déclarent juger possible ou très probable l’implication d’officiers fédéraux dans les attentats.
  • [4]
    Gérald Bronner, La Démocratie des crédules, PUF, 2013.
  • [5]
    Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, Payot, 1982.
  • [6]
    Marco Bélanger, « La divination », in Renaud Marhic (dir.), Guide critique de l’extraordinaire, Les Arts Libéraux, 2002, p. 141.
  • [7]
    J’ai plus précisément défini cette notion dans mon livre, L’Empire des croyances, PUF, 2003. Mais, pour résumer, le marché cognitif appartient à une famille de phénomènes sociaux (à laquelle appartient aussi le marché économique) où les interactions individuelles convergent vers des formes émergentes et stables (sans être réifiées) de la vie sociale. Il s’agit d’un marché car s’y échangent ce que l’on pourrait appeler des produits cognitifs : hypothèses, croyances, connaissances, etc., qui peuvent être en état de concurrence, de monopole ou d’oligopole.
  • [8]
    La vieille opposition raison/émotion a perdu beaucoup de son attrait depuis que les sciences du cerveau ont montré combien ces deux réalités mentales pouvaient être intriquées. Voir Antonio Damasio, Le Sentiment même de soi. Corps, émotions, conscience, Odile Jabob, 2002.
  • [9]
    W.J. McGuire, « A syllogistic analysis of cognitive relationships », in Carl Hovland & Milton Rosenberg (eds), Attitude Organisation of Change, Yale University Press, 1960.
  • [10]
    Emeric Deutsch, « Anatomie d’une rumeur avortée », Le Genre humain, 5, 1982, p. 99-114.
  • [11]
    Karl Marx, Le Capital, livre I, Garnier-Flammarion, 1969, p. 69.
  • [12]
    Ibid., p. 71.
  • [13]
    Christian Bromberger, « Du but contre son camp à l’erreur d’arbitrage », Le temps des savoirs, n° 2, numéro spécial sur l’erreur, 2000.
  • [14]
    Massimo Piatelli-Palmarini, « Leurres du jugement », in Claude Fichler (dir.), Manger magique Autrement, n° 149, 1994.
  • [15]
    Gordon Allport & Leo Postman, The Psychology of Rumor, Henry Holt, 1947.
  • [16]
    Procuste était un brigand de l’Attique qui avait la cruauté, lorsqu’il voulait punir quelqu’un, de l’installer sur un lit de fer. Lorsque les personnes se trouvaient être plus petites que le lit, il les contraignait à une élongation fracassant leurs membres et lorsque c’était l’inverse, il coupait tout ce qui avait le malheur de dépasser.
  • [17]
    Pascal Moliner (Images et représentations sociales. De la théorie des représentations à l’étude des images sociales, PUG, 1996, p. 65) affirme : « Chaque fois que des individus seront confrontés à des contradictions portant sur une cognition centrale, ils réfuteront, d’une manière ou d’une autre, l’information qui leur aura été proposée. »
  • [18]
    Verena Aebischer, Jean-Pierre Deconchy & E. Marc Lipiansky, Idéologies et représentations sociales, Delval, 1991.
  • [19]
    Jerome Bruner & Cecile Goodman, « Value and need as organizing factors in perception », Journal abn.soc. Psychology, 1947, 42, p. 33-44.
  • [20]
    Verne Ray, « Techniques and problems in the study of the human color perception », Southwestern Journal Anthropoly, 8, 1952, p. 251-259.
  • [21]
    Le livre dirigé par Tversky, Kahneman & Slovic, Judgment under uncertainty : Heuristics and biaises, op. cit., constitue sans doute le point d’entrée idéal à la question. Pour une approche plus récente et pédagogique, on verra Daniel Kahneman, Système 1 système 2. Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2011.
  • [22]
    Ndé : voir note 7.
  • [23]
    Trente pour cent de nos concitoyens pensent que c’est le Soleil qui tourne autour de la Terre, et non l’inverse selon Un sondage effectué dans l’Union européenne entre le 10 mai et le 15 juin 2001 révèle que 26,1 % des sondés pensent que le Soleil tourne autour de la Terre, et 7,1 % confessent ne pas savoir. Ce sondage d’opinion, commandé par la Direction générale de la recherche, a été effectué dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne en 2001.
  • [24]
    Laurence Viennot, Raisonner en physique. La part du sens commun, De Boeck, 1996.
  • [25]
    Max Weber, Essais sur la théorie de la science, Plon, 1992.
  • [26]
    Un autre aspect impliqué par la notion de neutralité axiologique pose la question des catégories mentales avec lesquelles nous appréhendons le réel. Il ne s’agit plus ici de mettre en examen une contamination possible du connaître par les valeurs, mais la possibilité d’une connaissance objective du réel. Pour Weber, on le sait, l’objectivisme est un point de vue naïf sur les relations que la conscience individuelle entretient avec le monde. Nous ne pouvons appréhender un phénomène, aussi anecdotique et limité soit-il, qu’en lui faisant subir une opération mentale qui appauvrit son infinie complexité. Ce qui est vrai d’un phénomène anecdotique et limité l’est, a fortiori, d’un phénomène historique ou sociologique plus complexe. Il s’agit là d’une des bases de l’épistémologie de Weber.
  • [27]
    Weber, Essais sur la théorie de la science, op. cit., p. 132.
  • [28]
    Voir Julien Freund, Max Weber, PUF, 1969, p. 9.
  • [29]
    Platon, Le Ménon in Œuvres complètes, t.1, Gallimard, La Pléiade, 1950, p. 531.
  • [30]
    John Stuart Mill, Système de logique, Mardaga, 1988.
  • [31]
    Vilfredo Pareto, Traité de sociologie générale, Droz, 1968.
  • [32]
    Maurice Allais, « Le comportement de l’homme rationnel devant le risque : critique des postulats et axiomes de l’école américaine », Econometrica, 21(4), 1953, p. 503-546.
  • [33]
    Voir Tversky, Kahneman & Slovic, Judgment under uncertainty, op. cit.
  • [34]
    L’expression est de Susan Fiske & Shelley Taylor, Social cognition, Random House, 1984.
  • [35]
    On aurait tort de croire que, par exemple, que le malheureux cas de Diederik Stapel, ce psychologue social qui a truqué la plupart de ses résultats et s’est assuré provisoirement un succès international est un démenti à cette façon de voir les choses. En effet, certains peuvent sans doute passer entre les mailles d’un filet qui ne sont peut-être pas si serrées que je le suggère. Cependant, d’une part, par simple considération du probable, ils restent minoritaires et ne peuvent influencer que marginalement (et moins le plus souvent) l’histoire de la connaissance. D’autre part, ils finissent manifestement par se faire prendre : on peut faire l’administration de la preuve de leur tromperie, c’est donc bien que les méthodes de la science pour évaluer le vrai finissent par s’imposer, même dans ces cas.
  • [36]
    Andrew Shtulman & Joshua Valcarcel, « Scientific knowledge suppresses but does not supplant earlier intuitions », Cognition, 124, 2, 2012, p. 209-215.
  • [37]
    Sur ce point, voir le très bon dossier réalisé par Patrick Berger sur le site zetetique.ldh.org dont je m’inspire ici.
  • [38]
    Doron Witztum, Eliyahu Rips & Yoav Rosenberg, « Equidistant Letter Sequences in the Book of Genesis », Statistical Science, 9, 1994, p. 429-438.
  • [39]
    Une discipline qui prétend interpréter les livres sacrés en se fondant, par exemple, sur une retranscription numérique de la valeur des lettres pour trouver le sens secret de ces textes.
  • [40]
    Voir Brendan McKay et al., « Solving the Bible Code Puzzle », Statistical Science, 14, 1999, p. 150-173.
  • [41]
    Comme nous le montrons dans Gérald Bronner & Étienne Géhin, L’Inquiétant principe de précaution, PUF, 2010.
  • [42]
    Claire Sermage-Faure et al., « Childhood leukemia around French nuclear power plants – The geocap study, 2002–2007 », International Journal of Cancer, 131(5), 2012, E769–E780.
  • [43]
    Cathy Lafon, « Nucléaire : une étude française constate un doublement des leucémies infantiles près des sites nucléaires », maplanete.fr.
  • [44]
    Sylvestre Huet, « Leucémies et centrales nucléaires : désinformation ou information ? », Sciences2, janvier 2012.
  • [45]
    Jean-Paul Delahaye, Les Inattendus mathématiques, Belin, 2006.

On se tromperait si on pensait que ce qui permet de distinguer sciences et pseudo-sciences (astrologie, homéopathie, morphopsychologie, etc.) serait que les premières pourraient revendiquer une expression rationnelle tandis que les secondes tiendraient sur des propositions irrationnelles et passionnelles. Raymond Boudon a montré, à plusieurs reprises, que la partition rationalité/irrationalité était plus trompeuse qu’utile pour comprendre l’attraction que pouvaient représenter certaines idées douteuses.
Si l’on examine les légendes conspirationnistes du 11 septembre, pour prendre un exemple qui n’est pas tout à fait marginal, ce qui frappe, c’est la technicité et le nombre des arguments avancés. Ce mythe du complot peut sans doute recruter certains de nos contemporains parce qu’ils détestent l’Amérique, parce qu’ils se réjouissent que la preuve soit faite de la duplicité de certains de nos dirigeants, mais ils peuvent surtout le faire parce qu’ils se présentent sous la forme d’une argumentation redoutablement conçue pour convaincre. J’ai pu souligner ailleurs que c’était là une des caractéristiques de la crédulité contemporaine que de se faire passer pour de l’intelligence.
Cette forme redoutablement performante des croyances qui, souvent, n’hésitent pas à revendiquer l’autorité de la science, ne facilite pas le travail de celui qui chercher une ligne de démarcation claire entre science et pseudo-science. Si on ajoute à cela les arguments des relativistes et des constructivistes qui affirment que les propositions de la science ne peuvent revendiquer aucune forme de supériorité dans l’exercice de dire le vrai, on aboutit rapidement à une forme d’égalisation des discours sur le monde qui est tout à fait favorable aux pseudo-sciences…


Date de mise en ligne : 01/06/2022

https://doi.org/10.3917/edmat.raspl.2014.01.0055

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