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Chapitre III. Mes précurseurs

Pages 47 à 91

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  • Blamont, J.
(1987). Chapitre III. Mes précurseurs. Vénus dévoilée : Voyage autour d'une planéte (p. 47-91). Odile Jacob. https://stm.cairn.info/venus-devoilee--9782020096430-page-47?lang=fr.

  • Blamont, Jacques.
« Chapitre III. Mes précurseurs ». Vénus dévoilée Voyage autour d'une planéte, Odile Jacob, 1987. p.47-91. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/venus-devoilee--9782020096430-page-47?lang=fr.

  • BLAMONT, Jacques,
1987. Chapitre III. Mes précurseurs. In : Vénus dévoilée Voyage autour d'une planéte. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.47-91. URL : https://stm.cairn.info/venus-devoilee--9782020096430-page-47?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Monseigneur,
    … Les Motifs de notre Démarche sont le Progrès de l’Astronomie et l’Honneur de cette Nation ; qui paraît très particulièrement intéressée à l’exacte observation de ce phénomène rare que seul un Anglais a jamais observé, et dont le Dr Halley, un autre Anglais, a signalé et illustré l’intérêt. Et ce serait donner une trop juste matière aux reproches que les Étrangers pourraient adresser à cette Nation (qui ne le cède à aucune autre dans aucune branche du Savoir et particulièrement en Astronomie) : si, alors que le Roi de France envoie des observateurs non seulement à Pondichérie et au Cap de Bonne Espérance, mais aussi jusque dans la Partie Septentrionale de la Sibérie ; et que la Cour de Russie en fait de même aux Confins les plus Orientaux de la Grande Tartarie ; sans mentionner plusieurs Personnes qui se rendent pour la même raison en nombre d’Endroits à partir de différentes régions de l’Europe ; l’Angleterre négligeait d’envoyer des Observateurs en des lieux soumis à la Couronne de Grande Bretagne.
    Les pays étrangers l’attendent de notre part ; Parce que les Conséquences que l’on pourra déduire de ce Phénomène sont proportionnées au nombre des endroits lointains où des observations en seront conduites ; Et la Société Royale, voulant satisfaire l’Attente universelle du Monde, a estimé nécessaire de requérir votre intercession auprès de Sa Majesté, afin d’accomplir ce désir, ce qui ne se peut sans des dépenses disproportionnées à ses modestes ressources.
    Que même si la Société Royale se trouvait dans un État plus aisé ; il servirait mieux l’Honneur de Sa Majesté et celui de cette Nation qu’une Dépense de cette sorte employée à servir la Science et à répondre à l’Attente du Monde ne fut pas supportée par des Personnes Privées.
  • [2]
    Considérant que l’Académie des Sciences à Paris a désigné deux de ses membres pour se rendre en différentes parties du monde, pour observer le passage attendu de Vénus sur le Soleil ; l’un d’eux, le Porteur, Monsieur Pingré, doit procéder à une telle observation dans l’Isle Rodrigue dans les Indes Orientales ; considérant qu’il est nécessaire que le dit Monsieur Pingré ne souffre d’aucune interruption dans son voyage vers cette Isle ou dans son retour ; vous estes par la présente requis et instruit de la façon la plus stricte de ne molester sa personne ou ses effets sous aucune Raison, mais au contraire de le laisser procéder sans délai ni interruption à l’Exécution de son dessein.
    Donné de nos mains le 25e de Novembre 1760.
    Signé : Anson.

L’étude des planètes n’a pas eu pour principal résultat de les faire connaître elles-mêmes : les pages précédentes ont montré qu’on n’était parvenu à rien en apprendre jusqu’au début du xxe siècle. Mais elle a entraîné d’immenses conséquences non seulement dans l’histoire des sciences, mais dans l’Histoire tout court. La découverte des phases de Vénus a donné la victoire au modèle de Copernic ; celle des taches du Soleil a prouvé que le ciel n’est pas plus parfait que la Terre et doit donc obéir aux mêmes règles ; et surtout, la démonstration par Kepler que Mars parcourt une ellipse et non un cercle a causé la totale révolution de la mécanique et donné à l’homme la maîtrise de la nature. En effet, pour expliquer les orbites elliptiques, Newton introduisit un principe nouveau, que la force est proportionnelle à l’accélération alors que, jusqu’à lui, on suivait Aristote en croyant qu’elle était proportionnelle à la vitesse. Armé de ce principe, il lui suffit de postuler l’existence d’une attraction des corps matériels l’un sur l’autre, inversement proportionnelle au carré de la distance, pour obtenir des ellipses pour trajectoires. Étape décisive qui sépare l’Antiquité des Temps modernes, césure qui coupe l’Histoire en deux, ce changement de la loi fondamentale de la dynamique a seul permis le développement du machinisme. Tout l’effort du xviiie siècle revient à établir des fondations solides à l’édifice de Newton.
Cet édifice est d’abord un Système du monde parce que la proportionnalité de la force à l’accélération n’apparaît simplement qu’en l’absence de frottement, et que le seul endroit où, à l’époque, on sache faire des mesures sur un mouvement sans frottement est le milieu interplanétaire où ne joue qu’une seule force, la gravité ou attraction : la trajectographie des planètes offre l’unique moyen de démontrer la validité de la nouvelle dynamique…


Date de mise en ligne : 01/06/2022

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