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La place des femmes dans l’enseignement technique agricole en France, XIXe–XXe siècle

Pages 107 à 123

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  • Charmasson, T.
  • et Lelorrain, A.-M.
(2019). La place des femmes dans l’enseignement technique agricole en France, XIXe–XXe siècle. Cahiers de récits, 11(1), 107-123. https://doi.org/10.3917/cdr.011.0107.

  • Charmasson, Thérèse.
  • et al.
« La place des femmes dans l’enseignement technique agricole en France, XIXe–XXe siècle ». Cahiers de récits, 2019/1 N°11, 2019. p.107-123. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-cahiers-de-recits-2019-1-page-107?lang=fr.

  • CHARMASSON, Thérèse
  • et LELORRAIN, Anne-Marie,
2019. La place des femmes dans l’enseignement technique agricole en France, XIXe–XXe siècle. Cahiers de récits, 2019/1 N°11, p.107-123. DOI : 10.3917/cdr.011.0107. URL : https://stm.cairn.info/revue-cahiers-de-recits-2019-1-page-107?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cdr.011.0107


Notes

  • [1]
    Sur l’histoire de l’enseignement agricole, voir Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération. Textes officiels avec introduction, notes et annexes, Paris, Institut national de recherche pédagogique/Publications de la Sorbonne, 1992 ; Lelorrain Anne-Marie et Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours. Textes officiels avec introduction, notes et annexes, Lyon/Dijon, Institut national de recherche pédagogique/Educagri éditions, 2005 ; Charmasson Thérèse, Duvigneau Michel, Lelorrain Anne-Marie et Le Naou Henri, L’enseignement agricole. 150 ans d’histoire. Évolution historique et atlas contemporain, Dijon, Educagri éditions, 1999 ; voir également le blog de Michel Boulet, L’École des paysans : http://ecoledespaysans.over-blog.com/
  • [2]
    Arrêté du ministère de l’Agriculture portant création de l’école pratique de laiterie de Coëtlogon (Ille-et-Vilaine), 4 février 1886 ; Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 191194 ; sur l’évolution de cette école, voir le « Répertoire systématique des textes réglementaires », ibidem, p. 684.
  • [3]
    Sur les fermes-écoles et les écoles pratiques d’agriculture pour les garçons, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Introduction », p. XXXI-XXXIII, XC-CXVI, CXXXIII-CXXXV, « Répertoire systématique des textes réglementaires », p. 598-604 et p. 610-621.
  • [4]
    Arrêté du ministre de l’Agriculture portant création de l’école pratique de laiterie et de fromagerie de Kerliver, annexée à l’école Dehaie de Montigny, commune de Hanvec (Finistère), 31 mars 1890 ; arrêté du ministre de l’Agriculture créant une école de laiterie pour les filles sur le domaine de Meymac, situé commune du Monastier (Haute-Loire) et appartenant au docteur Bonhomme, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, RIPAYannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Répertoire systématique des textes réglementaires », p. 684-685.
  • [5]
    Sur l’enseignement saisonnier pour les garçons, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, RIPAYannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Introduction », p. CXVII-CXVIII, CXXXVII, « Répertoire systématique des textes réglementaires », p. 664-668 ; sur l’enseignement saisonnier pour les filles, CHARMASSONThérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, RIPAYannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Introduction, p. CXIX-CXXI, CXXXVI-CXXXIX ; « Répertoire systématique des textes réglementaires », p. 685-691.
  • [6]
    Lembré Stéphane, « L’expérience de l’enseignement agricole ambulant dans la région du Nord », Histoire et sociétés rurales, 34, 2010, 2, p. 149-180.
  • [7]
    Voir l’arrêté du 7 avril 1908 du ministre de l’Agriculture accordant à quatre départements (Nord, Oise, Pas-de-Calais, Seine-Inférieure) une subvention pour participation de l’État au fonctionnement d’écoles ambulantes ménagères agricoles et de laiterie, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 282-283.
  • [8]
    Rapport sur les écoles ménagères agricoles à l’étranger et sur la création en France d’institutions semblables, par M. Henry, professeur à l’école nationale d’horticulture de Versailles, à la suite de la mission à lui confier par décision du ministre de l’Agriculture en date du 12 avril 1906, Arch. nat., F10 2631, rapport publié en 1907 : Henry Louis, « Les écoles ménagères agricoles à l’étranger et leur création en France », Bulletin mensuel de l’Office de renseignements agricoles, 1907, p. 42-65, p. 173-191 et p. 323-345.
  • [9]
    Décret créant à l’école nationale d’agriculture de Grignon, une école supérieure d’enseignement agricole et ménager, 14 mai 1912, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 284-286.
  • [10]
    Loi portant organisation de l’enseignement professionnel public de l’agriculture, 2 août 1918, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 312-321.
  • [11]
    Décret portant règlement d’administration publique pour l’application de la loi du 2 août 1918 sur l’organisation de l’enseignement professionnel public de l’agriculture en ce qui concerne l’enseignement donné à l’Institut national agronomique, à la section normale supérieure et dans les établissements d’enseignement agricole ménager, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 391-395.
  • [12]
    Sur l’école supérieure d’enseignement agricole et ménager et la section normale supérieure de Grignon, voir la liste des textes réglementaires dans CHARMASSONThérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, RIPAYannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 692-693.
  • [13]
    Lelorrain Anne-Marie, « La vie quotidienne de l’enseignement agricole ménager, 1913-1922 », Annales d’histoire des enseignements agricoles, 4-5, 1992, p. 31-41.
  • [14]
    Instructions du sous-secrétaire d’État à l’Agriculture aux préfets sur l’application de la loi du 2 août 1918 relative à l’organisation de l’enseignement professionnel public de l’agriculture, 7 octobre 1920, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 353-391 : annexe V Modèle d’arrêté type de création d’une école agricole ménagère fixe ; annexe VI Modèle d’arrêté type de création d’écoles agricoles ménagères temporaires (fixes) ; annexe VII Modèle de budget type d’une école ménagère temporaire (fixe) ; annexe VIII Modèle d’arrêté type de création d’une école agricole ménagère ambulante, p. 372-391.
  • [15]
    Décret portant règlement d’administration publique pour l’exécution de la loi du 2 août 1920 sur l’organisation de l’enseignement public de l’agriculture en ce qui concerne : 1) l’enseignement post-scolaire public agricole pour les jeunes gens ; 2) l’enseignement agricole ménager post-scolaire public pour les jeunes filles, ibidem, p. 344-347 et p. 346 ; voir la liste des textes réglementaires concernant cet enseignement, ibidem, « Répertoire systématique des textes réglementaires », p. 668-678 et p. 695-696.
  • [16]
    Décret portant création d’une école nationale d’agriculture pour jeunes filles sur le domaine de Coëtlogon (Ille-et-Vilaine) et y annexant la section normale supérieure d’enseignement agricole et ménager, 17 février 1923, liste des textes réglementaires relatifs à cet établissement dans CHARMASSONThérèse (dir.), LELORRAINAnne-Marie, RIPAYannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 694-695.
  • [17]
    Décret relatif à la formation professionnelle agricole, précédé d’un rapport au président de la République, 17 juin 1938, dans Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, Ripa Yannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 424-443.
  • [18]
    Loi relative à l’apprentissage agricole, 18 janvier 1929, ibidem, p. 417-418.
  • [19]
    Pour le régime de Vichy, voir loi portant organisation de l’enseignement agricole public, 5 juillet 1941 ; loi relative à l’organisation de l’enseignement public agricole, 12 juin 1943, Charmasson Thérèse (dir.), Lelorrain Anne-Marie, RIPAYannick, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Révolution à la Libération…, op. cit., « Introduction », p. CXLIII-CXLV, « Textes officiels relatifs à l’enseignement agricole et vétérinaire », p. 446-453 ; Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 11-12.
  • [20]
    Voir par exemple le Projet de loi relatif à l’enseignement et à la formation professionnelle agricoles (exposé des motifs), 9 avril 1960, ibidem, p. 212-221.
  • [21]
    Loi n° 70-91 du 2 août 1960 relative à l’enseignement et à la formation professionnelle agricoles dite loi Debré, 2 août 1960, ibidem, p. 222-225.
  • [22]
    Décret n° 61-632 d’application de la loi du 2 août 1960 organisant l’enseignement et la formation professionnelle agricoles, Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 234-256 ; sur l’enseignement féminin, p. 237-238 et p. 249-250.
  • [23]
    Arrêté du ministre de l’Agriculture relatif aux modalités d’obtention des certificats d’aptitude aux fonctions de professeurs techniques adjoints d’atelier de collège agricole et de professeurs techniques adjoints de travaux pratiques agricoles et domestiques de collège agricole féminin, 12 mars 1968, Journal officiel, 9 juin 1968, p. 5542.
  • [24]
    Arrêté du ministre de l’Agriculture fixant les modalités d’attribution du brevet d’apprentissage agricole, arrêté du ministre de l’Agriculture fixant les modalités d’attribution du brevet d’enseignement agricole et d’agent technique agricole, arrêté du ministre de l’Agriculture fixant les modalités d’attribution du brevet de technicien supérieur agricole de laiterie, 20 août 1964, Lelorrain Anne-Marie, BOBBIOMarigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 317-333 ; arrêtés du ministre de l’Agriculture fixant les modalités d’attribution des brevets d’apprentissage agricole, d’enseignement agricole, d’agent technique agricole et de technicien agricole dans l’enseignement féminin agricole, 8 septembre 1965, ibidem, p. 385-388.
  • [25]
    Arrêtés du ministre de l’Agriculture créant les brevets de technicien agricole dans les différentes options, 9 juin 1971, Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 528-551, « Option économie familiale rurale », p. 536-537.
  • [26]
    Arrêté du ministre de l’Agriculture, 2 mai 1967, Journal officiel, 23 mai 1967, p. 50-68 ; arrêtés du ministre de l’Agriculture relatifs aux brevets de technicien supérieur agricole, 14 mars 1969, LELORRAINAnne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 463-474, « Économie et technique de l’entreprise agricole (option féminine) », p. 465 et p. 474.
  • [27]
    Arrêté du ministre de l’Agriculture fixant les modalités d’attribution du brevet d’études professionnelles agricoles, 25 novembre 1971, Journal officiel, 22 décembre 1971, p. 1229-1235.
  • [28]
    Pour ces différents diplômes, voir Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., « Répertoire systématique des textes officiels recensés », p. 981- 998.
  • [29]
    Voir note 22 ; décret n° 64-888 modifiant l’organisation de l’enseignement agricole féminin prévu par le décret n° 61-632 du 20 juin 1960 portant application de la loi du 2 août 1960 sur l’enseignement et la formation professionnelle agricoles, Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 314-316.
  • [30]
    Voir la liste des textes réglementaires relatifs à ces deux établissements, Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 932-933.
  • [31]
    Décret relatif aux rattachements d’organismes d’enseignement et de formation professionnelle agricoles à des établissements publics nationaux, portant transformation d’établissements publics nationaux et érigeant un lycée d’enseignement professionnel agricole en établissement public national : « Le statut d’établissement public national à caractère administratif doté de l’autonomie financière est confirmé pour l’École nationale féminine d’agronomie de Clermont-Ferrand-Marmilhat, compte tenu du changement de dénomination de cet établissement en Institut national de la montagne », 4 octobre 1979, Journal officiel, 7 octobre 1979, p. 8363 NC.
  • [32]
    Décret portant transformation d’établissements publics nationaux d’enseignement agricole dotés de l’autonomie financière et mettant fin au rattachement de certains établissements à des lycées ou des collèges agricoles dotés de l’autonomie financière, dernier paragraphe : « Le statut d’établissement public national à caractère administratif doté de l’autonomie financière est confirmé pour l’École nationale féminine d’agronomie de Toulouse, compte tenu du changement de dénomination de cet établissement en école nationale de formation agronomique », 28 août 1978, Journal officiel, 7 septembre 1978, p. 7048-7049 NC.
  • [33]
    Pour l’École nationale d’enseignement ménager agricole de Coëtlogon-Rennes et l’École nationale supérieure féminine, voir la liste des textes réglementaires, LELORRAINAnne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 929-931.
  • [34]
    Archives personnelles de René Châtelain, auteur de L’agriculture française et la formation professionnelle, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1958.
  • [35]
    Exposé des motifs du projet de loi portant rénovation de l’enseignement agricole public, 19 avril 1984, Lelorrain Anne-Marie, Bobbio Marigold, L’enseignement agricole et vétérinaire de la Libération à nos jours…, op. cit., p. 689-692 ; Loi n° 84-579 portant rénovation de l’enseignement agricole public, ibidem, p. 692-696.
  • [36]
    Loi n° 84-1285 portant réforme des relations entre l’État et les établissements d’enseignement agricole privés et modifiant la loi n° 84-579 portant rénovation de l’enseignement agricole public, ibidem, p. 699-705.
  • [37]
    Voir note 33.
  • [38]
    Voir les différentes publications réalisées à l’occasion de ce 150e anniversaire : Boulet Michel, Lelorrain Anne-Marie et Vivier Nadine, 1848. Le printemps de l’enseignement agricole, Dijon, Educagri éditions, 1998 ; CHARMASSONThérèse, DUVIGNEAUMichel, LELORRAINAnne-Marie et Le Naou Henri, L’enseignement agricole, op. cit. ; Boulet Michel (dir.), Les enjeux de la formation des agriculteurs, 1760-1945. Actes du colloque ENESAD, 19- 21 janvier 1999, Dijon, Educagri éditions, 2000 ; Boulet Michel (dir.), La formation des acteurs de l’agriculture. Continuités et ruptures. 1945-1985. Actes du colloque ENESAD, 27-29 janvier 2001, Dijon, Educagri éditions, 2003 ; pour les chiffres, voir Ministère de l’Agriculture et de la pêche, Rapport d’activité 1998, Paris, 1999.
  • [39]
    Loi n° 99-574 d’orientation agricole, 9 juillet 1999, Journal officiel, 10 juillet 1999 : www.legifrance.gouv.fr.
  • [40]
    Sur ce dernier point, on peut consulter une étude récente, comparant la situation des femmes dans le domaine agricole en Franche-Comté et en Suisse, réalisée dans le cadre du projet d’un programme de recherche inter-régional de l’arc jurassien, FARAH (Femmes en agriculture : responsables et autonomes en complémentarité avec les hommes) : Bihler Aline, Jérôme Loan et Miéville-Ott Valérie, La place des femmes en agriculture. Participation des femmes dans les exploitations agricoles et dans les organisations professionnelles agricoles en Franche-Comté et en Suisse, août 2013 : www.pardessuslahaie.net.

1 Avant de parler de la place des femmes dans l’enseignement « technique » agricole en France, il faut sans doute rappeler les grandes étapes du développement de celui-ci depuis le début du xixe siècle [1].

2 On peut en effet distinguer trois grandes périodes dans l’histoire de l’enseignement agricole en France : avant 1848, une série d’initiatives, tant publiques que privées, aboutissent à la création de cours et d’établissements répondant à des besoins précis, au niveau national, comme au niveau régional ou local, sans qu’il y ait constitution d’un réseau cohérent et hiérarchisé. Si l’État se préoccupe de la formation de ses agents, avec la création de l’École des eaux-et-forêts et l’École des haras, il ne souhaite pas, semble-t-il, s’engager dans la formation de l’ensemble des agriculteurs, tout en soutenant, par le biais de subventions, les établissements créés par les particuliers dès 1822 et qui se multiplient à partir des années 1830-1840. Durant cette première période, les femmes sont complètement absentes dans la réglementation comme dans les établissements eux-mêmes, uniquement consacrés à la formation des jeunes gens.

3 De 1848 à 1912, se développent simultanément l’enseignement « professionnel » agricole et l’enseignement de l’agriculture dans l’enseignement général. Le décret du 3 octobre 1848 constitue le premier texte réglementaire d’ensemble pour l’enseignement professionnel agricole. Il établit, pour la première fois, une hiérarchie d’établissements comportant trois niveaux : fermes-écoles, écoles régionales d’agriculture et Institut national agronomique, chacun de ces niveaux s’adressant à une catégorie spécifique de jeunes gens et répondant à un besoin de formation particulier. Cet édifice est par ailleurs rapidement détruit, avec la suppression de l’Institut national agronomique en 1852 et ne subsistent, jusqu’en 1875, que deux niveaux : un niveau élémentaire représenté par les fermes-écoles et un niveau supérieur avec l’école d’agriculture de Grignon. La création des écoles pratiques d’agriculture, par la loi du 30 juillet 1875, vient combler la lacune existant au niveau moyen. Mais durant cette période, comme durant la période précédente, il n’est jamais question d’un enseignement destiné de façon spécifique aux jeunes filles et il n’est jamais fait mention de celles-ci dans les établissements euxmêmes qui apparaissent toujours réservés aux jeunes gens.

4 Parallèlement à cet enseignement « professionnel » de l’agriculture, géré par le ministère de l’Agriculture, se fait jour, dès les années 1830, mais surtout sous le Second Empire, la volonté de dispenser un enseignement agricole et horticole au sein de l’enseignement général, dans les écoles primaires et les écoles normales d’instituteurs. Cette action, menée par le ministère de l’Instruction publique, en liaison avec celui de l’Agriculture, aboutit à la mise en place, par la loi du 16 juin 1879, de chaires départementales d’agriculture qui donnent naissance, en 1912, aux directions des services agricoles.

5 Mais ce n’est que dans les premières années du xxe siècle qu’on voit se développer un nouveau type d’enseignement agricole, l’enseignement saisonnier et s’affirmer un enseignement jusque-là embryonnaire destiné aux jeunes filles. Ce dernier est inscrit dans la loi et intégré à l’enseignement « technique » agricole par la loi du 2 août 1918 qui réorganise l’ensemble de l’enseignement « professionnel » agricole et fixe la hiérarchie des différentes catégories d’établissements apparues au cours du xixe siècle et dans les premières années du xxe siècle. La loi du 2 août 1918 met par ailleurs en place un nouveau type d’enseignement, l’enseignement postscolaire agricole au sein duquel les jeunes filles trouveront leur place avec l’enseignement post-scolaire agricole ménager.

6 C’est à partir de 1918, mais surtout de la fin des années 1920 que se développent l’apprentissage agricole et les cours par correspondance, ouvrant la voie à un enseignement agricole privé peu important jusqu’alors. Les modifications apportées pendant la Seconde Guerre mondiale, par les lois des 5 juillet 1941 et 12 juin 1943 ne remettent pas fondamentalement en cause les structures issues de la loi du 2 août 1918 et de ses différents décrets d’application.

Les premières écoles d’enseignement agricole pour les jeunes filles : les écoles pratiques de laiterie

7 C’est de 1886 que date la première école d’enseignement professionnel agricole spécialement destinée aux jeunes filles, l’école pratique de laiterie de Coëtlogon (Ille-et-Vilaine) [2]. Cette école, créée par arrêté du ministère de l’Agriculture du 4 février 1886 a un statut particulier, puisqu’elle est annexée à la ferme-école de Trois-Croix qui figure dès 1845 dans la liste des fermes modèles établie par le ministère de l’Agriculture (et sera transformée en école pratique d’agriculture pour les jeunes gens le 30 novembre 1888 [3]).

8 Cette école pratique de laiterie, qui « reçoit des jeunes filles » est « destinée à [les] initier à la pratique raisonnée des manipulations du lait, de la fabrication du beurre et du fromage, des soins à donner à la bassecour et aux vaches laitières ». Les élèves, âgées d’au moins 14 ans, doivent subir un examen d’entrée portant sur la langue française, l’arithmétique et le système métrique, ainsi que sur l’histoire et la géographie de la France. La durée des études est de six mois, mais les élèves qui en feront la demande pourront rester l’année entière.

9 L’enseignement dispensé est à la fois théorique et pratique. L’enseignement théorique comprend les matières suivantes : Étude de la vache laitière, caractères, soins, alimentation, élevage et engraissement des veaux ; Hygiène, étable ; Technologie du lait, caveaux, séchoirs, bâtiments et matériel, fabrication du beurre et du fromage, utilisation des déchets de laiterie ; Porcherie et basse-cour, élevage et engraissement. La moitié de la journée est consacrée à l’étude et la seconde moitié aux travaux pratiques (laiterie, basse-cour, jardinage, etc.). À l’issue de leurs études, les élèves passent un examen de sortie devant le comité de surveillance et de perfectionnement de la ferme-école des Trois-Croix et reçoivent un certificat d’instruction délivré par le ministre sur proposition du jury d’examen.

10 Une deuxième école pratique de laiterie voit le jour, en 1890, à Kerliver (Finistère), par transformation de l’école ménagère fondée en 1884 et une troisième, en 1900, au Monastier (HauteLoire [4]).

Le développement de l’enseignement féminin : l’enseignement agricole ménager

11 C’est parallèlement à la mise en place progressive, à partir de 1902, et en dehors de tout cadre réglementaire, de l’enseignement agricole saisonnier pour les garçons, que se développe un enseignement agricole ménager pour les jeunes filles. Ces premières écoles « volantes » ou « ambulantes » jouent, pour les filles, un rôle semblable à celui des écoles d’agriculture d’hiver pour les garçons [5]. En 1902, est ainsi créée dans les Côtes-du-Nord, la première école volante ménagère agricole : celle-ci tient des sessions d’environ trois semaines et se déplace de village en village. Une seconde école du même type se met peu après en place en Ardèche.

12 La première école ménagère ambulante ouvre ses portes dans le département du Nord, le 5 décembre 1905, à l’initiative du professeur départemental d’agriculture, puis une deuxième en 1906, dans le Pas-de-Calais [6]. En 1907 s’ouvrent celles de l’Oise, de la Seine-Inférieure, de la Haute-Marne et du Puy-de-Dôme ; en 1909, celles de l’Isère, des Deux-Sèvres et de la Haute-Loire. À la fin de l’année 1914, on compte, sur l’ensemble du territoire français, 17 écoles de ce type.

13 Ces écoles, comme les écoles d’agriculture d’hiver destinées aux jeunes gens, fonctionnent avec une subvention du département à laquelle vient s’ajouter une subvention de l’État. Elles sont placées sous la responsabilité du professeur départemental d’agriculture [7]. Chaque session dure environ trois mois et les programmes, dont l’enseignement est assuré par une directrice et une sous-maîtresse, portent sur « l’hygiène, l’économie domestique, l’éducation morale, la laiterie, l’agriculture et le jardinage, la production et l’exploitation du bétail, l’aviculture, l’apiculture et la comptabilité agricole et ménagère ».

14 Louis Henry (1854-1913), professeur à l’École d’horticulture de Versailles, chargé d’une enquête, en avril 1906, sur les écoles ménagères agricoles en France et à l’étranger souligne dans son rapport la « nécessité d’une instruction et d’une éducation spéciale pour les filles et les femmes de cultivateurs » : « C’est sur les épaules de la femme que repose la prospérité de l’exploitation, mais c’est d’elle aussi que dépend le maintien des hommes à la terre. » Henry rappelle également le rôle de la femme dans la gestion de la maison, de l’exploitation des produits de basse-cour, de la laiterie et du potager et propose la création, pour les jeunes filles, de trois types d’écoles : des « écoles d’enseignement complémentaire et professionnel agricole » se rapprochant des écoles pratiques d’agriculture pour les garçons, des « écoles ménagères agricoles proprement dites » et des « écoles ménagères agricoles temporaires et ambulantes » sur le modèle des écoles d’agriculture d’hiver mises en place pour les garçons. Il évoque en outre la création d’écoles nationales de niveau supérieur pour les jeunes filles [8].

15 C’est la première fois qu’est envisagée une politique d’ensemble pour la mise en place d’un enseignement agricole destiné aux jeunes filles. Ces préoccupations trouvent un écho auprès du Parlement qui vote un crédit spécial de 40 000 francs pour l’enseignement ménager agricole en 1908, crédit qui est porté à 60 000 francs en 1909 et à 200 000 francs en 1917, permettant la création de 16 nouvelles écoles ménagères ambulantes.

16 Au niveau supérieur, une « école supérieure de l’enseignement agricole et ménager » est, par décret du 14 mai 1912, annexée à l’école nationale d’agriculture de Grignon [9]. Cette école, qui utilise les locaux de l’école nationale d’agriculture de garçons pendant les vacances de celle-ci, comprend deux sections : une section normale supérieure pour la formation de maîtresses capables de dispenser « un enseignement agricole et ménager très pratique » et une section d’enseignement supérieur, destinée à donner aux « filles de propriétaires, de fermiers, une éducation en rapport avec la profession agricole, ainsi qu’une instruction agricole et ménagère ». Dès 1912, l’école reçoit 39 élèves pour la section normale et 7 élèves pour la section supérieure, soit au total 46 élèves.

17 Le nombre de jeunes filles touchées par cet « enseignement technique agricole » reste toujours très faible : en 1912-1913, les 33 écoles ménagères agricoles et les 3 écoles ménagères fixes existant à cette date ne reçoivent que 775 élèves. Il faut toutefois rappeler qu’à la même date, les 10 fermes-écoles, les 20 écoles d’agriculture fixes et ambulantes et les 37 écoles pratiques d’agriculture de garçons n’accueillent alors que 1 842 élèves.

L’enseignement agricole féminin : un ensemble d’établissements créé en 1918

18 Afin de développer l’enseignement professionnel de l’agriculture tout en le réorganisant et en y incluant les nouveaux types d’établissements créés entre 1900 et 1912, le ministère de l’Agriculture dépose, le 30 mars 1912, un projet de loi sur « l’organisation de l’enseignement professionnel de l’agriculture ». Ce texte ne sera voté qu’après la Première Guerre mondiale, le 2 août 1918. Cette loi, « portant organisation de l’enseignement professionnel de l’agriculture », donne dans son titre II, la liste des établissements dispensant un enseignement « professionnel » ou « technique » de l’agriculture destiné aux jeunes filles, le titre I indiquant les écoles destinées aux jeunes gens. Figurent sur cette liste l’Institut national agronomique, les écoles nationales d’agriculture, les écoles ménagères agricoles fixes, temporaires ou ambulantes et l’enseignement agricole ménager post-scolaire [10].

19 L’enseignement agricole féminin, dans son ensemble, est réglementé par le décret du 24 décembre 1920 « portant règlement d’administration publique pour l’application de la loi du 2 août 1918 sur l’organisation de l’enseignement professionnel public de l’agriculture en ce qui concerne l’enseignement aux jeunes filles, donné à l’Institut national agronomique, à la section normale supérieure et dans les établissements d’enseignement ménager agricole [11] ».

20 Au niveau supérieur, contrairement à ce que prévoyait la loi du 2 août 1918, seul l’Institut national agronomique accueille désormais les jeunes filles : l’article 1 de ce décret porte que les jeunes filles peuvent prendre part aux concours d’admission à l’Institut national agronomique. « Elles y sont reçues au même titre que les jeunes gens et y obtiennent dans les mêmes conditions le diplôme d’ingénieur agronome ou le certificat d’études. » Le décret ne fait qu’entériner un état de fait. En effet, les jeunes filles sont admises à l’Institut national agronomique depuis la rentrée 1918 en application d’un arrêté du ministère de l’Agriculture en date du 6 juillet 1917.

21 La section normale supérieure, dont la loi du 2 août 1918 prescrivait la création « pour assurer la préparation des professeurs et directrices des écoles d’enseignement agricole féminin », est, par le même décret, annexée à l’une des écoles nationales d’agriculture. Cette section était, depuis le décret en date du 14 mai 1912, rattachée à l’école nationale d’agriculture de Grignon [12]. Après la création, en 1923, de l’école nationale d’agriculture de jeunes filles de Coëtlogon-Rennes, la section normale y sera annexée.

22 La directrice et les professeurs de cette section avaient été chargées, par le décret rattachant la section normale supérieure à l’école nationale d’agriculture de Grignon, de l’inspection des écoles ménagères agricoles et des écoles d’agriculture pour jeunes filles. Au cours de l’année scolaire, ces « inspectrices » sillonnent la France dans des conditions très difficiles. Elles sont dotées d’un matériel démontable, comprenant fourneau, couveuse, machine à coudre, etc., et doivent, à chaque endroit, aménager ou réaménager des locaux pédagogiques [13].

23 Au niveau moyen, l’enseignement agricole ménager est dispensé dans les écoles agricoles ménagères fixes et dans les écoles ménagères agricoles temporaires ou ambulantes. Les instructions du sous-secrétaire d’État à l’Agriculture aux préfets sur l’application de la loi du 2 août 1918 en date du 7 octobre 1920 ont proposé « des modèles d’arrêtés types ou de budgets types pour les différentes écoles envisagées ». Les annexes V, VI, VII et VIII qui proposent respectivement des modèles d’arrêté type de création et des modèles de budget pour les écoles ménagères agricoles fixes, temporaires fixes et ambulantes, précisent les modalités d’ouverture et de fonctionnement de ces différents types d’établissements et les enseignements qui y seront dispensés [14].

24 Au niveau élémentaire, les cours post-scolaires agricoles ont été réglementés par le décret du 13 juillet 1920 qui fixe les conditions d’exercice de cet enseignement, dont les dépenses incombent pour l’essentiel aux communes, l’État ne prenant en charge que les indemnités versées aux instituteurs qui le dispenseront [15]. L’enseignement postscolaire agricole destiné aux jeunes filles a pour but de faire prendre conscience à la jeune fille du rôle à la fois « agricole, économique et social de la fermière » et « doit être avant tout concret, utilitaire, vivant ». Il porte sur l’économie domestique, la cuisine, la couture et le tricotage, l’hygiène et la puériculture, l’agriculture, l’horticulture (pour l’entretien du jardin), la zootechnie et l’entretien de la basse-cour, la laiterie et la fromagerie et comporte également des notions de zoologie agricole, de sciences physiques et naturelles et de chimie appliquées à l’agriculture, ainsi que de botanique.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale

25 À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’enseignement agricole destiné aux jeunes filles comporte donc, comme celui destiné aux jeunes gens, différentes catégories d’établissements.

26 Au niveau supérieur, à l’École nationale d’agriculture « destinée aux jeunes filles », installée sur le domaine de Coëtlogon (Ille-et-Vilaine) en 1923, est annexée la section normale supérieure d’enseignement agricole et ménager qui fonctionnait jusqu’alors à Grignon [16].

27 L’enseignement moyen est essentiellement représenté par les écoles ménagères agricoles ambulantes, seules deux écoles pratiques fixes, celles de Kerliver et de Coëtlogon, subsistant. Ces écoles ménagères agricoles ambulantes, au nombre de 61 en 1932, « destinées à donner une instruction agricole ménagère à des jeunes filles qui ne peuvent fréquenter pendant une année une école spéciale ménagère », se déplacent dans un département donné pour des sessions d’environ trois mois.

28 Au niveau élémentaire, l’enseignement post-scolaire ménager agricole, en dépit des encouragements apportés par le ministère de l’Agriculture, ne connaît qu’un succès mitigé. Seul le caractère obligatoire des cours post-scolaires permettra d’en assurer le développement de façon durable, ce qui n’est acquis qu’en 1938. Le décret du 17 juin 1938, pris à la suite de celui du 24 mai 1938 stipulant « pour tous les enfants de 14 à 17 ans employés ou admis dans les entreprises industrielles ou commerciales, l’obligation de recevoir, sans préjudice d’un complément de culture générale, une éducation professionnelle et pratique », prévoit que l’enseignement post-scolaire agricole et l’enseignement ménager agricole post-scolaire seront désormais obligatoires pour tous les jeunes gens âgés de 14 à 17 ans et pour toutes les jeunes filles âgées de plus de 13 ans, se destinant à l’agriculture [17]. Cet enseignement, dispensé sur trois ans, à raison de 120 heures par an, devra comporter des cours, des démonstrations, des applications, des visites d’exploitations et d’établissements agricoles et des travaux agricoles et artisanaux et sera sanctionné par le certificat d’études agricoles pour les garçons et le certificat d’études agricoles ménagères pour les filles. L’article 8 de ce décret du 17 juin 1938 prévoit en outre que l’enseignement agricole ménager post-scolaire « peut également être donné par correspondance ».

29 La loi du 18 janvier 1929, « charte de l'apprentissage agricole », a ouvert par ailleurs à tout exploitant agricole la possibilité de placer ses enfants comme apprentis chez un particulier, exploitant agricole, ou de le prendre sur sa propre exploitation, en faisant donner à l’apprenti un enseignement professionnel, soit dans l’exploitation par le chef d’exploitation lui-même, soit dans des établissements ou des cours professionnels agricoles placés sous le patronage du ministère de l’Agriculture [18]. Ces deux dispositions vont permettre et favoriser le développement d’un enseignement agricole privé, jusqu’alors peu important et, en particulier, celui des maisons familiales rurales.

Après la libération

30 Après la Libération, les mutations du monde agricole et, notamment, la généralisation de la mécanisation conduisent à des modifications importantes dans la formation des ruraux [19]. À partir de 1956, il faut en outre prendre en compte l’ouverture des marchés due à l’instauration du Marché commun. Le maintien à la terre et la protection des exploitations familiales restent pourtant des thèmes récurrents dans le discours politique des différents partis, quels qu’ils soient. Ce n’est qu’alors que les femmes d’agriculteurs, mieux formées, apparaissent dans le champ public, grâce en particulier à l’action de la Jeunesse agricole catholique féminine (JACF) qui demande davantage d’égalité entre les hommes et les femmes au sein de l’exploitation et met en valeur le rôle de l’épouse, pour laquelle elle revendique une plus grande autonomie. Les membres de la JACF se déplacent ainsi de réunion en manifestation avec, dans certains cas, une roulotte, montrant comment l’habitat des jeunes ménages peut être dissocié de celui des parents ou des beaux-parents.

31 Plusieurs projets de loi se donnent pour but de favoriser la modernisation de l’agriculture tout en élevant le niveau de vie de ses acteurs, filles et garçons, et en leur donnant « les éléments de culture indispensables à leur développement intellectuel ». Toutefois les différentes familles politiques divergent sur la façon d’y parvenir [20].

32 La loi du 2 août 1960, une des six lois votées sous l’impulsion du Premier ministre, Michel Debré, visant à adapter l’agriculture française aux lois du marché, vient réformer en profondeur l’enseignement professionnel agricole [21]. Cette loi, tout en harmonisant les structures de l’enseignement agricole avec celles de l’enseignement général, prévoit une élévation générale des niveaux de formation et s’attache à la promotion de l’enseignement féminin. Elle crée en particulier, par l’article 5, un Conseil national de l’enseignement et de la formation professionnelle agricoles, mis en place dès janvier 1961, et des comités départementaux, dans lesquels siègent des représentants « des organisations professionnelles, familiales, des jeunes et des salariés ». Ces dispositions viennent satisfaire les revendications du monde rural et renforcer la spécificité de l’enseignement agricole.

33 De nombreux décrets viennent préciser et, dans certains cas, modifier les dispositions de cette loi. Le titre II du décret du 20 juin 1961 est entièrement consacré à l’enseignement féminin, au niveau secondaire comme au niveau supérieur [22]. Contrairement à ce qui avait été annoncé lors de la présentation du projet de loi, ce titre II n’indique pas que toutes les formations générales sont ouvertes aux filles, mais prévoit pour les jeunes filles les mêmes niveaux de formation et les mêmes diplômes, « avec des programmes éventuellement adaptés », que ceux qui sont établis pour les jeunes gens par le titre I de ce décret. Toutefois, bien que les textes aient prévu la création de lycées féminins, les seuls établissements transformés en lycées agricoles sont des établissements destinés aux garçons. Les écoles de filles, quant à elles, sont transformées en collèges et des formations spécifiques sont prévues pour les enseignantes qui y exerceront [23]. Et en dépit de l’instauration progressive de la mixité au sein de l’enseignement agricole, il demeure des formations ou des parties de formations uniquement destinées aux jeunes filles.

34 Alors que trois arrêtés pris le 20 août 1964 pour organiser les différents diplômes venant sanctionner les études dans l’enseignement agricole prévoyaient que certaines épreuves de ces examens seraient réservées aux jeunes filles, c’est un arrêté commun qui, le 8 septembre 1965, définit les modalités d’attribution des diplômes dans l’enseignement féminin agricole [24]. L’obtention du brevet d’apprentissage agricole (BAA) suppose la réussite à une épreuve de « techniques domestiques », celle du brevet d’études agricoles (BEA), la réussite à une épreuve de « sciences domestiques », et celle du brevet de technicien agricole (BTA), la réussite à une épreuve d’« économie familiale rurale ».

35 Lorsque ce dernier diplôme est réorganisé en 1971, il est créé un BTA à option « Économie familiale rurale », avec deux sous-options « Pratique agricole et domestique » et « Collectivités rurales [25] ». Il en avait été de même, en 1967, lors de la création d’un brevet de technicien supérieur agricole (BTSA) « Économie de l’entreprise agricole » ; deux diplômes différents avaient été prévus pour les filles et les garçons, différence qui persiste encore en 1969 [26].

36 Le brevet d’études professionnelles agricoles (BEPA) établi en 1971 comporte, quant à lui, une filière féminine « Économie familiale rurale », avec deux sous-options « Organisme agricole et para-agricole » et « Entreprise agricole et accueil en milieu rural [27] ». Une troisième sous-option « Auxiliaire sociale en milieu rural » est mise en place en 1972.

37 Le certificat d’aptitude professionnel agricole (CAPA) comporte de même une filière féminine d’« Employée d’entreprise agricole et para-agricole », avec quatre sous-options « Production animale et végétale », « Vente au détail de produits agricoles », « Employée familiale » et « Accueil en milieu rural [28] ».

38 Si, à partir de 1960, les jeunes filles ont accès à tous les établissements d’enseignement supérieur relevant du ministère de l’Agriculture, certaines disciplines, définies comme « spécifiquement féminines », nécessitent le maintien d’un enseignement formant « les cadres supérieurs féminins de l’agriculture ». La formation spécifique de ces cadres féminins fait l’objet du titre IV du décret du 20 juin 1961 et du décret du 20 août 1964 [29]. En application de ce décret, les écoles nationales féminines d’agronomie (ENFA), qui recrutent des jeunes filles titulaires de la première partie du baccalauréat, doivent assurer d’une part, dans une section qui ne sera jamais mise en place, la formation des « cadres moyens de l’agriculture et des professions connexes » et, dans une section « dite pédagogique et technique », la préparation du certificat d’aptitude au professorat dans les collèges et les écoles ou les cours professionnels agricoles.

39 L’École nationale supérieure féminine d’agronomie (ENSFA) est, quant à elle, destinée à former en quatre ans les « cadres féminins » de l’agriculture. Les études y sont sanctionnées par le « diplôme des hautes études féminines agronomiques », dont les titulaires pourront être admises dans la section pédagogique de l’École nationale supérieure des sciences agronomiques appliquées (ENSSAA) fonctionnant en tant qu’école normale supérieure de l’enseignement agricole.

40 Toutefois, l’École nationale féminine d’agronomie de Toulouse (Haute-Garonne) semble avoir fonctionné dès 1961, alors que l’arrêté la créant officiellement n’est pris qu’en mars 1964 ; il en est de même pour l’école de Marmilhat-Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme [30]). Des avis de concours et des listes d’admission concernant les élèves de ces deux ENFA figurent dans les textes officiels jusqu’en 1969. Entre 1970 et 1979, toute mention de l’ENFA de Clermont-Ferrand disparaît [31]. Ses locaux et ses missions sont repris par l’école nationale des travaux agricoles (ENITA) créée en 1984. En 1978, l’école nationale féminine d’agronomie de Toulouse est transformée en école nationale de formation agronomique [32].

41 L’ENSFA de Rennes vient remplacer l’École nationale d’enseignement ménager agricole de Coëtlogon-Rennes qui a reçu sa dernière promotion en 1963 et ferme définitivement en 1967 [33].

42 En dépit de cette réorganisation de l’enseignement agricole public et de son développement, les familles rurales préfèrent toujours envoyer leurs filles dans l’enseignement agricole privé : elles sont ainsi, au début des années 1960, 22 855 à fréquenter des établissements privés reconnus, contre 9 995 garçons. À ces totaux, il convient d’ajouter les 16 000 filles et les 8 000 garçons, fréquentant les « centres divers » de l’enseignement agricole [34]. En 1983, l’enseignement public scolarise 72 % des étudiants de l’enseignement supérieur court et des classes préparatoires aux grandes écoles, soit 4 600 élèves, les filles représentant 18 % des effectifs.

43 C’est dans ce cadre institutionnel que l’enseignement agricole a évolué pendant près d’un quart de siècle, jusqu’à l’adoption des lois Rocard en 1984. La seule modification importante interviendra avec l’application des lois de décentralisation.

Les lois rocard

44 À la suite de l’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981, les acteurs de l’enseignement agricole affirment la nécessité d’une réforme en profondeur de celui-ci, qui devra prendre en compte l’évolution du monde agricole et la décentralisation.

45 La loi du 9 juillet 1984 vient définir les objectifs de l’enseignement agricole. Cette loi précise en particulier ce que doivent être les quatre missions de l’enseignement agricole : assurer la formation générale et la formation professionnelle dans le secteur agricole, élever le niveau de connaissances des travailleurs des secteurs agricole et para-agricole, participer au développement rural ainsi qu’à la coopération internationale, et réaffirme que « l’enseignement et la formation professionnelle agricoles publics constituent une composante spécifique du service public d’éducation et de formation », mais qu’ils relèvent du ministère de l’Agriculture [35]. Il apparaît toutefois nécessaire de décloisonner l’enseignement agricole et de favoriser le passage des élèves, pour les filles comme pour les garçons, vers des formations longues, et différentes mesures visent à l’harmonisation de l’enseignement agricole avec l’enseignement général et technique.

46 Une seconde loi, « portant réforme des relations entre l’État et les établissements d’enseignement agricole privés », votée le 31 décembre 1984, vient réglementer l’enseignement agricole privé dont l’importance a considérablement augmenté [36].

47 Les filles sont, comme les garçons, admises à tous les niveaux de formation : la dernière formation supérieure spécifiquement féminine disparaît en 1992, avec la transformation de l’École nationale supérieure féminine d’agronomie (ENSFA) de Rennes en Institut national supérieur de formation agro-alimentaire (INSFA) qui recrute sur concours après un baccalauréat S et forme en cinq ans des ingénieurs spécialistes de l’agro-alimentaire [37].

48 De même, toutes les formations non scolaires, diplômes par unités capitalisables, brevet professionnel, enseignement à distance, sont ouvertes aux femmes comme aux hommes.

L’enseignement agricole à la fin des années 1990

49 À la fin des années 1990, les structures de l’enseignement agricole sont tout à fait comparables à celles de l’enseignement général et technologique, mais cet enseignement conserve une identité forte qui justifie le maintien de la tutelle du ministère de l’Agriculture sur celui-ci. À tous les niveaux, les programmes de l’enseignement agricole sont marqués, tant dans les modules généraux que dans les modules professionnels, par la volonté de prendre en compte les politiques d’aménagement du territoire et de préservation de l’environnement, tandis que se poursuit la modernisation de l’agriculture.

50 La diversification importante des filières, l’implication dans les territoires et les débouchés rendent l’enseignement agricole attractif, y compris pour des jeunes en difficulté. La spécificité de l’enseignement agricole tient par ailleurs à l’importance de l’enseignement privé : à la rentrée 1998, au moment où l’enseignement agricole fête le 150e anniversaire du décret du 3 octobre 1848 qui le fonde officiellement, celui-ci compte, au niveau secondaire, 177 204 élèves dont 71 821 dans l’enseignement public et 105 473 dans l’enseignement privé, maisons familiales rurales comprises, dans lesquelles les filières de formation aux « services » attirent de nombreuses jeunes filles [38].

La loi du 9 juillet 1999 et la situation de l’enseignement agricole féminin

51 La loi d’orientation agricole (LOA) du 9 juillet 1999 vient reconnaître la spécificité de l’enseignement agricole [39]. Le titre VII porte en effet sur la formation des personnes, le développement agricole et la recherche agronomique et vétérinaire. À côté des quatre missions reconnues à l’enseignement agricole par les lois précédentes, de formation initiale et continue, d’animation du milieu rural, de développement et de recherche, et de coopération internationale, la loi d’orientation agricole assigne à l’enseignement agricole une cinquième mission : celle de contribuer « à l’insertion scolaire des jeunes, sociale et professionnelle de ces derniers et des adultes ». Elle précise également, pour l’enseignement public comme pour l’enseignement privé, que « les formations de l’enseignement agricole peuvent s’étendre de la classe de quatrième du collège à l’enseignement supérieur inclus ».

52 Les classes de quatrième et de troisième, « professionnelles », puis « préparatoires », proposent aux élèves en difficulté dans l’enseignement général une solution de remédiation. Dans la plupart de ces classes, les garçons sont en plus grand nombre que les filles. Sur les 31 000 élèves qui y sont recensés en 2011, soit 18 % des effectifs de l’enseignement agricole, les garçons en représentent 62 %, proportion qui reste stable de 2005 à aujourd’hui.

53 Dans le second cycle professionnel qui compte 100 000 élèves en 2011, soit 57 % des effectifs de l’enseignement agricole, les filles, qui représentent 57,9 % des effectifs de ce cycle, sont plus nombreuses que les garçons, ce qui constitue une des spécificités de l’enseignement agricole. Cette répartition s’explique par l’importance du secteur professionnel des services. Celui-ci regroupe 48,1 % des élèves de ce second cycle, soit 40,3 % dans les formations aux services proprement dites et 7,8 % dans des formations commerciales, mais accueille 87,2 % de filles. Les filles sont également plus nombreuses que les garçons dans le secteur de la transformation où elles représentent 56,7 % des élèves. En revanche, dans le secteur de l’aménagement, 89 % des élèves sont des garçons. Ceux-ci sont également en plus grand nombre que les filles dans le secteur de la production, puisqu’on y compte 68,1 % de jeunes gens. Toutefois, dans ce dernier secteur, le pourcentage des filles est passé de 31,6 % en 2006 à 38,9 % en 2011. Cette augmentation du nombre des filles est par ailleurs plus importante dans ce secteur que dans l’ensemble de l’enseignement professionnel agricole, où ce pourcentage a crû, durant la même période, de 54 % à 56,7 %.

54 Dans le second cycle général et technologique qui regroupe 24000 élèves en 2011, soit 14 % des effectifs de l’enseignement agricole, la période 2005-2011 est marquée par une hausse de la part des filles de 39,8 % en 2005 à 47,6 % en 2011, soit une augmentation de 7,8 points. Les filles sont désormais majoritaires dans la filière S où elles représentent 54,8 % des élèves et l’augmentation de leur poids dans la filière technologique entre 2005 et 2011 atteint 9 points, passant de 35,6 % à 44,7 %.

55 Actuellement, l’enseignement agricole dans son ensemble compte plus de 50 % de filles, avec toutefois de grandes disparités selon les filières. Dans l’enseignement supérieur, elles représentent en effet 61 % des effectifs. Prenant acte de l’importance de ces effectifs féminins, le ministère de l’Agriculture a mis en place en janvier 2002 un réseau « Égalité filles-garçons dans l’enseignement technique agricole », dont le dixième anniversaire a été l’occasion d’un colloque intitulé Dix ans d’égalité filles-garçons dans l’enseignement agricole : regards croisés qui s’est tenu à Paris le 14 décembre 2012. Dans le cadre de ce réseau, les lycées agricoles ont mis en place nombre de projets afin de faire réfléchir les élèves sur la notion de parité dans l’enseignement agricole et, plus largement, dans le monde rural. En effet, si le statut des agricultrices a évolué, les inégalités vécues restent nombreuses et beaucoup reste encore à faire pour faire évoluer les mentalités [40].


Mots-clés éditeurs : -xx, e, Enseignement agricole, jeunes filles, siècles, xix

Date de mise en ligne : 26/07/2024

https://doi.org/10.3917/cdr.011.0107