Retombées des ordonnances collectives dans le suivi diabétique conjoint en soins primaires : une étude de cas
Pages 111 à 118
Citer cet article
- BOIS, Caroline,
- MICHAUD, Cécile,
- PINEAULT, Raynald
- et GUAY, Maryse,
- Bois, Caroline.,
- et al.
- Bois, C.,
- Michaud, C.,
- Pineault, R.
- et Guay, M.
https://doi.org/10.3917/spub.150.0111
Citer cet article
- Bois, C.,
- Michaud, C.,
- Pineault, R.
- et Guay, M.
- Bois, Caroline.,
- et al.
- BOIS, Caroline,
- MICHAUD, Cécile,
- PINEAULT, Raynald
- et GUAY, Maryse,
https://doi.org/10.3917/spub.150.0111
Notes
-
[1]
École des sciences infirmières – 150 Place Charles-Le-Moyne – J4K 0A8 Longueuil – Québec – Canada.
-
[2]
Faculté de médecine et des sciences de la santé – Université de Sherbrooke – Sherbrooke – Québec – Canada.
-
[3]
Centre de recherche de l’Hôpital Charles – Le Moyne – Longueil – Québec – Canada.
-
[4]
Direction de santé publique de l’Agence de la santé – Montréal – Québec – Canada.
-
[5]
Institut national de santé publique du Québec – Canada.
Introduction
1L’autogestion des patients et la collaboration professionnelle sont des leviers incontournables pour optimiser le suivi et limiter les complications du diabète [2]. Comme le recommandent les lignes directrices européennes, américaines et canadiennes, le traitement diabétique devrait être amorcé tôt et être énergique. Une métaanalyse [3] avance que les cibles thérapeutiques sont mieux atteintes lorsqu’un gestionnaire de cas peut ajuster le traitement des personnes diabétiques, sans consultation préalable du médecin traitant, en utilisant des protocoles préétablis. Selon les législations nationales, différents mécanismes ont été prônés pour permettre cette marge de manœuvre aux non-médecins, via les standing orders [4] ou les medical directives [5]. Au Québec, les ordonnances collectives (OC) peuvent avoir cette fonction et permettent aux infirmières d’avoir un rôle élargi. Les OC devaient être une modalité prépondérante des groupes de médecine de famille (GMF), organisation en soins primaires établie depuis 2002, afin d’améliorer, entre autres, l’accès aux soins [6]. Toutefois, les OC s’y sont déployées de façon variable [7]. À notre connaissance, aucune étude ne précise les retombées des OC utilisées pour le suivi diabétique (OCD), ce que nous proposons de présenter.
Méthodes
2Pour explorer les retombées des OCD sur la pratique professionnelle, la collaboration professionnelle et l’autogestion des diabétiques, la méthode d’étude de cas unique a été retenue [8]. Approuvée par les comités scientifiques interpellés, cette étude de cas est le volet II d’un projet de recherche qualifié de mixte séquentiel explicatif [9] dont le volet I, une enquête provinciale, a permis d’identifier un « champion » en matière d’OCD déployées parmi les 52 GMF participants.
3De novembre 2012 à octobre 2013, au sein du GMF champion, une collecte d’information a inclus des entrevues semi-structurées, 15 heures d’observation non participative enrichie de la consultation de la plateforme électronique interne et de plus de 200 documents. Deux guides d’entrevue distincts (médecins-infirmières/patients) ont été élaborés, composés de questions ouvertes suscitant la description et la réflexion à propos du suivi avec OCD. Les patients adultes, approchés par leurs infirmières, devaient s’exprimer en français et être en suivi conjoint depuis au moins cinq mois. Ce dernier critère a favorisé le recrutement de patients favorables au suivi conjoint. L’échantillon raisonné comprend une variété de profils de patients (traitement, comorbidité, occupation, infirmière dédiée et genre). Une patiente a refusé de participer. Travaillant au GMF depuis au moins deux ans, 21 médecins ont été invités, huit ont participé, les non-participants n’ont pas eu à préciser leurs motifs. Les infirmières cliniciennes actives au lancement du GMF l’ont quitté avant l’étude, celles qui ont participé y travaillaient depuis plus de deux ans. La première auteure qui est psychologue a présenté le consentement et mené les entrevues auprès de tous les répondants (tableau I).
Description des participants (n = 21) et des modalités d’entrevues (Québec, 2013)
Description des participants (n = 21) et des modalités d’entrevues (Québec, 2013)
4Avec le logiciel NVivo 10, dès la transcription de la première entrevue, l’analyse selon la méthode Burnard [10] a débuté afin d’optimiser la collecte subséquente. Elle met en avant les convergences des propos et des informations recueillies puis les intègre à un niveau interprétatif [11] en produisant un schéma [12] et une narration [13]. La crédibilité, la transparence et la transférabilité sont soutenues par la triangulation (sources/méthodes), la vérification par les participants, la codification par un second juge, la recherche systématique d’éléments appuyant des interprétations contraires, le consensus des chercheurs, la rédaction de mémos, l’archivage des résultats intermédiaires, la description des répondants et milieu de soin. Ces efforts ne peuvent toutefois pas lever l’incertitude quant aux effets des a priori du chercheur, des biais de sélection et de participation des répondants.
Résultats
Description du cas
5Créé avant 2005, dès la première vague de création, ce GMF est né d’un noyau de médecins de famille travaillant déjà ensemble auquel se sont jointes deux infirmières travaillant à temps plein, détentrices d’un diplôme de 1er cycle universitaire. De taille moyenne, il compte aujourd’hui 24 médecins de famille et dessert près de 21 000 patients inscrits dont plus de 155 diabétiques ont été suivis conjointement. En juin 2011, au total 36 OC étaient en vigueur dont 16 reliées à une technique de soins, 20 à la médication, les six concernant le diabète (tableau II).
Informations sur les ocd en vigueur. Selon la date d’entrée en vigueur, le type, l’objet et la clientèle visée
Informations sur les ocd en vigueur. Selon la date d’entrée en vigueur, le type, l’objet et la clientèle visée
a Cet item concerne les patients sans risque (âgés de 40-60 ans) et ceux avec au moins deux facteurs de risque (âgés de 18-60 ans). Élargissement de l’OC datée du 03-2008.Schéma
6Le schéma présente les retombées des OCD (figure 1). La section de gauche concerne les professionnels, celle de droite le patient, au centre leurs interactions. Trois niveaux de lecture sont possibles. Les thèmes dans les ellipses constituent le premier niveau de lecture. Ils sont emboîtés l’un dans l’autre afin de souligner leur porosité et leur influence réciproque (ex : les interactions infirmière-patient font partie de l’autogestion qui, elle-même, s’inscrit dans la trajectoire de vie du patient). Les ellipses fléchées conduisent à des précisions sur le thème nommé au niveau supérieur. Ainsi au deuxième niveau, l’interaction infirmière- patient satisfaisante se détaille comme étant un échange personnalisé fréquent, centré sur une situation récente qui a une rétroaction positive/encourageante, et un ajustement rapide et sécuritaire de la médication. Le troisième niveau de lecture renseigne sur le processus à l’œuvre dans la triade, nommé convergence. Elle est possible en raison de la collaboration professionnelle intensifiée qui permet des interactions infirmière-patient dans le cadre d’un suivi conjoint (ellipse fléchée pointillée de gauche). La convergence s’orchestre à partir de la capacité de chaque partenaire à moduler les interactions de la triade, à manifester sa réceptivité et ses visées. La représentation en diagramme en secteur illustre qualitativement qu’autant le médecin, le patient et l’infirmière manifestent ces trois éléments. Le troisième niveau précise, en caractère gras, les résultantes ultimes ; à gauche pour les professionnels, à droite pour le patient. Le schéma est commenté et appuyé par des verbatim. Une narration, dans l’encadré 1, illustre le processus de convergence.
Retombées des ordonnances collectives pour le suivi conjoint du diabète (OCD)
Retombées des ordonnances collectives pour le suivi conjoint du diabète (OCD)
Encadré 1 : Illustration du mouvement de convergence (Québec, 2013)
Toutefois, cinq semaines plus tard, M. Fortier en colère, tente de joindre l’infirmière. Il lui laisse un message à la première heure. Il veut en avoir le cœur net, car malgré tous ses efforts, sa dernière glycémie était à 12 au lever ! Dire qu’hier, il avait pris un souper léger. « Je vais tout lâcher, cela rime à rien ». Le matin même, l’infirmière le contacte et accueille son désarroi, lui offre une explication compréhensible du phénomène, puis souligne qu’il a fait des changements très appréciables depuis le début du suivi conjoint. Elle lui offre de choisir un moment au cours de la semaine pour passer au bureau, après son travail, pour faire le test A1c hors laboratoire, car cela donne une information un peu différente des glycémies. Le patient se présente à l’heure dite, tendu. L’infirmière procède au test ; ils constatent une amélioration. L’infirmière l’encourage à l’appeler à nouveau s’il y a des questions entre les rendez-vous. Quelques semaines plus tard, le patient habitué au contact téléphonique structuré propose de faxer ses notes et ses questions le lundi matin et d’attendre l’appel de l’infirmière entre 14 h et 15 h. « Vous êtes confortable avec cela ? Nous sommes rendus là, c’est d’accord » conclut l’infirmière.
Avant de quitter la clinique ce soir-là, l’infirmière complète une note au dossier de Mme Robert. L’infirmière est de moins en moins à l’aise à interagir avec cette dame qui manque à répétition des rendez-vous téléphoniques et qui livre de l’information incomplète lors de leurs échanges irréguliers. Préoccupée par sa sécurité, l’infirmière lui avait signalé que les conditions de suivi sont non-optimales et a suggéré un retour au suivi médical solo si la tendance se maintenait. Lors du rendez-vous médical de cet après-midi, le médecin a appelé l’infirmière : « Je suis avec Mme Robert, on regarde les laboratoires ensemble, ce n’est pas optimal. Il est indiqué de poursuivre nos efforts. À la lumière de tes notes au dossier, j’ai clarifié avec cette dame son engagement dans le suivi actuel et on a convenu d’un suivi plus soutenue pour les trois prochains mois ». L’échange est satisfaisant pour les trois interlocuteurs. Un nouveau plan de suivi est établi.
Lundi 14 h 10. Appel hebdomadaire avec M. Fortier. Au bout du fil, il demande si un rendez-vous en personne pourrait être organisé, car « une rougeur sur sa jambe lui fait craindre le pire », l’infirmière évalue sur le champ les signes et symptômes, puis vérifie les plages de disponibilités communes avec le médecin traitant cette semaine. Le patient se présente à l’heure dite, l’infirmière accueille moins de dix minutes plus tard. Elle réévalue et juge un avis médical nécessaire, elle téléphone promptement au médecin qui accepte de voir le patient après sa prochaine consultation. En attendant, le patient et l’infirmière révisent le carnet de glycémie, l’ajustement des doses d’insulines est fait en utilisant l’ordonnance collective. Fort de l’appui de l’infirmière pour le suivi diabétique, le médecin est très réceptif pour réagir aux situations ponctuelles signalées par l’infirmière en cours de suivi. Le médecin arrive, évalue, rassure le patient et explique son raisonnement clinique à l’infirmière, prescrit l’onguent. Elle apprécie ces moments de formation continue dans l’action. FIN de l’histoire ! NON, car le diabète est une maladie chronique qui commande un « accompagnement chronique », ainsi, bien que le suivi conjoint soit officiellement terminé, car les paramètres ciblés sont stables depuis plus de trois mois, M. Fortier est invité à joindre l’infirmière à sa convenance. Il sait qu’il sera accueilli.
Niveau 1
7La vision de sa pratique, comme médecin ou infirmière, et l’étendue de pratique envisagée au sein de cette nouvelle entité clinique s’inscrivent dans une trajectoire professionnelle. Elles modulent les pratiques collaboratives initiales et l’intensification de la collaboration au sein du GMF.
8Médecin 2 « D’abord il fallait comprendre le travail des infirmières en GMF. Moi je suis un médecin d’urgence. Pour moi l’infirmière c’est de l’or en barre mais je n’avais pas l’expérience de travailler avec des infirmières en clinique ».
9Médecin 3 « On n’avait pas envie de continuer à faire du suivi de diabète, de prescrire l’hémoglobine glyquée chaque trois mois, et puis de monter les insulines avec un téléphone tous les deux jours, ou de faire venir le patient trois fois par semaine pour monter ses insulines… Ce n’était pas intellectuellement satisfaisant ; on trouvait que nos compétences médicales n’étaient pas bien utilisées. Si on veut voir les patient les plus malades, si on veut en prendre plus en charge, il faut déléguer les choses que les infirmières peuvent faire aux infirmières, et les infirmières sont meilleures que nous, les études le prouvent, pour suivre les diabétiques ; elles ont un meilleur contrôle du diabète. On a plusieurs données sur ça ».
10Médecin 7 « Systématiquement, maintenant, lorsque mes patients prennent deux ou plus médicaments ou de l’insuline pour le diabète, je les réfère aux infirmières pour faire un suivi en alternance. Parce que, souvent, ces patients ont d’autres problèmes ; quand je les vois, si on patauge dans l’insuline, on n’a pas le temps de régler d’autres affaires ».
11Les OCD permettent à l’infirmière d’étendre sa pratique autonome dans un cadre sûr pour lequel ses compétences sont mises à profit. Pendant le suivi, l’infirmière occupe un rôle d’intervenant pivot.
12Infirmière 1 « Cela nous permet de faire un meilleur enseignement aussi ».
13Infirmière 2 « Il y a en a beaucoup [patients inscrits] qui ne savent pas qu’il y a des infirmières ; c’est vraiment ceux que les médecins nous réfèrent pour des ajustements, comme le coumadin ou les maladies chroniques comme le diabète. Ceux-là, on les appelle régulièrement ; s’ils ont quelque chose, c’est nous la personne-clé, la personne-ressource à la clinique ».
14Selon la perspective du patient, le diabète s’inscrit dans une trajectoire de vie plus large. Autogérer ses soins et interagir avec l’infirmière se fait en résonance les expériences vécues « avec son corps » (exemple : cancer, accident, alcoolisme, suivis médicaux antérieurs) et comme acteur social (exemple : occupation, isolement social, pauvreté). Être accueilli avec respect et bienveillance favorise la reconnaissance de sa valeur comme être unique et met en perspective sa propre façon de se considérer, de se soigner.
15Patient 2 « […] ma santé, moi, depuis que je ne travaille plus [rires] Je suis un homme fini […] Je me fiche de ma santé, mais quand un médecin me dit une affaire, les mots du médecin comptent pour moi. Mais je me fous de ma santé […] Elle [infirmière] est fine avec moi, je me sens important ».
16Même si le rapport à soi et aux autres module les comportements d’autogestion et leur rythme d’adoption, tous les participants (médecin-infirmière-patient) affirment que le suivi conjoint stimule l’autogestion et rapportent des interactions patient-infirmière satisfaisantes.
Niveau 2
17Les interactions patient-infimière donnent lieu à des échanges personnalisés effectuant des retours sur des situations vécues récemment et offrent une occasion de rétroaction positive ou encourageante. L’ajustement de la médication est jugé plus rapide que le suivi médical usuel et sécuritaire. Les échanges sont centrés sur les notes que rédige le patient dans son carnet ; il est incité à y colliger tous les éléments qui influencent la glycémie. Ce contact fréquent et orienté favorise l’apprentissage par l’expérience. Il renforce la régularité des comportements de surveillance, de prise de médicaments et de saines habitudes de vie. Ensemble, patient et infirmière reconnaissent les tendances glycémiques et identifient les causes des écarts entre les glycémies attendues et observées. Exposé de façon répétée à ce retour, le patient intériorise le processus d’analyse des variations glycémiques.
18Patient 7 « J’écris tout dans mon carnet […]. C’est comme cela que j’ai appris à faire mes ajustements, avec les conseils et les explications ».
19Patient 1 « Elle a des bonnes questions. Elle dit : « Vous rappelez-vous pourquoi vous êtes à 10 ? Vous rappelez-vous de ça ? » Moi, je l’ai écrit [désigne le carnet de glycémie] ».
20Le patient augmente ses connaissances et ses habiletés techniques. Progressivement, il devient plus confiant dans sa capacité à agir sur sa glycémie en posant des gestes car il anticipe mieux les effets de son action sur la glycémie. Il adopte une perspective de modération et de résolution de problème.
21Patient 6 « Même à cela [26 ans de suivi par un endocrinologue], ma sœur et moi, on savait comment, mais on ne se piquait pas comme il fallait. L’infirmière m’a dit : « Ici, on n’accepte pas les bleus ».
22Patient 4 « Mon infirmière me dit : “Une fois de temps en temps, on peut se permettre, peut-être pas une au complet [barre de chocolat], mais la moitié ; quand vous avez fait beaucoup d’efforts, vous pouvez intégrer ça dans vos glucides. Calculez”. On négocie, on intègre ça, on n’exagère pas, ni d’un bord ni de l’autre ».
23Les patients rapportent vivre des expériences de succès et d’appui. Viser progressivement des cibles glycémiques ou des objectifs plus personnels et recevoir des encouragements maximisent les probabilités de réussite.
24Patient 8 « Le diabète, c’est comme un travail en plus de mon travail. […] Le surplus de poids et le diabète, c’est lourd à porter. […] J’ai des succès ; je mange bien, plus varié et j’ai réduit mes quantités. Elle m’encourage ».
25L’introduction de l’insuline suscite des appréhensions ; les verbaliser, puis identifier et surveiller ses symptômes idiosyncrasiques d’hypoglycémie et connaître les méthodes préventives et correctives outillent le patient. Selon sa compréhension, il est invité à être le plus autonome possible.
26Patient 4 « Je ne me vois pas toute seule. Comment vais-je gérer ça ? Comment que je peux savoir si je peux baisser mon insuline ou la monter ? [Citant l’infirmière] “Si cela ne va pas mieux, montez-le de 2.” […] On dirait qu’elle est en train de m’instruire pour savoir comment le faire ».
27Infirmière 2 « Je peux enseigner au patient comment ajuster, si je sais qu’il est capable […] je lui fais appliquer à lui aussi [OCD] […] je leur remets ça entre les mains aussi. Les médecins sont d’accord avec cela […] si je sais que c’est sécuritaire ».
28Au cours du suivi, l’infirmière accueille les émotions négatives liées au fardeau de la maladie ou de la vie en général. Au besoin, elle invite le patient à consulter diverses ressources (banque alimentaire, nutritionniste, psychologue, groupe d’entraide, etc.) et à la rappeler, même si le suivi conjoint est terminé. Plusieurs patients s’en prévalent.
Niveau 3
29Un mouvement de convergence se manifeste au sein de la triade. Il repose sur la capacité de chacun : à poursuivre ses visées respectives ; à moduler les interactions ; et à manifester de la réceptivité aux propos des autres. Le récit présenté dans l’encadré l’illustre. Ultimement, les infirmières et les médecins apprécient la concordance accrue entre leurs compétences, leur emploi du temps et le sens qu’ils accordent à leur travail. Ils estiment contribuer à une offre de service plus efficiente que le suivi médical solo. Les patients affirment être rassurés par leurs propres compétences à gérer le diabète, ainsi que par l’accès aisé aux ressources professionnelles en temps opportun.
30Patient 6 « J’ai un contact direct, c’est rassurant […] Je suis complètement en confiance […] C’est un ensemble aussi, ce n’est pas juste le fait que l’infirmière soit là ; c’est le suivi, puis les explications qu’on a. Lorsqu’on a un diagnostic, on devrait connaître ça au départ […] Parce que tu comprends mieux aussi ce qui t’arrive ».
Préoccupations face au suivi conjoint
31Malgré les bénéfices, les participants soulèvent des préoccupations liées au suivi avec OCD. Pour les médecins, l’offre de service se joue dans une tension constante entre les obligations d’offrir des services optimaux aux diabétiques et aux autres clientèles. La disponibilité des OCD ne signifie pas que le suivi conjoint soit initié par tous les médecins du site. Un médecin a rapporté qu’une patiente a refusé le suivi conjoint en verbalisant que cela lui donnait l’impression d’un désintéressement de la part de son médecin. La perception du suivi conjoint qu’ont les patients avant de s’y engager devrait être explorée plus systématiquement par le médecin, cela amorcerait déjà le mouvement de convergence. Le nombre de rencontres patient-infirmière à tenir n’étant pas connu dès le départ, pour certains patients, cela s’avère un engagement plus soutenu qu’envisagé. Certaines OCD ont exigé des activités de formation continue pour les infirmières. Le fardeau émotif entourant l’initiation de l’insuline est géré, en partie, par les infirmières en répartissant ce type d’intervention dans leur semaine de travail. Un volume accru de patients et/ou des impératifs rigides pourraient menacer cette stratégie qui, rappelons-le, maintient la réceptivité de l’infirmière très active dans ce processus.
Discussion
32Les OCD permettent le suivi plus fréquent des patients, l’ajustement sécuritaire et rapide de la médication dans un environnement interactionnel qui stimule l’autogestion et la pratique professionnelle satisfaisante. Les OCD, mesure concrète qui incarne l’appel à la collaboration professionnelle de l’Organisation mondiale de la santé [4], au même titre que d’autres mécanismes similaires [5], s’affichent comme une constituante essentielle des équipes de 1re ligne performantes [8]. Leurs retombées font écho aux preuves disponibles sur le CCM [1] : modifier la prestation des soins et soutenir l’autogestion sont deux leviers puissants pour faire face à la chronicité [2, 3]. Le suivi avec OCD intègrent plusieurs stratégies favorables à l’autogestion [15] et à l’apprentissage par l’expérience. Cependant, nos résultats rendent saillant l’aspect imbriqué des expériences des professionnels et des patients, et attestent d’un processus social complexe [16, 17]. Offrir des services plus cohérents avec l’autogestion, c’est honorer la capacité d’agir et de décider du patient au sein-même des interactions professionnels-patient. Le mouvement de convergence se dessine comme la condition sous-jacente aux interactions productives médecin-infimière-patient. Se donner les moyens de soutenir cette convergence s’annoncerait profitable possiblement dans d’autres contextes de soin. Cependant, les professionnels de la santé sont-ils préparés à devenir de réels partenaires [18] ?
33Aucun conflit d’intérêt déclaré
Références
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Mots-clés éditeurs : autosoins, comportement coopératif, diabète, ordre permanent, relations professionnel de santé – patient
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Date de mise en ligne : 26/03/2015
https://doi.org/10.3917/spub.150.0111