Chapitre I. Au milieu du chemin de notre vie
- Par Jacques Blamont
Pages 13 à 34
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Je ne rêve pas. Sans doute le couvercle sous lequel bouillonne mon vrai moi l’isole-t-il assez pour que ne m’en parvienne aucun message : comme chez tous les dormeurs, des fantômes habitent mon cerveau engourdi ; au réveil, je ne garde que pendant quelques secondes la mémoire de vagues images et, aussitôt, elles s’effacent. Des cent mille rêves à travers lesquels je suis passé pendant les trente dernières années, je ne me souviens que de quatre ou cinq. Ceux-là qu’un mystérieux filtrage a préservés, pour mon bien peut-être auraient-ils dû eux aussi s’évanouir ?
« Je songeais cette nuit que Phyllis revenue
Belle comme elle était à la clarté du jour
Voulait que son fantôme encore fît l’amour
Et que, comme Ixion, j’embrassasse une nue. »
Ah, si les vapeurs qui s’échappent vers ma conscience ressemblaient simplement à l’ombre de Phyllis, inoffensive, désulfurée ?
Du 27 octobre au 4 novembre 1967, je travaillais au centre spatial Goddard de la NASA, à Greenbelt, dans la banlieue de Washington. Le satellite OGO 4 venait d’être lancé. Observatoire de géophysique en orbite polaire, il portait une vingtaine d’instruments dévolus à l’étude des frontières de la Terre avec l’espace interplanétaire et, en particulier, deux expériences que j’avais conçues et qu’avaient fabriquées des physiciens et des ingénieurs de Goddard, en collaboration avec des membres du laboratoire que je dirigeais à Paris. Mes instruments fonctionnaient à merveille et à chaque orbite, c’est-à-dire toutes les cent minutes environ, une abondante quantité de mesures recueillies aux deux stations d’Alaska et de Virginie reliées à Goddard par une ligne directe apparaissait sur les enregistreurs…
Date de mise en ligne : 01/06/2022
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